La crise actuelle de la Justice, dans la France entière, ne concerne pas seulement des magistrats ou de malheureuses victimes, ou encore une politique pénale totalement erratique depuis plus de 40 ans.
Elle révèle à l’opinion une crise qui atteint tout le modèle social français.
Ce modèle social se caractérise, pour l’essentiel, par l’existence d’un secteur public immense, l’acceptation d’un chômage massif, et des inégalités de revenus que rien ne justifie.
Le secteur public gère 57% du PIB, et garantit à 6.000.000 de personnes un emploi à vie sans qu’il y ait, chaque année, d’évaluation réelle de leur coût et de leurs résultats, autrement que par elle-mêmes.
Un tel dispositif n’existe nulle part ailleurs.
Le chômage, quant à lui, est le double de celui des pays comparables, ce qui constitue une atteinte grave à la dignité de plus de 6 millions d’autres personnes.
Enfin, des inégalités considérables de revenus existent à l’intérieur même de la fonction publique, où des dizaines de milliers de fonctionnaires ou para-fonctionnaires gagnent mieux leur vie que la plupart des hauts cadres du secteur privé, sans jamais être en risque dans leur vie professionnelle.
Dans toute société, l’ordre et la justice s’obtiennent en équilibrant du mieux possible l’exigence de responsabilité et le besoin de solidarité.
La politique, c’est exactement cela.
En France, il devient clair pour tous que pour des millions de personnes, fonctionnaires ou para-fonctionnaires aux pouvoirs économiques et médiatiques immenses, la notion de responsabilité, de plus en plus ténue, ne se maintient qu’en fonction du bon vouloir d’une poignée de responsables fortement motivés par le service du public.
Simultanément, le développement excessif de la solidarité par le biais de dons de toutes sortes sans contre-dons abaisse l’individu, finit par tuer la notion même d’humanité, même dans la fonction publique, et détruit une société.
En temps de compétition internationale féroce, ce modèle de société s’effondre forcément: c’est ce que raconte, aussi, la crise actuelle de la Justice.
Ce n’est pas sur les esclavages passés qu’il faut inutilement s’appesantir, c’est bien pour éviter de nouvelles servitudes en cours d’installation qu’il faut inventer un nouveau modèle de société, basé sur l’être davantage que sur l’avoir.
MANMAY, AN NOU GADÉ DOUVAN.
Maurice Laouchez





