Dans ce « Repère », Maurice Laouchez réagit à l’adoption par la Commission des lois de l’Assemblée nationale d’une proposition visant à abroger officiellement le Code Noir de 1685. Au-delà de la portée symbolique de cette démarche, il interroge les formes contemporaines du racisme en France, mais aussi la manière dont les sociétés concernées abordent la mémoire de l’esclavage.
S’appuyant notamment sur une lecture qu’il estime souvent incomplète de Frantz Fanon, en particulier des dernières pages de Peau noire, masques blancs, il développe une réflexion sur les limites du discours victimaire lorsqu’il devient, selon lui, une « rente mémorielle ».
Sans nier la nécessité du combat contre les discriminations et le racisme, il plaide pour une démarche fondée aussi sur la responsabilité individuelle et collective, le travail, la confiance en soi et la capacité à prendre pleinement sa place dans le monde contemporain.
Philippe Pied
Ce 20 mai 2026, la Commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la proposition de loi du député guadeloupéen Max Mathiasin tendant à abroger le Code Noir promulgué par Louis XIV en 1685.
Il est également proposé la présentation par le gouvernement, dans un délai d’un an, de « la liste des dispositions issues du droit colonial encore en vigueur et analysant leurs conséquences contemporaines en termes de discriminations et de racismes dans l’ensemble de la société française ».
Cette proposition de loi doit, pour prendre place dans l’arsenal juridique national, être approuvée par une majorité de députés et une majorité de sénateurs.
Deux réflexions s’imposent sur le sujet :
La première est que l’abrogation du Code Noir relève davantage de la forme que de la nécessité, tellement, dans les faits, cette abrogation est implicite aux décrets d’abolition de 1848. Mais la proposition d’examiner ses conséquences contemporaines en termes de discrimination et de racisme dans l’ensemble de la société française est pertinente, car il est grand temps pour la France, dans son propre intérêt, de sortir du déni actuel quant aux manifestations quotidiennes et inacceptables de racisme.
La deuxième réflexion tient à l’impact réel de toute action contre le racisme qui se limite à la victimisation, et qui conduit beaucoup d’entre nous à se considérer comme titulaires de beaucoup plus de droits que de devoirs.
Cela s’appelle la rente mémorielle.
En complément de toute action juridique contre le racisme d’hier et d’aujourd’hui, il appartient à toutes les communautés concernées de ne jamais rester esclaves de l’esclavage, et de prendre, par un haut niveau de travail personnel et collectif, c’est-à-dire de responsabilité, toute leur place, sans aucun complexe,dans la construction du monde d’aujourd’hui et de demain.
Maurice Laouchez





