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    Home » Drug Trafficking in Martinique: Time for Collective Action
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    Drug Trafficking in Martinique: Time for Collective Action

    June 23, 2026No Comments
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    « Face à un niveau de violence sans précédent, l’État, la collectivité, les élus, les forces de l’ordre, la justice, les acteurs économiques et le monde associatif ont décidé d’unir leurs forces pour bâtir, ensemble, une réponse qui ne soit pas seulement répressive mais aussi sociale, éducative, culturelle et économique. »

    La semaine dernière, à l’hôtel de la collectivité territoriale de Martinique, près de 280 personnes ont répondu à l’invitation de Serge Letchimy, président du Conseil exécutif, et de Lucien Saliber, président de l’Assemblée. La salle était pleine, et la population a pu suivre les débats en direct sur YouTube.

    Élus, services de l’État, magistrats, policiers, gendarmes, douaniers, chefs d’entreprise, responsables associatifs et acteurs de terrain se sont retrouvés une matinée durant pour une rencontre d’un format inédit par son ampleur, entièrement consacrée au narcotrafic et aux violences qui frappent le territoire. L’objectif n’était pas de se rassurer en énumérant ce qui fonctionne, mais de poser un diagnostic partagé et de faire émerger des propositions concrètes, chiffrées, applicables dans les mois qui viennent.

    Un basculement qui date de 2024

    Le constat est sévère et largement partagé. La Martinique a enregistré 40 homicides en 2025, including 34 par arme à feu, versus 26 personnes tuées par balle en 2024 et une vingtaine d’homicides au début des années 2010. Depuis le début de l’année, 14 personnes ont déjà perdu la vie. Tous les intervenants ont situé le point de bascule autour de 2023-2024, avec une mutation radicale liée à un narcotrafic mondialisé.

    La zone Caraïbe est devenue un point de transfert et de rebond de la cocaïne en provenance de Colombie, du Pérou et de Bolivie, vers l’Amérique du Nord et l’Europe. La marine nationale a intercepté plus de 35 tonnes de cocaïne en mer en 2025.

    Sur place, le phénomène prend une ampleur sociale. Le gramme de cocaïne coûte cinq fois moins cher en Martinique que dans l’Hexagone, ce qui alimente un troc avec la résine de cannabis importée. Les passeurs, ou mules, sont souvent de jeunes Martiniquais, et de plus en plus de jeunes femmes, parfois étudiantes, contraintes de transporter la drogue à corps. En 2025, 348 mules ont été interceptées, dont 137 sur le territoire, et plus de 800 kilos de cocaïne saisis sur cette seule filière. Le trafic d’armes accompagne celui de la drogue : 300 saisies en 2025, soit près d’une arme tous les jours et demi, des Glock et des Taurus de dernière génération provenant à 70 % des États-Unis, parfois un mois seulement après leur achat légal.

    « La violence, la drogue et le trafic d’armes se sont socialement installés en Martinique. Ces jeunes ne méritent pas de mourir. »

    Serge Letchimy

    Le président du Conseil exécutif a employé des mots forts. Issu d’un quartier populaire, il a confié n’avoir jamais vu une situation aussi grave, capable de conduire le pays à la catastrophe. Il a repris l’expression de narco-famille pour décrire un fléau qui atteint désormais la cellule la plus intime de la société. Tout en saluant le travail de l’État, de la police, de la gendarmerie, de la justice et de la douane, il a martelé que la responsabilité est collective et qu’aucune institution ne réussira seule.

    La réponse de l’État : trois piliers et un quatrième en construction

    Le préfet a présenté avec lucidité une stratégie articulée autour de trois piliers : empêcher la drogue et les armes d’entrer, avec les opérations de défense du trait de côte, des radars, un drone et des accords passés avec Sainte-Lucie ; arracher les racines des trafics sur place, avec la création de groupes dédiés aux armes en police et en gendarmerie et un travail accru sur le blanchiment ; durcir enfin le port et l’aéroport, avec le contrôle systématique à l’embarquement et le doublement du nombre de conteneurs scannés.

