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Covid-19 : le placement en quarantaine des voyageurs arrivant de pays à risque est-il systématiquement contrôlé ?

Covid-19 : le placement en quarantaine des voyageurs arrivant de pays à risque est-il systématiquement contrôlé ?
juin 13
19:17 2021
Temps de lecture : 6 minutes

Si ces cas semblent minoritaires, des témoignages recueillis par franceinfo font état de contrôles parfois inexistants dans les aéroports ou de personnes n’ayant reçu aucune visite des forces de l’ordre à domicile.

Article rédigé par

Julien Nguyen Dang – Louis Boy
France Télévisions

Le début de l’été, des vacances et des voyages, enfin ? Depuis le 9 juin, c’est un monde en trois couleurs qui s’offre aux voyageurs français souhaitant prendre un bol d’air frais à l’étranger. Trois couleurs synonymes de restrictions plus ou moins fortes en fonction des « indicateurs sanitaires », selon une carte diffusée par le gouvernement. D’un côté des pays « verts » où le virus ne circule pas activement, notamment ceux de l’espace européen, accessibles sans justifier d’un motif et bientôt par le moyen du pass sanitaire européen. De l’autre, des destinations « orange » – c’est la majorité – avec motif impérieux et test obligatoire pour les personnes non vaccinées. Enfin, des Etats « rouges » où le virus et des variants préoccupants circulent activement.

Ces territoires jugés les plus à risque font l’objet de restrictions plus fortes, introduites dès le 24 avril, au départ pour l’Inde, le Brésil, l’Argentine, le Chili et l’Afrique du Sud, ainsi que la Guyane. Tout voyageur revenant de l’une de ces destinations doit observer une quarantaine obligatoire de dix jours (depuis le 9 juin, les voyageurs vaccinés y échappent, même si un auto-isolement d’une semaine leur est recommandé). Le gouvernement assure que la mesure fait l’objet de contrôles à domicile par les forces de l’ordre. Mais est-ce vraiment le cas ?

Des contrôles par la police ou la gendarmerie

Jetons d’abord un œil sur les textes. En date du 9 juin, ce sont 17 territoires qui font partie de cette liste « rouge », à cause de leur situation sanitaire ou de la présence sur leur territoire d’un variant inquiétant (les critères précis n’ont pas été rendus publics). Outre la Guyane française, ces pays sont l’Afrique du Sud, l’Argentine, Bahreïn, le Bangladesh, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Inde, le Népal, le Pakistan, le Sri Lanka, le Suriname, la Turquie et l’Uruguay.

Concrètement, les voyageurs qui souhaitent se rendre en France depuis ces destinations doivent présenter un motif impérieux, un test PCR ou antigénique négatif effectué moins de 48 heures avant le départ, une déclaration sur l’honneur attestant notamment de leur absence de symptômes, et un justificatif de domicile ou du lieu d’hébergement choisi pour leur quarantaine, liste le ministère de l’Intérieur sur son site.

Une quarantaine de dix jours est imposée individuellement par arrêté préfectoral. Seule exception, mentionnée par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en conférence de presse : une fenêtre de liberté entre 10 heures et midi, notamment dédiée aux courses. En dehors de ces horaires, des contrôles peuvent être « effectués au domicile par la police ou la gendarmerie nationales », explique le gouvernement (PDF). Gare aux contrevenants : le non-respect constaté des mesures de quarantaine peut exposer le voyageur à une amende de 1 000 euros, portée à 1 500 euros en cas de récidive.

Un dispositif « très lourd administrativement »

Mais comment s’organisent ces contrôles ? Contactée par franceinfo, la préfecture du Rhône apporte des éléments de réponse. « Jusqu’à début mai, on n’avait aucun vol à l’aéroport de Lyon en provenance de pays dits sur liste rouge (…) La préfecture de police de Paris nous transmettait les arrêtés lorsque les personnes déclaraient qu’elles allaient s’isoler ou se confiner«  dans le Rhône, les voyageurs venant de ces territoires à risque transitant essentiellement par la capitale, explique l’autorité préfectorale. Un travail « très lourd administrativement », commente-t-elle.

La situation s’est encore complexifiée à partir du 7 mai avec l’ajout de la Turquie dans la liste rouge. Plusieurs vols décollant de ce pays atterrissant à l’aéroport de Lyon, la préfecture du Rhône a dû à son tour distribuer des centaines d’arrêtés individuels et mobiliser des « moyens humains, aussi bien pour les dépistages que pour les arrêtés ».

Une centaine de verbalisations dans les Bouches-du-Rhône

Une fois parvenus aux forces de l’ordre, ces arrêtés préfectoraux entraînent des contrôles « pour vérifier que la personne est bien à son domicile ». « Le contrôle est fait par la police nationale ou la gendarmerie selon le secteur, a minima une fois pendant la période de quarantaine », expose la préfecture du Rhône à franceinfo. Le ministère de l’Intérieur confirme à franceinfo que « l’instruction donnée aux préfets est que chaque quarantaine doit être contrôlée une fois au cours de la période de 10 jours ». La préfecture du Rhône assure que les contrôles sont plus nombreux lorsque « le voyageur a été testé positif » au Covid-19 à son arrivée sur le sol français. Depuis le mois d’avril, 1 900 personnes ont été « placées en quarantaine ou isolement obligatoire » et contrôlées au 8 juin, soutient la préfecture du Rhône, qui n’a en revanche pas fourni de données sur les verbalisations.

