Dédé Saint-Prix : « Sé simen mizik, simen lanmou… » 

Dédé Saint-Prix : « Sé simen mizik, simen lanmou… » 

Le 31 août dernier, la ‘Place des Fêtes’ du François se voyait dénommer par l’édilité « Place Dédé Saint-Prix », en l’honneur de l’un des plus illustres enfants de la commune. Un hommage que l’artiste accepta pour des raisons familiales nous dit-il (le maire actuel du François étant son cousin) même si, des propres mots de Dédé Saint-Prix, les rapports avec le maire précédent étaient « très houleux ». Ce n’est évidemment pas ce récent honneur fait à l’artiste qui motiva notre désir de le rencontrer, mais bien sûr ces décennies de création musicale, de générosité palpable et de rayonnement international pour la Martinique. Rencontre avec un pilier culturel, dont la grande simplicité et cordialité imposent, bien vite, le tutoiement.

Avec sa mère, Elie-Anna (MI)

Antilla : Quels ont été tes premiers contacts avec la musique ?

Dédé Saint-Prix : Anba lari, an lakou Man Dèdène, ma grand-mère. Il y avait là des gens qui jouaient de l’accordéon, comme Mr Olivier Lagier ; à côté il y avait Mr Ismaël, avec de la guitare, de la trompette, du saxophone, etc. J’allais tout le temps écouter une dame qui jouait du piano, il y avait les répétitions de l’orchestre ‘Rénovation’ : dès qu’il y avait de la musique, j’étais là. Et j’écoutais beaucoup la radio : ‘La Gazette créole’, l’émission de Casimir Létang, Kazo pour les amis (sourire), le samedi à 14 heures sur 450 AM. Je connaissais beaucoup de chansons, de solos, je tapais sur des boites en carton, on faisait notre propre orchestre dans la cour de Man Dèdène : kòn lanbi, tiges de papaye et de giraumon pour faire des flûtes, etc. Et il y avait déjà un public : les gens qui passaient devant la petite maison où nous faisions cette musique, s’arrêtaient pour nous écouter.

Concernant ta pratique instrumentale, tu as appris seul ?

Je suis autodidacte, self-made man (rires). J’ai pris des cours de saxophone, mé man té ja gran moun. Tout ce que j’ai fait avec les groupes ‘Pakatak’ et ‘Avan-Van’, je l’ai fait en autodidacte.

A quel moment t’es-tu dit que la musique allait devenir ton métier et ta vie ?

La vie c’est un livre. Et il faut savoir lire et appliquer ce que tu y lis (sourire). J’ai eu des moments difficiles dans ma vie, moments que j’appelle ‘le sous-marin’, et à ces périodes-là dès que je tapais sur une table ou un siège, donc dès que j’étais en musique, mon esprit était net. Mais dès que j’arrêtais de jouer, mon esprit ‘partait’… C’est là que je me suis dit que c’est la musique qui allait prendre le dessus dans ma vie. Et c’est là que j’ai démissionné de l’Education nationale, en 1991, après avoir été instituteur pendant 11 ans. Mais je suis quand même intervenant extérieur dans des écoles.

« Sé pa wòl man ka fè, moi je ne suis pas dans une posture »

Sur quoi portent tes interventions ?

Sur des projets pédagogiques. Par exemple ça peut être des percussions vocales – sa nou ka kriyé ‘mizik djòl’ – et des rythmes corporels. Si je n’entends pas ta voix, je ne peux rien faire avec toi. Donc il faut que tu parles. Dis quelque chose, et à partir de ça on va travailler. Dans ce travail je dis à mes stagiaires de laisser leur cerveau dehors, de ne se laisser influencer par quiconque, de ne se comparer à personne et de faire de leur mieux. Et après je leur dis ‘man enmen’w’ (sourire), parce que si je ne vous aimais pas je ne serais pas là avec vous. Sé pa wòl man ka fè, moi je ne suis pas dans une posture. Mé si man pa enmen an moun, i ké wè sa tou (rires).

La suite de cet interview dans le Antilla 1893 à sortir ce jeudi 17 octobre

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