La Martinique a siégé pour la première fois à la CARICOM, à Sainte-Lucie, lors de la 51e Conférence des chefs de gouvernement. Moment historique, assurément : quatorze ans après la candidature de 2012, la caribéanité de la Martinique reçoit enfin une traduction institutionnelle. Mais la liturgie diplomatique – « maison commune », « plus forts ensemble » – ne doit pas dispenser d’une lecture lucide.
Car que recouvre le statut de membre associé ?
Ni droit de vote, ni accès aux décisions de politique étrangère, réservées à l’État français et encadrées par le droit européen. La Martinique assiste, participe, accède aux services du Secrétariat – elle ne décide de rien. Et le précédent des six autres membres associés, territoires britanniques et Curaçao, n’incite guère à l’euphorie : en un demi-siècle, aucun n’a fait de ce statut un levier économique majeur.
Serge Letchimy le sait, qui appelle à « passer aux actes » : entreprises, financements, investissements.
Mais ces actes butent sur des obstacles que l’adhésion ne lève pas : octroi de mer, normes européennes, coûts en euros, exclusion du marché unique caribéen, liaisons maritimes embryonnaires, et une organisation dont la seule langue de travail est l’anglais. Le commerce avec nos voisins reste marginal par structure, non par défaut de tampon officiel.
Faut-il pour autant bouder ce moment ? Non.
La reconnaissance symbolique est réelle, après des décennies d’isolement régional organisé. Un cadre existe désormais pour la coopération technique – santé, climat, sécurité – et des embryons de concret, tel le projet « 15 Produits » avec Sainte-Lucie, montrent la voie.