    Les premiers résultats sont visibles. Le nombre de mules interpellées à Roissy et Orly en provenance de Fort-de-France a été divisé par deux, les vols à main armée et les tentatives d’homicide sont en baisse en zone gendarmerie, et le taux d’élucidation y est passé de 51 % en 2023 à plus de 63 % en 2025, supérieur à celui de l’Hexagone. Mais le nombre d’homicides, lui, ne recule pas. Le préfet en tire une conviction : un quatrième pilier est indispensable, celui de la prévention, pour intervenir en amont, avant et après le passage par la délinquance.

    « Nous faisons face à un danger qui mine de l’intérieur la Martinique, un danger existentiel. La sécurité, c’est l’affaire de tous : il nous faut du courage collectif. »

    Étienne Desplanques, préfet de Martinique

    Il a insisté sur quatre priorités : élargir le spectre des acteurs, savoir parler aux jeunes et les associer, restaurer l’autorité sous toutes ses formes, et mieux cibler les personnes déjà engagées dans le trafic. Le représentant du parquet a confirmé la fermeté de la réponse judiciaire, avec 167 ouvertures d’informations en 2025 pour les faits les plus graves et plus de 1 100 déferrements aux fins de jugement rapide, soit trois par jour. La justice a toutefois pointé une omerta persistante, l’absence de témoignages malgré la présence de caméras, et appelé à une recherche universitaire sérieuse sur les gangs caribéens.

    Jeunesse, familles, éducation, sport et culture

    La deuxième séquence, voulue par le président du Conseil exécutif, a placé la jeunesse au centre. En Martinique, 27 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, près de 27 000 personnes sont allocataires du RSA et six enfants sur dix grandissent dans un foyer monoparental. La collectivité a détaillé une politique en trois temps : prévention, accompagnement et réparation. Au programme : maisons de la parentalité, numéro vert territorial d’alerte et d’écoute, plan territorial sport jeunesse, programme de mentorat pour les jeunes sortant de prison, plan de 500 caméras de vidéoprotection à l’horizon 2027 et sécurisation de 14 établissements scolaires prioritaires.

    La rectrice a fait état de résultats encourageants depuis le lancement, fin 2024, d’un plan confiance et sécurité : alors que les violences scolaires progressent fortement dans l’Hexagone, elles stagnent ici, tout comme la circulation des armes blanches dans les établissements. L’institut martiniquais du sport a plaidé pour des éducateurs allant directement à la rencontre des jeunes sous les kiosques, et pour que la ligne budgétaire du sport ne soit jamais la première sacrifiée. Les acteurs culturels ont défendu un plan zéro temps mort durant les vacances, des caravanes culturelles et des espaces de création numérique. Plusieurs voix, dont celles des missions locales et des structures d’insertion par l’activité économique, ont alerté : chaque euro retiré à l’insertion finit mécaniquement investi dans la prison, et la baisse des contrats aidés laisse des centaines de jeunes sans solution, donc exposés au recrutement des réseaux.

    Les 21 propositions de La Martinique Ensemble

    Au même moment, le mouvement La Martinique Ensemble, dont Catherine Conconne est la secrétaire générale, a rendu public le 12 juin un livret de 21 propositions intitulé « Violences en Martinique : kisa nou pé fè ? ». Refusant de se limiter aux constats, le groupe a choisi d’« être en propositions » et entend nourrir le débat auprès des élus, des militants associatifs et des institutions.

    Le document rappelle l’ampleur du fléau : 551 nouvelles affaires enregistrées par la chambre pénale en 2025, 29 homicides par arme à feu en 2024, des violences conjugales qui touchent 12,7 personnes pour 1 000 habitants (trois fois la moyenne nationale) et des saisies de cocaïne passées de 2,7 à 21,8 tonnes dans la zone Antilles-Guyane entre 2023 et 2024. À cela s’ajoutent 1 300 enfants suivis par l’Aide sociale à l’enfance et environ 70 000 habitants en logement social.

