Face aux sécheresses, aux pluies extrêmes et à l’artificialisation des sols, l’hydrologie régénérative propose de ralentir l’eau, de favoriser son infiltration et de restaurer les milieux naturels. Cette approche mérite d’être expérimentée en Martinique, à condition de l’adapter au relief, aux risques naturels et à la pollution des sols.
La gestion de l’eau en Martinique est principalement abordée à travers les captages, les usines de traitement, les canalisations, les réservoirs et l’assainissement. Ces équipements sont indispensables. Mais ils ne représentent que le « petit cycle » de l’eau : celui qui permet de prélever, traiter, distribuer puis épurer l’eau consommée.
L’hydrologie régénérative propose d’agir également sur le « grand cycle »,
C’est-à-dire sur le parcours naturel de l’eau entre les précipitations, les sols, la végétation, les rivières, les nappes souterraines et l’atmosphère. Son principe peut se résumer en trois verbes : ralentir, répartir et infiltrer.
Au lieu d’évacuer le plus rapidement possible l’eau de pluie vers les rivières et la mer, il s’agit de la retenir temporairement dans les paysages. Haies, mares, zones humides, noues végétalisées, sols agricoles couverts, agroforesterie, jardins de pluie, parkings perméables et restauration des berges peuvent freiner les écoulements.
Ces aménagements favorisent l’humidité des sols, réduisent l’érosion et peuvent atténuer certains ruissellements.
Cette approche est particulièrement intéressante pour une île soumise à un paradoxe.
Recevoir des pluies parfois très abondantes, tout en connaissant des tensions sur la ressource pendant les périodes sèches. L’eau qui tombe brutalement sur des sols imperméabilisés, dénudés ou compactés ruisselle rapidement sans nécessairement constituer une réserve disponible.
L’Office de l’eau relève que certaines pratiques agricoles modifient la capacité des sols à infiltrer l’eau.
La mise à nu des terres, le remaniement profond des sols, les fossés accélérant l’évacuation et la disparition des haies peuvent renforcer le ruissellement et l’érosion. La réponse ne réside donc pas seulement dans la construction de nouveaux équipements. Elle suppose aussi de restaurer la capacité du territoire à retenir l’eau là où elle tombe. Office de l’eau Martinique
En agriculture, cela pourrait passer par une couverture permanente des sols, la reconstitution de haies, l’agroforesterie, de petites retenues correctement dimensionnées ou des aménagements suivant les courbes de niveau. Dans les villes, la désimperméabilisation des cours d’école, des places et des parkings permettrait de réduire les volumes immédiatement dirigés vers les réseaux. Le Cerema souligne que l’infiltration des eaux pluviales peut limiter les rejets dans les réseaux d’assainissement et réduire certains coûts d’aménagement. Cerema
Il faut toutefois éviter d’en faire une solution miracle.
La Martinique présente de fortes pentes, des pluies tropicales intenses et des risques de glissement de terrain. Un ouvrage mal conçu peut déplacer le problème, déstabiliser un sol ou aggraver une inondation en aval. Chaque intervention doit donc être précédée d’une étude hydrologique, géotechnique et environnementale.
La contamination par la chlordécone impose une vigilance supplémentaire. Le BRGM a établi que cette molécule peut être transférée vers les eaux souterraines par infiltration et vers les cours d’eau par ruissellement. Favoriser indistinctement l’infiltration dans une zone polluée pourrait donc contribuer à déplacer la contamination. BRGM La qualité des sols et des eaux doit être vérifiée avant toute intervention.
L’hydrologie régénérative ne réparera pas davantage les canalisations défaillantes. Elle ne remplacera ni les investissements dans l’eau potable, ni la recherche de nouvelles ressources, ni l’amélioration du rendement des réseaux. Elle constitue un volet complémentaire d’une politique globale de l’eau.
La méthode la plus raisonnable serait d’engager quelques expérimentations sur des bassins versants représentatifs.
Chaque projet associerait agriculteurs, communes, intercommunalités, Office de l’eau, CTM, services de l’État, scientifiques et habitants. Un état initial permettrait ensuite de mesurer l’infiltration, l’humidité des sols, l’érosion, les débits, la qualité de l’eau et les effets sur les inondations.
La véritable innovation ne résiderait pas seulement dans les techniques employées, dont plusieurs sont anciennes. Elle consisterait à ne plus traiter séparément l’eau potable, l’agriculture, l’urbanisme, les rivières et la prévention des risques. L’eau traverse les limites administratives comme elle traverse les parcelles. Sa gestion doit donc être pensée à l’échelle du bassin versant.





