TRIBUNE
Sa ki bon pou zwa, bon pou kanna !
Par Serge Romana
Le 23 octobre dernier, Pengo Bossio Wangi, un jeune homme de 26 ans, a été assassiné lors de l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière. D’autres personnes ont été blessées. Une fois encore, la haine raciste a tué.
Mais au-delà de l’horreur de ce crime, une question me poursuit : pourquoi n’avons-nous pas assisté à une grande mobilisation nationale commune contre le racisme ?
En février 2006, après l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi, des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté dans les rues de Paris. Nicolas Sarkozy, François Hollande, Lionel Jospin, François Bayrou et bien d’autres responsables politiques avaient marché ensemble derrière une même banderole : « La France contre le racisme et l’antisémitisme ».
Ce jour-là, malgré leurs divergences, des responsables politiques avaient su affirmer qu’un crime antisémite concernait toute la Nation.
Vingt ans plus tard, pourquoi ne retrouvons-nous pas cette même capacité de rassemblement après l’assassinat de Pengo Bossio Wangi ?
Certes, le président de la République a condamné l’attentat. L’Assemblée nationale et le Sénat ont observé une minute de silence. Un hommage national a été annoncé. Des milliers de citoyens ont exprimé leur émotion et leur colère.
Mais aucune grande mobilisation nationale commune, réunissant les principales forces politiques et sociales du pays, n’a émergé à ce jour.
Le 30 octobre, deux rassemblements ont eu lieu : l’un à Trappes, où se trouvaient plusieurs responsables de gauche ; l’autre à La Verrière, auquel participaient notamment des responsables de droite.
Ces deux hommages répondaient à la douleur de deux communes frappées par le même attentat. Ils étaient légitimes et nécessaires. Mais ils n’ont pas constitué ce grand rassemblement national que l’on aurait pu espérer.
Comment comprendre qu’un crime raciste d’une telle gravité ne parvienne pas à susciter une mobilisation nationale commune ?
Cette question dépasse les seuls partis politiques. Elle interroge notre société tout entière et sa capacité à se retrouver autour des principes fondamentaux qu’elle proclame.
Car le racisme ne concerne pas seulement ceux qui en sont directement victimes. Il concerne chacun d’entre nous.
Lorsqu’un homme est assassiné en raison de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion réelle ou supposée, c’est notre humanité commune qui est attaquée.
Je ne demande pas que tous les crimes provoquent des manifestations identiques. Je ne demande pas non plus que les responsables politiques renoncent à leurs divergences sur les causes du racisme ou sur les moyens de le combattre.
Je demande simplement que nous soyons capables de nous rassembler lorsque la haine raciste tue.
Car l’unité nationale ne peut pas se limiter à une minute de silence. Elle doit aussi pouvoir se manifester dans l’espace public, par une mobilisation commune de celles et ceux qui refusent le racisme.
La République ne peut pas être universaliste à géométrie variable.
La vie d’un Juif vaut celle d’un Africain. La vie d’un chrétien vaut celle d’un musulman. La vie d’un homme qualifié de « Noir » vaut celle de tous les autres.
Et la mort d’un homme assassiné en raison de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion devrait provoquer une même exigence de solidarité nationale.
En 2006, nous avions su nous rassembler massivement contre l’antisémitisme. En 2026, pourquoi ne saurions-nous pas nous rassembler avec la même détermination contre la haine raciste et antimusulmane ?
J’appelle les responsables politiques, les organisations syndicales, les associations, les autorités religieuses et toutes les forces vives de notre pays à organiser ensemble une grande manifestation nationale contre le racisme, l’antisémitisme et la haine antimusulmane.
Non pour effacer leurs différences, mais pour affirmer ce qui devrait les réunir : la dignité égale de chaque être humain.
La lutte contre le racisme n’appartient à aucun parti, à aucune communauté, à aucune religion. Elle appartient à tous.
Sa ki bon pou zwa, bon pou kanna !
« Ce qui vaut pour les uns doit valoir pour les autres ».
Serge Romana
Professeur de médecine et généticien, président de la Fondation Esclavage et Réconciliation.





