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    Home » Distribution alimentaire en Martinique : des marges comparables à l’Hexagone, sauf dans la logistique
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    Distribution alimentaire en Martinique : des marges comparables à l’Hexagone, sauf dans la logistique

    February 9, 2026Updated:February 9, 2026No Comments
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    Une étude de l’IEDOM analyse pour la première fois en détail les marges de la chaîne de distribution alimentaire martiniquaise et les compare à celles de l’Hexagone. Verdict : les distributeurs ne sont pas les principaux responsables de la vie chère, contrairement aux idées reçues.


    Après les manifestations contre la vie chère de l’automne 2024, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) publie une analyse inédite des marges dans la distribution alimentaire en Martinique. L’étude, basée sur les données comptables 2023 de 408 entreprises martiniquaises, révèle des écarts de rentabilité souvent plus faibles qu’attendu avec l’Hexagone.

    Un écart de prix de 40% qui continue de se creuser

    Le contexte est connu : les prix alimentaires en Martinique étaient 40% plus élevés qu’en métropole en 2022, un écart qui s’est encore accentué depuis. Entre janvier 2023 et septembre 2025, l’inflation alimentaire a été plus forte en Martinique (+3,1% par an en moyenne) que dans l’Hexagone (+2,6%). Pour des ménages qui consacrent 16% de leur budget à l’alimentation et connaissent un taux de pauvreté de 33% (contre 14% en métropole), cette cherté pèse lourdement sur le pouvoir d’achat.

    Face à cette situation, les marges des distributeurs sont souvent pointées du doigt. L’analyse de l’IEDOM apporte un éclairage factuel sur cette question sensible.

    Grande distribution : des marges équivalentes ou inférieures

    Premier constat : dans les supermarchés et hypermarchés, les marges martiniquaises sont proches de celles de l’Hexagone. Le taux de marge commerciale s’établit à 19,4% en Martinique contre 19,6% dans l’Hexagone. Le taux d’excédent brut d’exploitation (EBE), indicateur clé de la rentabilité, est même légèrement supérieur (2,7% contre 2,2%).

    Ces chiffres masquent toutefois une réalité moins favorable : le poids des achats de marchandises représente 78% du chiffre d’affaires des grandes surfaces martiniquaises, contre 76% en métropole. Ce surcoût de 2 points pénalise la rentabilité des distributeurs locaux. Ils compensent en partie ce handicap par des charges salariales plus faibles : 8% du chiffre d’affaires contre 10% dans l’Hexagone.

    Pour les petites surfaces et commerces spécialisés, l’écart est encore plus marqué. Leurs marges sont inférieures à celles de l’Hexagone : taux de marge commerciale de 24,8% contre 31,9% en métropole. Ici aussi, le poids des achats de marchandises (73% du chiffre d’affaires contre 63% en métropole) explique cette moindre rentabilité.

    Commerce de gros : des marges légèrement supérieures

    © ANTILLA

    Dans le commerce de gros alimentaire, les entreprises martiniquaises dégagent des marges légèrement plus élevées que leurs homologues hexagonales. Pour le commerce de gros spécialisé, le taux de marge commerciale atteint 16,2% en Martinique contre 20% dans l’Hexagone, mais cette différence s’explique par des réalités comptables complexes.

    Les grossistes ultramarins sont pénalisés par le poids important des achats de marchandises (plus de 76% du chiffre d’affaires contre 71% en métropole). Ils compensent cependant par des dépenses d’approvisionnement (combustibles, emballages, fournitures) nettement plus faibles qu’en métropole – un écart de 6 points de pourcentage dont l’origine reste à préciser.

    La logistique, vrai point noir de la chaîne

    Graphique © ANTILLA

    C’est dans le secteur de la logistique que l’étude révèle l’écart le plus significatif. Les entreprises martiniquaises du secteur dégagent un taux de valeur ajoutée de 44,9%, soit 20 points de plus que dans l’Hexagone (24,9%). Dans les autres départements d’outre-mer, cet écart atteint encore 17 points.

