Gdc's Perspective
La saisie de plus de 500 kilogrammes de cocaïne en zone maritime des Antilles, annoncée avec force communication, donne à voir une image rassurante : celle d’un État vigilant, efficace, capable de frapper les réseaux criminels. Mais cette lecture, aussi séduisante soit-elle, repose sur une illusion. C’est ainsi que nous publions les communiqués qui sont adressés à notre rédaction, mais que nous ne nourrissons aucune illusion sur la question.
Car dans l’économie mondiale du narcotrafic, une saisie n’est jamais une victoire stratégique. Elle est, au mieux, un succès tactique. Au pire, le symptôme visible d’un système qui fonctionne parfaitement pour ceux que l’on prétend combattre.
La saisie comme mise en scène de l’efficacité publique
L’interception d’un voilier chargé de cocaïne en haute mer mobilise tous les codes de la réussite : coopération internationale, précision opérationnelle, réactivité des forces armées. L’événement est spectaculaire, médiatiquement exploitable, politiquement valorisable.
Mais cette spectacularisation masque l’essentiel. Ce que l’on saisit ne représente qu’une fraction infime des flux. Dans un marché où la cocaïne circule à l’échelle industrielle, les centaines de kilogrammes interceptés ne sont qu’une variable marginale. Les organisations criminelles intègrent ces pertes dans leur modèle économique.
Une guerre perdue dans les chiffres
L’augmentation des saisies est souvent interprétée comme un signe d’efficacité. Elle devrait au contraire alerter. Plus les saisies progressent, plus cela signifie que les volumes en circulation sont élevés et que les réseaux sont efficaces.
Les Antilles, carrefour discret d’une mondialisation criminelle
La zone maritime des Antilles est devenue un espace stratégique du narcotrafic transatlantique. Les routes se multiplient, les modes opératoires évoluent et le trafic s’ancre progressivement dans les territoires.
L’impasse d’une réponse exclusivement sécuritaire
La réponse publique reste dominée par une logique d’interception. Cette stratégie est nécessaire mais insuffisante. Elle ne traite ni les causes économiques ni la demande structurelle.
Sortir de l’illusion
La saisie de 500 kilogrammes de cocaïne n’est qu’un indicateur. Non pas de combien l’on saisit, mais combien l’on ne saisit pas. C’est dans cet angle mort que se mesure l’ampleur réelle du phénomène.
Mais que les autorités soient rassurées, nous continuerons à mettre en ligne les communiqués qu’ils font parvenir à notre rédaction.
Gérard Dorwling-Carter