    Les mesures sont réparties en quatre thématiques : l’école, la famille, la police et la justice, et la prévention des conduites addictives.

    L’école : 1) amplifier le dispositif « élèves pairs », 2) « les scènes citoyennes » (théâtre de prévention), 3) « dans la classe avec mon enfant », 4) « l’écolier à la rencontre des réalités du monde », 5) systématiser et valoriser l’enseignement moral et civique, 6) organiser le prix du civisme, 7) l’internat « cap avenir », 8) l’after-school, 9) « savoir-faire, savoir-être », 10) grandes vacances zéro oisiveté.

    La famille : 11) étendre le réseau des maisons de la parentalité, 12) renforcer l’Association pour le logement social, 13) un référent médiation familiale dans les CCAS.

    Police et justice : 14) une brigade de médiateurs dans chaque commune, 15) un dispositif carcéral hors les murs inspiré du RSMA.

    Prévention des conduites addictives : 16) un programme scolaire de lutte contre la toxicomanie, 17) un plan santé mentale massif, 18) conditionner les subventions publiques à l’accueil de travaux d’intérêt général et de stages de citoyenneté, 19) sanctuariser les subventions des associations de lutte contre les violences faites aux femmes, 20) localiser le 3919 et généraliser les formations à la détection, 21) optimiser les moyens de l’Aide sociale à l’enfance.

    « Elles ne sont peut-être pas exhaustives, méritent certainement débat et contradiction, mais en sérénité… An nou fè’y ! »,

    résume le livret.

    Insertion, emploi, formation et développement

    La troisième séquence a rappelé qu’environ 14 000 jeunes martiniquais ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études, soit un quart des 15-29 ans, deux fois plus que dans l’Hexagone. Les services techniques de la collectivité ont proposé de reconquérir le cadre de vie : éclairage et vidéoprotection des secteurs sensibles, chantiers éducatifs pour les 16-25 ans, traitement des friches et reconversion des espaces délaissés en lieux de vie. Les directions chargées de l’emploi et de la cohésion sociale ont mis en avant la formation aux métiers en tension, l’ouverture vers la grande Caraïbe et un accompagnement social qui touche déjà 500 familles par an. Les parlementaires présents ont insisté sur le croisement des fichiers, l’exécution plus rapide des peines, le soutien aux associations et la lutte contre le blanchiment, illustrée par une saisie récente de 2,2 millions d’euros d’avoirs criminels.

    Des propositions et un calendrier

    Plusieurs pistes ont émergé : renforcement ciblé des effectifs de police, de gendarmerie et de douane, saut technologique avec la vidéoprotection, la lecture de plaques et de nouveaux scanners, coopération régionale renforcée par l’adhésion de la Martinique à la Caricom et l’accès au fichier des armes caribéennes, pacte économique avec les entreprises via le mécénat, et recherche universitaire sur les réseaux. Serge Letchimy a proposé un dispositif Vigipirate de trois à six mois sur les traits de côte, un formulaire d’entrée pour les voyageurs venus des îles voisines et une conférence territoriale du financement pour décider vite, sans attendre.

    La rencontre s’achève sur un calendrier.

    Début juillet, la Martinique accueillera une conférence internationale réunissant trois ministres et des experts venus travailler plusieurs jours sur l’invasion du narcotrafic, suivie d’une conférence régionale de sécurité.

    Un projet complet, négocié avec l’État et nourri des 21 propositions de la collectivité comme de celles des maires, des EPCI, des acteurs économiques et associatifs, devrait être présenté à l’Assemblée de Martinique à la rentrée de septembre, pour une mise en oeuvre étalée sur trois ans.

    Le mot d’ordre, répété par tous : mettre de côté les rivalités politiques pour permettre au pays de relever la tête.

    Philippe Pied

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