La bibliothèque Georges-de-Vassoigne de Schœlcher a accueilli Serge-Nicolas Thaly, auteur du triptyque « Simplement Martiniquais Kimafoutiésa », consacré à la mémoire, au peuplement, au métissage et à l’identité martiniquaise.

Ce projet original associe littérature, musique et pédagogie. Il comprend l’ouvrage « Simplement Martiniquais Kimafoutiésa », recueil de témoignages et de récits courts, le CD « Matinitjé Expérience » – réalisé avec l’appui d’outils d’intelligence artificielle – ainsi qu’un cahier d’initiation à la généalogie destiné aux enfants de 7 à 12 ans.
Madame Coïta, directrice de la Culture et des Arts, a ouvert la rencontre en remerciant l’assemblée. Elle a replacé l’événement dans le cadre d’« Au-delà des pages », manifestation régulière de valorisation du patrimoine littéraire. Elle a également souligné la démarche de l’auteur, qui choisit de mettre en avant la parole de celles et ceux ayant fait le choix de la Martinique, ainsi que l’importance du partage et de la réflexion collective.
Franck Sainte-Rose-Rosemond, premier adjoint au maire de Schœlcher, a rappelé que la bibliothèque s’inscrivait dans une ambition culturelle plus large, associant médiathèque, centre des arts et espaces de travail ou d’exposition. Il a insisté sur le rôle essentiel de l’écrit dans la préservation de la mémoire collective et dans la transmission d’un héritage souvent porté par la tradition orale.
Durant près d’une heure, Serge-Nicolas Thaly a présenté sa démarche devant un public particulièrement attentif. Il a notamment développé sa réflexion sur le métissage, qu’il considère comme un processus vivant de rencontres et de recompositions culturelles. Selon lui, les migrations volontaires ou forcées, qui ont marqué l’histoire de l’humanité depuis des millénaires, constituent le socle des identités hybrides contemporaines et nourrissent la pluralité des appartenances.
L’auteur a évoqué ses propres origines, révélées par un test ADN faisant apparaître des liens avec treize régions du monde, parmi lesquelles le Nigéria, les pays scandinaves, la Dominique et l’Inde. À ses yeux, cette diversité reflète la réalité martiniquaise : une identité fondée sur l’accueil, le choix, l’engagement et la contribution à la société, davantage que sur la naissance, la couleur de peau ou les catégories identitaires.

La culture et la gastronomie constituent, selon lui, des illustrations concrètes de cette hybridation permanente. Les mouvements de population ont conduit en Martinique des femmes et des hommes venus des quatre coins du monde, enrichissant progressivement le patrimoine commun de l’île.
L’ouvrage « Simplement Martiniquais Kimafoutiésa » rassemble ainsi vingt récits de personnes ayant choisi la Martinique comme terre de vie. Les témoignages ont été sélectionnés pour leur implication dans la société martiniquaise et non pour leur origine ou leur couleur de peau.
Lors des échanges avec le public, plusieurs participants ont interrogé l’auteur sur son choix du terme « métissage » plutôt que celui de « créolisation ». Serge-Nicolas Thaly a expliqué privilégier le premier, estimant que le mot « créole » suscite parfois des interprétations qui compliquent le débat. Il a également évoqué les figures d’Aimé Césaire, Frantz Fanon, Édouard Glissant, Nelson Mandela et Bob Marley comme références d’un idéal d’humanité apaisée, dépassant les divisions et les hiérarchies.
La présentation du CD a également suscité l’intérêt de l’assistance. L’écoute de plusieurs titres, parmi lesquels « Matinitjé », « Une petite île au milieu de l’océan » et « Trois Martiniquais », a permis de découvrir un travail musical particulièrement soigné. Serge-Nicolas Thaly a précisé avoir écrit les textes et piloté la création musicale à l’aide de l’intelligence artificielle, en définissant avec précision les consignes relatives à la structure, à l’écriture du créole, aux voix et aux instruments.
Enfin, le troisième volet du triptyque est constitué d’un cahier d’initiation à la généalogie destiné aux enfants. L’objectif est de favoriser, dès le plus jeune âge, une compréhension de la diversité des origines et de la complexité des héritages familiaux. Dans sa préface, la généalogiste Annick François-Haugrin souligne l’intérêt de cette démarche : « Relier les enfants à leur histoire, relier les familles entre elles, relier le passé au présent : tel est le fil précieux que ce cahier d’activités propose de suivre, avec simplicité et sensibilité. »
Cet outil pédagogique s’inscrit pleinement dans la réflexion portée par l’auteur autour du métissage et de l’identité martiniquaise. Serge-Nicolas Thaly a exprimé le souhait qu’il puisse être adopté par les enseignants du primaire et contribuer à enrichir les pratiques éducatives.
La rencontre s’est achevée dans une atmosphère chaleureuse, marquée par des échanges riches autour de l’identité, de la mémoire et du vivre-ensemble. Une soirée placée sous le signe de l’humanité, de la tolérance et de l’espoir.
— Nicolas Manceau
Serge Thaly: «Simply Martinican,» a reflection on identity, memory, and living together





