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Debora Kayembe, une réfugiée congolaise à la tête de l’université d’Edimbourg

Debora Kayembe, une réfugiée congolaise à la tête de l’université d’Edimbourg
février 19
03:44 2021
Temps de lecture : 3 minutes

Photo: L’avocate Debora Kayembe, chez elle à Bonnyrigg, en Ecosse, le 11 février 2021.

L’avocate et militante politique de 45 ans a été remarquée pour son message de tolérance et de dialogue face au racisme au Royaume-Uni.

Le Monde avec AFP

ANDY BUCHANAN / AFP

Plus de seize ans après avoir fui la République démocratique du Congo(RDC), recherchée par un groupe armé qu’elle a contribué à démasquer, Debora Kayembe s’apprête à devenir rectrice de la vénérable université d’Edimbourg, qui sera pour la première fois dirigée par une personne noire. Depuis ce temps-là, l’avocate, aujourd’hui âgée de 45 ans, a demandé l’asile au Royaume-Uni, fondé une famille et s’est installée en Ecosse, où elle s’est spécialisée dans les dossiers de droits humains.

Malgré son parcours, la militante politique estime que rien ne l’avait préparée à se voir proposer de prendre la tête de l’université d’Edimbourg, fondée au XVIe siècle. En novembre 2020, elle a été approchée pour savoir si elle envisagerait d’accepter le poste. Elle a accepté, tout en pensant que ses chances étaient minces. Sa nomination l’a laissée sans voix. « C’est quelque chose que je n’avais jamais imaginé, jamais cherché, confie-t-elle à l’AFP. C’est arrivé sur un plateau. »

Plusieurs mois avant sa nomination, Debora Kayembe s’était retrouvée mêlée à un conflit qu’elle avait d’abord voulu éviter. Elle avait déjà été victime de racisme auparavant en Ecosse, mais les attaques ont atteint leur paroxysme en juin 2020, en pleine mobilisation mondiale contre le racisme après la mort de George Floyd, un Américain noir mort lors de son arrestation par la police aux Etats-Unis. Debora Kayembe se rendait à un rendez-vous professionnel quand sa voiture a violemment quitté la route. En inspectant le véhicule, elle s’est rendu compte que des clous avaient été mis sur les quatre pneus. « Les fois précédentes, je pouvais dormir tranquille, explique-t-elle. Parfois il faut faire le dos rond et laisser passer les choses, mais ce qui m’est arrivé ce jour-là est inacceptable. »

Elle a raconté ce qui s’était passé sur les réseaux sociaux. Mais plutôt que de chercher la confrontation, elle a choisi d’adopter un message de tolérance et de dialogue avec ses agresseurs. « Je leur ai dit : écoutez, ces choses font partie du passé, on a dépassé ça, si vous ne comprenez toujours pas, il va falloir qu’on dialogue. C’était ça mon message. Rien d’autre. »

Danse d’esclave

Peu de temps après, sa fille est revenue de l’école en larmes : une enseignante lui avait demandé de faire une danse d’esclave devant ses camarades de classe. Après des explications avec l’école, elle a lancé une pétition pour que le Parlement écossais s’attaque d’urgence au racisme dans le système éducatif. Le Parlement a accepté, la question sera débattue dans les mois qui viennent.

C’est justement ce message de dialogue et de tolérance qui a attiré l’attention de l’université d’Edimbourg, qui compte parmi ses anciens étudiants des premiers ministres, des prix Nobel et des athlètes olympiques. « Ils m’ont dit qu’en tant que rectrice de l’université, mon message irait loin et que le monde entier écouterait. » Selon Debora Kayembe, née à Kinshasa et élevée par son oncle médecin, sa famille en RDC a été submergée d’émotion en apprenant la nouvelle : « Il y a un sentiment de fierté nationale, ils attendent la cérémonie inaugurale, cet été, pour venir en Ecosse voir ça de leurs propres yeux. »

Sa priorité après son installation, le 1er mars, sera de s’assurer que l’université attire « les esprits les plus brillants en Ecosse » pour l’aider à se remettre après le coronavirus. La pandémie a eu pour vertu d’ouvrir les possibilités d’enseignement à distance, une opportunité pour l’Afrique, selon Debora Kayembe. Membre du barreau congolais depuis 2000, elle n’est pas retournée dans son pays depuis qu’elle a fui. Là-bas, sa vie est toujours menacée. Grâce à son poste de rectrice, elle espère pouvoir promouvoir un meilleur enseignement pour le continent. « L’Afrique a besoin de l’éducation, de la meilleure éducation, souligne-t-elle. Mon rôle sera de m’assurer que ce soit tout en haut de l’agenda. »


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