Dans les Bouches-du-Rhône, au 9 juin, ce sont 1 550 personnes qui ont été placées en quarantaine et 1 160 contrôles qui ont été menés, selon la préfecture de police du département. Cet écart entre le nombre de quarantaines et celui des contrôles ne signifie cependant pas que certains ont échappé aux visites des forces de l’ordre, car un contrôle peut concerner plusieurs membres d’un même foyer. A l’issue de ces vérifications décrites comme « systématiques », « 106 verbalisations ont été dressées pour non-respect des obligations d’isolement ». Aucune donnée n’a pu être obtenue au niveau national, malgré notre sollicitation auprès des ministères de la Santé et de l’Intérieur, mais également de la préfecture de police de Paris.

« Ce n’est pas une mission prioritaire »

Des contrôles « systématiques », vraiment ? Ce n’est pas ce qu’affirme une voyageuse jointe par franceinfo. « J’ai lu que certains étaient contrôlés, mais nous, non », déclare Julie*, rentrée en famille à Marseille fin mai depuis le Chili, et dont la période de quarantaine est désormais terminée. A l’aéroport, elle avait reçu l’arrêté préfectoral lui imposant un isolement, avant d’être appelée par l’Assurance maladie. Constatant que la police ne se présentait pas, et se considérant comme peu à risque car vaccinée, la famille s’est finalement « autorisé quelques sorties supplémentaires », reconnaît Julie.

Toutefois, sur les douze voyageurs récemment rentrés en France en provenance de pays à risque que franceinfo a interrogés, elle est la seule à avoir vécu un raté dans les contrôles. Jean, revenu il y a trois semaines de Turquie, a reçu la visite des policiers à son domicile breton, dès le lendemain de son arrivée. « J’ai été surpris par la rapidité de circulation de l’information entre l’aéroport et le commissariat », confie-t-il.

Thierry Clair, secrétaire général adjoint du syndicat Unsa-Police, assure à franceinfo que la consigne de contrôler les quarantaines à domicile a bien été passée sur tout le territoire. Mais « ce n’est pas une mission prioritaire », souligne-t-il : un équipage de police secours, par exemple, traitera en priorité les urgences. La fréquence des contrôles dépend donc des circonstances, des effectifs disponibles, mais aussi « du volume de personnes à contrôler, de leur éparpillement », reconnaît le syndicaliste policier. A Paris, Sophie a été contrôlée une fois en dix jours. Mais à Bordeaux, son mari a, lui, fait l’objet de quatre contrôles dans le même laps de temps.

Des cafouillages dans les aéroports

Le dispositif n’est pas infaillible, comme l’attestent plusieurs témoignages recueillis par franceinfo. Rentrée d’Afrique du Sud en ayant fait escale au Qatar, un pays classé orange, Juliette dit avoir passé la douane comme n’importe quelle voyageuse, avoir récupéré ses bagages… et être sortie de l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle, sans avoir été contrôlée. Elle n’a pas eu non plus à passer de test antigénique, ni reçu l’arrêté préfectoral lui imposant une quarantaine, déclare-t-elle.

« Je n’ai pas du tout essayé de contourner les règles. A la douane, on m’a demandé d’où je revenais et j’ai dit que j’arrivais d’Afrique du Sud », explique la jeune femme, qui avait même posé dix jours de congés en prévision de son isolement. « Si on nous impose des règles, mais qu’elles ne sont pas appliquées, c’est frustrant. » Elle compte malgré tout s’isoler pendant dix jours.

Anouck, également arrivée à Charles-de-Gaulle en provenance d’Afrique du Sud, témoigne avoir été contrôlée, mais ne pas avoir eu à présenter de justificatif au moment de donner son adresse d’isolement : « Je leur ai demandé s’ils ne voulaient pas le voir, ils m’ont dit que ce n’était pas nécessaire. » Anne-Laure dit avoir rencontré le même problème à Lyon, alors qu’elle rentrait elle aussi d’Afrique du Sud, mais en ayant transité par la Turquie, sur liste rouge.

Des escales qui sèment la pagaille

« Il est possible que des gens qui font des correspondances par un aéroport d’un pays ‘orange’ ou ‘vert’ passent entre les mailles du filet », reconnaît Bruno Cossin, secrétaire national de l’Unsa-Police. Ces failles sont connues, et exploitées sciemment par certains. Sur des groupes Facebook d’expatriés vivant dans des pays « rouges », des internautes discutent des moyens de contourner les restrictions en achetant deux billets séparés, le premier vers un pays « vert », le second vers la France, ou en prenant l’avion vers un pays « vert » puis un car pour la France. En revanche, Bruno Cossin assure que, « selon nos renseignements, tous les vols directs en provenance des pays ‘rouges’ sont ciblés ».

Cela n’empêche pas les couacs. Maëlle raconte à franceinfo être passée involontairement entre les mailles du filet au retour du Cap (Afrique du Sud), le 6 juin, malgré un transit par un autre pays « rouge », la Turquie. « Dans la queue vers la douane à Roissy, la sécurité nous a demandé de faire deux files : une pour les personnes venant de Turquie, et une autre pour celles qui y avaient fait seulement escale », rapporte la voyageuse. Ces dernières se voient apposer une gommette jaune sur leur passeport, sésame pour échapper au test antigénique et à l’arrêté préfectoral de placement en quarantaine, relate-t-elle. Confuse, Maëlle explique à l’agent qu’elle revient aussi d’un pays « rouge ». « Il m’a dit qu’il n’y avait pas de souci et que je n’avais pas besoin d’être testée ni contrôlée. » 

Comment expliquer cette erreur ? « Les effectifs de la police aux frontières n’ont pas forcément été renforcés », déplore en tout cas le syndicaliste Bruno Cossin. Il redoute que la réouverture progressive des frontières et le début des vacances d’été rendent le contrôle des voyageurs à risque plus difficile encore.

* Le prénom a été modifié


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