    Cette forte valeur ajoutée pourrait contribuer significativement à la vie chère. Toutefois, elle est entièrement absorbée par les frais de personnel, qui représentent une part bien plus importante du chiffre d’affaires qu’en métropole. Résultat : le taux d’EBE (10,3%) reste proche de celui de l’Hexagone (10,6%).

    L’étude ne permet pas de préciser l’origine de ce surcoût salarial : s’agit-il d’effectifs plus importants ou de salaires plus élevés ? La question mérite d’être approfondie.

    Cinq groupes dominent le marché

    L’analyse révèle la forte concentration du secteur : cinq groupes (Bernard Hayot, Parfait, PF Entreprises-CréO, SAFO et Fernand Ho Hio Hen) représentent 100% de l’activité des supermarchés et hypermarchés martiniquais. Ils contrôlent également 86% du commerce de gros non spécialisé.

    Ces groupes ont diversifié leurs activités : si la distribution alimentaire représente 55% de leur chiffre d’affaires cumulé, elle ne pèse que 18% de leur excédent brut d’exploitation. Le commerce automobile (33% du chiffre d’affaires) et l’immobilier contribuent davantage à leur rentabilité globale, avec un taux d’EBE médian de 7,5% au niveau consolidé.

    Un secteur en mutation démographique

    Le paysage de la grande distribution martiniquaise comprend 7 hypermarchés et 42 supermarchés fin 2025. Mais le secteur fait face à deux défis majeurs : en 10 ans, la Martinique a perdu 25 000 habitants, soit autant de consommateurs. La population vieillit également (un tiers a plus de 60 ans), modifiant les habitudes de consommation.

    Les enseignes s’adaptent en développant un maillage de proximité avec des magasins plus petits (1 000-1 200 m²), comme les récents Carrefour Market de Case-Pilote et Carrefour Contact du Vauclin. Le tourisme offre une compensation partielle : avec 571 511 visiteurs en 2024 (record sur 40 ans), les touristes représentent un complément de clientèle non négligeable, consacrant 8% de leur budget (980 euros en moyenne) aux achats alimentaires.

    Une dépendance structurelle aux importations

    Au-delà des marges, l’étude pointe les causes structurelles de la vie chère. La Martinique importe près de 80% de ses produits alimentaires, essentiellement depuis l’Hexagone. L’autosuffisance alimentaire reste limitée : plus de 80% pour les œufs, mais seulement un tiers pour les fruits, un quart pour les légumes et moins de 20% pour la viande.

    Cette dépendance implique mécaniquement des coûts de transport, de logistique et de stockage plus importants qu’en métropole. L’éloignement géographique et l’étroitesse du marché local, qui limitent les économies d’échelle, renchérissent structurellement les prix.

    Quelles solutions pour l’avenir ?

    L’IEDOM conclut que le niveau des marges des distributeurs et grossistes joue un rôle limité dans l’écart de prix avec l’Hexagone. Dans le commerce de détail, les marges sont équivalentes ou inférieures à celles de la métropole. Dans le commerce de gros, elles sont légèrement supérieures. Seul le secteur de la logistique présente des taux de valeur ajoutée nettement plus élevés.

    Pour lutter contre la vie chère, l’institut préconise deux axes prioritaires :

    • Réduire les contraintes logistiques en favorisant la concurrence et la transparence dans ce secteur
    • Renforcer la souveraineté alimentaire en encourageant la production locale et l’intégration commerciale régionale

    L’étude souligne toutefois ses limites : basée sur des données comptables non consolidées, elle ne permet pas d’identifier les opérations intragroupes qui pourraient modifier la rentabilité réelle des activités. Une analyse plus approfondie de ces flux financiers internes aux groupes apporterait un éclairage complémentaire sur la formation des prix.

    L’étude complète est disponible en cliquant ICI

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