Donner des raisons positives de revenir : le sens, clé de voûte de la reprise.

Donner des raisons positives de revenir : le sens, clé de voûte de la reprise.
Publié le 10/06/2020

Relire la période passée pour progresser

Nicolas Masson, président de la commission Sources Bibliques et Théologiques, et dirigeant de l’agence Pragma, nous propose des pistes pour nous aider à trouver les mots justes pour nos collaborateurs, les bonnes questions à se poser et à leur poser, face aux défis posés par cette longue période de confinement, notamment celui du retour sur le lieu de travail.

Une occasion unique de progresser

Le déconfinement est en cours. Nous relançons et réorganisons l’activité de nos entreprises et nos collaborateurs retrouvent peu à peu leur activité.  C’est un temps où il est fondamental de nous concentrer pour réussir la remise en route. Mais c’est aussi un moment exceptionnel pour progresser. Une relecture de la crise avec nos collaborateurs en est un bon point de départ. L’effort consenti sera un investissement particulièrement fructueux.

Quelques questions pour relire la période avec ses collaborateurs :

  • Comment avez-vous vécu la période du confinement ? Dans l’entreprise ? Chez vous ? Avez-vous été inquiet durant cette période ?
  • Qu’est-ce qui pour vous s’est bien passé que nous devrions conserver dans le fonctionnement de notre entreprise/équipe : service apporté à nos clients ? à la société ? organisation du travail ? communication ? accompagnement managérial ? vie d’équipe ?
  • De quoi êtes-vous particulièrement fiers ? Y-a-t-il un moment qui vous a particulièrement marqué ?
  • Qu’est-ce qui s’est moins bien voire mal passé et que nous aurions pu ajuster ? Y-a-t-il un moment où vous vous êtes sentis en difficulté ?
  • Qu’aimeriez-vous qu’il arrive maintenant pour notre entreprise ?
  • Que retenons-nous pour avancer ?

Redonner des raisons positives de revenir

Force est de constater que si certains collaborateurs sont heureux de revenir au travail, nombre d’entre eux résistent voire refusent de quitter leur lieu de confinement : peur des trajets, du manque de respect des consignes ou de se mettre eux-mêmes en risque par inadvertance… mais aussi, goût découvert pour le travail chez soi et le confort que cela donne.

Certes il est important de lever les craintes et il est prioritaire d’assurer la sécurité de chacun. Cependant pour réussir le retour il est nécessaire de développer des raisons positives de revenir.

Spontanément nous pensons aux conditions de travail et à la qualité de la vie d’équipe. Avec l‘obligation de respecter la distance sociale, il reste beaucoup à inventer en la matière.

Développer le management de proximité

Pendant la période, les collaborateurs ont dû se débrouiller et ont trouvé des solutions pour répondre aux exigences de l’entreprise. Beaucoup ont fait preuve d’une grande agilité pour pallier les conditions dégradées de travail. Ce sens de la responsabilité mérite d’être reconnu, conforté et développé. La nécessité a conduit les managers à s’adapter pour donner plus d’autonomie à leurs collaborateurs et être davantage attentifs à eux. Des résistances installées depuis plusieurs années ont soudainement disparu et une dynamique de subsidiarité s’est alors créée. Elle ne demande qu’à se développer.

Le travail et la recherche de performance seront plus difficiles dans les mois à venir. Les collaborateurs peuvent perdre confiance dans leur compétence et leur capacité à faire et à réussir. Les entreprises vont devoir aider leurs managers à développer de nouvelles capacités pour davantage soutenir, stimuler, reconnaitre et rassurer leurs collaborateurs. Elles pourront mettre en valeur ce que beaucoup de managers ont fait pendant la période de confinement.

Et surtout donner du sens

Le plus important est le sens. L’anxiété par rapport à un risque mal cerné, le flux continu d’informations anxiogènes et souvent contradictoires, la confrontation à des situations inédites ont bouleversé les repères qui permettaient à chacun d’organiser son action.  C’est en aidant chacun à reconstruire ses repères que le manager peut faire la différence. Le sens est la clé de voute de la reprise car c’est autour de lui que chacun se mobilise :

  • Tout d’abord donner du sens à ce qui s’est passé pendant la période de confinement. Pour cela, prendre le temps de revenir sur ce qui a été vécu, le comprendre et capitaliser sur ce qui a été appris. Les collaborateurs, au chômage technique, devant leur écran à la maison ou subissant les règles de protection, ont tous accumulé de fortes tensions intérieures. Leur demander de « passer à la suite » ou faire comme si de rien n’était serait nier leurs réalités psychologiques et s’exposer à ce que les difficultés non traitées ressortent négativement plus tard. Cette prise de recul permet de parler de la vie de l’équipe, de l’entreprise, de ses clients et ainsi de redonner de la valeur à tout ce qui fait la richesse d’une communauté au travail.

 

  • Ensuite redire en quoi le travail et la présence de chacun contribue à la vie et aux résultats de l’entreprise tout en rappelant sa mission: en quoi l’entreprise contribue au bien commun. Pour certaines organisations comme dans la santé, la pharmacie, l’agriculture ou l’agroalimentaire, ce sens est devenu plus évident, plus présent. Pour d’autres, un travail de remise en cohérence sera nécessaire.

 

  • C’est aussi aller plus loin en contribuant à « transformer la société ». Certes aujourd’hui, s’opposent ceux qui pensent que « le monde d’après » ne pourra pas être comme « le monde d’avant » et ceux qui rappellent que lors des précédentes crises, nécessité faisant loi, les choses avaient très vite repris leur place d’avant. Reconnaissons que dans les deux cas nous sommes devant un phénomène psychologique qui pousse chacun à penser que le monde qui viendra sera celui qu’il souhaite : plus écologique, plus communautaire, plus juste, plus économiquement performant… comme avant.

Pourtant la période qui s’ouvre est celle où il est possible de changer. Aujourd’hui chacun a besoin de retrouver un nouvel équilibre qui autant que possible soit cohérent avec les aspirations qui ont émergé ou se sont confirmées pendant la crise. Il y a là un réservoir d’énergie qui ne demande qu’à se mobiliser au service du bien commun. Mais il faut s’en occuper. Au sein des entreprises, les dirigeants peuvent créer les conditions pour intégrer ces nouveaux équilibres au service d’une organisation efficace et vivante. Les managers et chaque équipe, à leur niveau peuvent s’en emparer, les décliner et apporter leur contribution.


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