« Ce sont les Martiniquaises et les Martiniquais qui décideront »
Interpellée dans l’hémicycle par le député Matthias Renault, la ministre des Outre-mer a défendu avec fermeté l’accord-cadre solennel signé le 1er juillet à Fort-de-France avec la Collectivité territoriale de Martinique.
Elle réfute l’idée que ce texte organiserait l’autonomie ou l’indépendance du territoire, revendique une démarche d’écoute et de dialogue, et rappelle que le dernier mot reviendra aux Martiniquais, appelés à se prononcer au terme du processus.
C’est un dossier qui agite la vie politique martiniquaise depuis plusieurs semaines. Six jours après la signature, à la Maison Aimé Césaire, de l’accord-cadre ouvrant le processus de discussions sur l’avenir institutionnel de l’île, Naïma Moutchou a dû défendre son texte jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Face à un député qui dénonçait un projet mûri à l’écart des citoyens, la ministre des Outre-mer a répondu point par point, opposant à ce qu’elle qualifie de fausses informations un récit de méthode et de transparence. Une réponse qui, au-delà de la joute parlementaire, dessine les lignes de défense du gouvernement sur un chantier institutionnel aussi sensible qu’attendu.

« Ni autonomie ni indépendance » : le démenti de la ministre
Le cœur de la réponse tient en une phrase : l’accord-cadre ne concède rien à la République. À la tribune, Naïma Moutchou a rejeté frontalement l’accusation d’un texte qui préparerait, en sous-main, l’autonomie voire l’indépendance de la Martinique. Pour la ministre, celui qui agite ce spectre caricature un document qu’il n’aurait pas lu, ou mal lu, et relaie de fausses informations destinées à faire peur. Le texte, dans son économie immédiate, ne modifie ni le statut de l’île, ni sa fiscalité, ni le droit applicable aux entreprises : il ouvre un cadre de discussions, rien de plus, rien de moins. La Martinique, a-t-elle insisté, n’est pas un terrain de jeu présidentiel, et le gouvernement assume de préférer l’écoute des territoires aux slogans.
« L’accord-cadre ne cède pas un centimètre à la République »
Un processus né d’un vote unanime des élus
Pour la ministre, la démarche n’a rien d’une initiative surgie d’en haut. Elle en situe l’origine dans un geste des élus martiniquais eux-mêmes : en octobre 2025, de droite comme de gauche, à l’unanimité, ils se sont prononcés pour l’ouverture de discussions sur l’avenir institutionnel du territoire. C’est ce consensus local, prolongé par la volonté présidentielle d’engager le dialogue là où des projets politiques étaient parvenus à maturité, qui a rendu l’accord possible. Face à cette expression unanime, deux voies s’offraient au gouvernement : faire comme si de rien n’était, ou se placer dans l’écoute. La ministre revendique le second chemin, celui du terrain et du dialogue, contre la posture de ceux qui préféreraient répondre « circulez, il n’y a rien à voir ».
« Rien ne vaut le terrain, et moi je vais sur le terrain »
Une démarche assumée « sur la place publique »
À l’accusation d’un accord conclu en catimini, la ministre oppose la transparence de la méthode. Rien, à l’en croire, ne s’est joué dans l’ombre : une discussion avec l’ensemble des acteurs s’est tenue dès décembre 2025, et l’accord-cadre du 1er juillet n’a fait que formaliser ce qui était déjà, selon elle, sur la place publique. Une République à sa place, a-t-elle plaidé, est une République qui écoute ce qui se passe sur les territoires. Le gouvernement se défend d’imposer quoi que ce soit : il ne préempte aucune issue et n’avance aucun modèle institutionnel préétabli. La démarche s’inscrit d’ailleurs dans un long cheminement, de l’Appel de Fort-de-France aux votes du Congrès des élus, dont l’accord constitue une nouvelle étape.
Le dernier mot laissé aux Martiniquais
C’est l’argument que la ministre place au terme de sa démonstration, comme une garantie ultime. Au bout du processus, un texte sera élaboré ; mais ce ne seront ni l’État ni les élus qui trancheront. Les Martiniquaises et les Martiniquais seront consultés, maîtres de leur destin, libres de dire ce qu’ils veulent et ce qu’ils refusent. Cette promesse de consultation populaire, également inscrite dans l’accord signé avec Serge Letchimy, répond directement aux inquiétudes exprimées sur l’île, où plusieurs élus et organisations économiques redoutent une évolution engagée sans mandat explicite de la population. La ministre, elle, en fait le socle démocratique de toute la démarche.
Au-delà de l’institutionnel, les urgences du quotidien
La réponse s’est achevée sur un rappel : le volet institutionnel n’efface pas le reste. La ministre a tenu à réaffirmer que le gouvernement continue de se battre sur les sujets qui pèsent sur le quotidien des Martiniquais, à commencer par la lutte contre le narcotrafic et l’économie, sans oublier la vie chère qu’elle érige en priorité des priorités. Plutôt que d’en rester aux slogans, elle a même invité son contradicteur à rejoindre le mouvement engagé. Une manière de refermer le débat parlementaire en déplaçant la ligne : non pas l’institutionnel contre le quotidien, mais les deux menés de front.
Sur un dossier qui divise déjà l’île, la ministre des Outre-mer a choisi le registre de la fermeté rassurante : oui au dialogue, non aux procès d’intention. Reste que la véritable épreuve ne se jouera pas dans l’hémicycle, mais dans les mois à venir, autour de la table de négociation puis, in fine, dans les urnes. C’est là, et non à Paris, que se mesurera la solidité du consensus dont se prévaut le gouvernement.
Source : réponse de Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, au député Matthias Renault – Assemblée nationale, 7 juillet 2026. Seul le prononcé fait foi.
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