Questions au gouvernement – Assemblée nationale, 7 juillet 2026 · Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, en réponse à Marcelin Nadeau, député de la Martinique
De retour de quatre jours en Martinique, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a répondu au député Marcelin Nadeau, qui l’interpellait sur l’aggravation des échouements de sargasses et le désarroi des populations du littoral. Face à un député porteur de demandes précises, cadre juridique, exonérations, hébergements, indemnisation des pêcheurs, la ministre a confirmé le maintien des financements de la collecte en mer, l’achat de nouveaux moyens et l’imminence d’un plan Sargasse 3 érigé en politique publique permanente.
Les côtes de l’est martiniquais vivent au rythme des marées de sargasses. Au Robert, au François, au Vauclin, au Marigot, les échouements se succèdent, l’air devient irrespirable et l’économie du littoral vacille. C’est dans ce contexte tendu, alors qu’un collectif de riverains a un temps envisagé de bloquer l’île, que le député Marcelin Nadeau a porté la voix de ces territoires devant l’Assemblée nationale. Sa question, adressée à la ministre des Outre-mer, ne se contentait pas de dresser un constat déjà largement documenté : elle mettait sur la table quatre demandes concrètes, du cadre juridique aux compensations pour les pêcheurs. La réponse de Naïma Moutchou, qui revenait tout juste du terrain, a confirmé l’ampleur de la mobilisation tout en renvoyant l’essentiel des arbitrages au plan Sargasse 3, attendu d’ici la fin du mois.
Un cri d’alarme venu du littoral

Le constat posé par Marcelin Nadeau est sans détour : depuis plusieurs semaines, les échouements se multiplient sur les côtes martiniquaises. Le collectif Sargasses Robert, que la ministre a rencontré lors de son passage, a même envisagé de bloquer l’île. Pour le député, ce geste traduit le cri d’alarme de populations qui vivent depuis des années au rythme des invasions d’algues brunes : santé qui se dégrade, habitations qui perdent leur valeur, activité économique qui s’effondre. À cela s’ajoute un sentiment plus corrosif encore, celui d’un État qui se serait résigné à gérer une crise devenue permanente. Les conséquences sanitaires, sociales, économiques et écologiques sont désormais parfaitement documentées ; pourtant, souligne le député, les réponses publiques demeurent insuffisantes.
« Les sargasses sont un fléau, un calvaire pour les populations au quotidien. »
Quatre demandes précises posées à la ministre
Au-delà du constat, Marcelin Nadeau a formulé quatre attentes explicites :
- La première tient à sa proposition de loi : tant que les sargasses ne seront pas juridiquement définies, collectivités, riverains et acteurs économiques resteront privés des outils nécessaires pour agir efficacement.
- La deuxième porte sur un accompagnement financier de l’État en faveur des communes qui décideraient d’exonérer de taxe foncière les riverains durablement exposés aux gaz toxiques.
- La troisième réclame la mise en place d’hébergements temporaires dignes de ce nom, pour offrir un répit aux familles les plus exposées.
- La quatrième, enfin, pose une question d’équité : lorsque des pêcheurs de l’Hexagone doivent suspendre leur activité pour protéger les cétacés, ils bénéficient d’un dispositif d’indemnisation ; pourquoi les pêcheurs martiniquais, empêchés de travailler par les échouements massifs, ne bénéficieraient-ils pas de la même solidarité nationale, comme le demandent le comité régional des pêches et les pêcheurs du Marigot ?
« Tant que les sargasses ne seront pas clairement définies juridiquement, les acteurs resteront privés des outils pour agir. »
Une ministre de retour du terrain

En réponse, Naïma Moutchou a d’abord fait valoir sa connaissance directe du dossier. Quatre jours de déplacement en Martinique, un passage par la commune du Robert, des rencontres avec les maires du François, du Vauclin et du Marigot, mais aussi avec les marins pêcheurs, les collectifs et les riverains : la ministre a affirmé avoir mesuré sur place l’ampleur du fléau. Elle a salué une mobilisation qu’elle qualifie d’exemplaire, entre services de l’État, pêcheurs et collectivités. Les chiffres qu’elle avance traduisent cette intensité : 9 000 tonnes de sargasses ramassées à ce jour, contre 7 600 à la même période l’an dernier. Familles inquiètes, professionnels pénalisés, élus locaux en première ligne : la ministre a repris à son compte le vocabulaire du calvaire employé par le député.
Financements confirmés et moyens renforcés
Sur le volet budgétaire, la ministre a apporté une confirmation immédiate. Les fonds dédiés à la collecte en mer étant épuisés, l’État soutiendra financièrement cette collecte jusqu’à la fin de la saison. Le ministère financera par ailleurs de nouvelles pelles ainsi qu’un Sargator nouvelle génération, cet engin spécialisé dans le ramassage des algues. Sur les points précis soulevés par le député — cadre juridique, exonérations de taxe foncière, hébergements temporaires, indemnisation des pêcheurs —, la ministre est restée plus prudente : elle a indiqué que la question des financements était posée, que toutes les possibilités étaient examinées et que les propositions formulées sur place seraient discutées, sans toutefois prendre d’engagement chiffré ou de position tranchée dans l’hémicycle.
Le plan Sargasse 3, d’une urgence à une politique permanente
C’est autour du plan Sargasse 3, en cours de finalisation, que la ministre a construit sa perspective. Elle le présente comme une politique publique à part entière, traitant le phénomène non plus comme une urgence ponctuelle mais comme un sujet désormais permanent. Deux piliers en constituent l’ossature : l’anticipation, avec la nécessité partagée de ramasser les sargasses en mer avant leur échouage, et la santé publique, alors que les populations sont de plus en plus touchées. Sur ce dernier point, la ministre a annoncé un volet sanitaire inédit. L’ensemble reposera sur cinq piliers qu’elle n’a pas eu le temps de détailler, mais le plan sera publié d’ici la fin du mois, avec la promesse d’un nouveau rendez-vous parlementaire pour en débattre.
« Le plan Sargasse 3 traitera les sargasses non plus comme une urgence, mais comme un sujet permanent. »
L’échange aura confirmé un point d’accord : les sargasses sont bien devenues une donnée durable de la vie martiniquaise, et non plus une crise passagère. Reste à savoir si le plan Sargasse 3, attendu dans les prochaines semaines, apportera des réponses aux demandes les plus précises du député : cadre juridique, fiscalité, hébergement, indemnisation des pêcheurs.
C’est à l’aune de ce document, et des financements qu’il mobilisera, que se mesurera l’écart entre la mobilisation affichée et les attentes des populations du littoral.
Source : séance de questions au gouvernement, question de Marcelin Nadeau, député de la Martinique, et réponse de Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer – Assemblée nationale, Paris, 7 juillet 2026.
À télécharger et à consulter
▸ La réponse intégrale de la ministre (PDF)
▸ La vidéo de la question et de la réponse ci-dessous






