Chaque 12 avril marque la date anniversaire du décès de Jean Bernabé, disparu en 2017. Professeur, linguiste, écrivain et intellectuel martiniquais, il a profondément transformé la place de la langue créole dans la société, à l’université et dans le débat public. Son nom reste attaché à une œuvre majeure : avoir donné au créole des outils scientifiques, une reconnaissance institutionnelle et une visibilité durable.
Un homme qui a donné au créole une place centrale
Le 12 avril n’est pas seulement une date de souvenir. C’est aussi l’occasion de mesurer l’empreinte laissée par Jean Bernabé sur la Martinique, les Antilles, la Guyane et plus largement sur tous ceux qui considèrent que la langue créole est un patrimoine vivant, digne d’être étudié, enseigné et transmis.
Né en 1942 au Lorrain et décédé à Fort-de-France en 2017, Jean Bernabé fut l’une des grandes figures intellectuelles martiniquaises du XXe siècle et du début du XXIe. Après des études brillantes, notamment à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il devient agrégé de grammaire avant d’enseigner puis de rejoindre l’université antillaise. Très tôt, il comprend qu’une langue ne vit pleinement que si elle dispose de règles, d’ouvrages de référence, de lieux d’étude et d’une légitimité publique.
C’est dans cet esprit qu’il fonde en 1975 le GEREC, Groupe d’Études et de Recherches en Espace Créole. Pendant plusieurs décennies, cette structure jouera un rôle central dans la recherche sur le créole. Sous son impulsion, la créolistique devient un champ universitaire reconnu. Le GEREC contribuera à faire émerger des générations de chercheurs, d’enseignants et d’étudiants.

Une œuvre décisive pour écrire, enseigner et comprendre le créole
Jean Bernabé n’a pas seulement étudié le créole, il a aussi participé à sa structuration concrète. Il est notamment associé à la codification de la graphie moderne du créole, autrement dit à la manière de l’écrire de façon cohérente et transmissible. Ce travail a eu des conséquences majeures : il a facilité l’enseignement, l’édition de livres, la production pédagogique et l’usage institutionnel de la langue. Aujourd’hui encore, nombre de pratiques d’écriture s’inscrivent dans cet héritage.
Son œuvre scientifique demeure considérable. Parmi ses travaux les plus marquants figure Fondal-Natal, vaste somme grammaticale devenue une référence. Il publie également des ouvrages sur la syntaxe, la grammaire, la graphie et la pédagogie du créole. Derrière ces titres parfois savants se trouve une ambition simple : montrer que le créole possède sa logique, sa richesse et sa complexité, comme toute langue du monde.
Son action a également changé l’école et l’université. La création du CAPES de créole en 2001, permettant de former et recruter des enseignants spécialisés, s’inscrit dans la dynamique qu’il a contribué à construire. Grâce à ce type d’avancées, le créole a cessé d’être relégué à la sphère privée pour entrer pleinement dans les espaces du savoir et de la transmission.
Un héritage toujours vivant en Martinique et au-delà
Jean Bernabé fut aussi un homme d’idées engagé dans les grands débats culturels de son temps. Il est l’un des cofondateurs du mouvement de la Créolité, qui a marqué la réflexion sur l’identité antillaise à partir de la fin des années 1980. Ce courant entendait valoriser les héritages multiples des sociétés caribéennes, loin des visions réductrices. Ses positions ont parfois suscité discussions et critiques, preuve qu’il occupait une place centrale dans la vie intellectuelle.
Les hommages rendus après sa disparition montrent l’ampleur de cette reconnaissance. En 2024, la faculté des Lettres du campus de Schœlcher a officiellement pris le nom de “faculté Jean-Bernabé”. Ses archives et sa bibliothèque ont également été conservées afin de permettre aux nouvelles générations de poursuivre le travail.
Neuf ans après sa disparition, Jean Bernabé demeure une référence. Son héritage dépasse les cercles universitaires. Il se retrouve dans les livres, dans les salles de classe, dans les médias, dans les débats culturels et dans la parole quotidienne.
À chaque 12 avril, la Martinique se souvient qu’un de ses grands intellectuels a consacré sa vie à donner au créole la place qu’il mérite.
Antilla





