Une ambition considérable pour changer de modèle
Porté par la Collectivité territoriale de Martinique, Martinique 2050 part d’un constat : le territoire ne pourra pas répondre à ses défis démographiques, économiques, sociaux et environnementaux en prolongeant simplement son modèle actuel. Énergie, eau, logement, infrastructures, agriculture, tourisme, numérique, mobilité, formation et développement des entreprises nécessiteront des investissements considérables.
Le chiffre avancé, de l’ordre de 25 milliards d’euros à l’horizon 2050, peut donner le vertige.
Il représente, en ordre de grandeur, environ un milliard d’euros d’investissements par an pendant vingt-cinq ans. Mais poser la question sous la forme « Où trouver 25 milliards ? » conduit à une impasse. Ni la CTM, ni l’État, ni l’Europe ne pourront financer seuls une telle transformation.
Le véritable enjeu consiste donc à construire une capacité permanente d’investissement, associant financements publics, banques, entreprises, investisseurs institutionnels, capitaux privés, diaspora et, volontairement, une partie de l’épargne martiniquaise.
La première ressource est la confiance
Avant même de rechercher les milliards, une question doit être posée : qu’est-ce qui donnera envie d’investir durablement en Martinique ?
La réponse est la confiance.
Une entreprise investit lorsqu’elle dispose de visibilité. Une banque prête lorsqu’elle considère le projet et son environnement suffisamment sûrs. Un investisseur engage son capital lorsqu’il estime le risque acceptable. Un particulier peut choisir d’orienter une partie de son épargne vers l’économie martiniquaise s’il sait où va son argent et dispose de garanties suffisantes.
La confiance ne se décrète cependant pas. Elle suppose stabilité des règles, qualité des projets, transparence de la gouvernance, respect des engagements et évaluation des résultats. La puissance publique, et particulièrement la CTM dans le cadre de Martinique 2050, doit en apporter la première démonstration.
Faire de l’argent public un levier
La méthode consiste ensuite à sortir de l’opposition entre financement public et financement privé.
Les financements de l’État et de l’Europe restent indispensables, de même que l’investissement des collectivités. Mais leur fonction doit progressivement évoluer : l’argent public doit, chaque fois que cela est possible, devenir un levier permettant de déclencher d’autres investissements.
La puissance publique peut financer les infrastructures, préparer le foncier, soutenir la formation, apporter des garanties ou partager certains risques. Cette intervention peut ensuite permettre aux banques de prêter, aux entreprises d’investir et aux investisseurs d’apporter des fonds propres.
L’objectif est simple : faire en sorte qu’un euro public puisse entraîner plusieurs euros d’investissement.
Mobiliser une partie de la richesse déjà présente en Martinique
Martinique 2050 ne doit pas seulement rechercher des capitaux à l’extérieur. Une partie des ressources nécessaires existe déjà sur le territoire.
Il y a près de 6,8 milliards d’euros d’épargne bancaire détenue par les ménages martiniquais. Mobiliser volontairement l’équivalent de seulement 5 % représenterait environ 340 millions d’euros ; 10 %, près de 680 millions.
Il ne s’agit évidemment ni de prélever cette épargne ni de demander aux Martiniquais d’investir par patriotisme. Il faut au contraire créer des instruments professionnels, diversifiés, transparents et suffisamment attractifs pour que l’investissement dans l’économie martiniquaise devienne un choix économiquement rationnel.
La diaspora représente également une ressource potentielle, non seulement par ses capitaux, mais par ses compétences, ses réseaux et sa connaissance des marchés extérieurs.
Construire la « machine à investir »
Pour mettre en relation ces différentes ressources, Martinique 2050 doit dépasser le simple catalogue des financeurs et construire une véritable architecture financière martiniquaise.
Elle pourrait s’appuyer sur une Société martiniquaise de financement du développement chargée de coordonner les grands projets et leurs financeurs ; un Fonds d’investissement martiniquais apportant des fonds propres aux entreprises et aux secteurs stratégiques ; un Fonds territorial de garantie partageant une partie du risque avec les banques ; une capacité renforcée d’ingénierie financière permettant de transformer les projets en dossiers finançables ; enfin, un label « Investir Martinique » garantissant transparence, gouvernance, viabilité économique et impact territorial.
Ces instruments auraient une fonction commune : réduire la distance entre l’argent disponible et les projets qui en ont besoin.
Faire en sorte que le développement finance progressivement le développement
L’objectif ultime ne peut être seulement de réussir à dépenser 25 milliards d’euros. Il faut que ces investissements produisent de nouvelles capacités économiques.
Les infrastructures doivent améliorer la compétitivité, l’investissement énergétique réduire la dépendance extérieure, l’agriculture substituer une partie des importations, le numérique permettre l’émergence de nouvelles activités, les entreprises créer des emplois et des exportations, et les bénéfices générés être en partie réinvestis sur le territoire.
Un cercle vertueux peut alors se mettre en place : confiance → réduction du risque → investissement public → effet de levier → capitaux privés et crédit → création de richesse → réinvestissement.
C’est ainsi que peut être abordée la question de la dépendance de l’économie martiniquaise à la dépense publique. Il ne s’agit ni de renoncer à la solidarité nationale ni aux financements européens, mais de les utiliser pour construire progressivement une économie capable de financer elle-même une part croissante de son développement.
Les 25 milliards ne sont donc pas le véritable problème
Présentés comme une somme qu’il faudrait réunir aujourd’hui, 25 milliards d’euros paraissent hors de portée. Considérés comme un flux d’investissements à organiser sur vingt-cinq ans, la question change de nature.
Martinique 2050 devrait donc être accompagné d’un plan financier consolidé à 2030, 2040 et 2050 précisant, pour chaque grande opération, qui investit, qui emprunte, qui garantit, qui supporte le risque et quelle valeur est créée et conservée en Martinique.
La véritable ambition financière de Martinique 2050 pourrait alors se résumer en une formule : il ne s’agit pas de trouver 25 milliards. Il s’agit de créer la confiance et de construire la machine financière capable de les mobiliser progressivement.





