Chroniques d’un chroniqueur caribéen chevronné — Par Earl Bousquet Les chefs de gouvernement de la Communauté caribéenne (CARICOM) se réuniront à Saint-Kitts-et-Nevis la semaine prochaine, pour la 50e réunion ordinaire historique de la Conférence des chefs de gouvernement, prévue dans la capitale de la fédération, Basseterre, du mardi au vendredi (24 au 27 février). Ce grand sommet de quatre jours se tient cinq mois avant le sommet habituel de mi-année, le dernier ayant eu lieu les 6-8 juillet 2025 en Jamaïque. Développements inquiétants Organisé par le Premier ministre de SKN Terrance Drew, ce sommet fait suite à plusieurs développements régionaux et internationaux préoccupants aux implications graves pour la souveraineté, la sécurité, l’immigration, la santé et l’éducation caribéennes. Certains dirigeants sont particulièrement alarmés par les bombardements continus de bateaux de pêche dans les eaux caribéennes par l’armée américaine, provoquant un nombre croissant de morts. La dernière attaque américaine (mi-février) a fait trois victimes, dont probablement deux frères portés disparus de Sainte-Lucie. L’attaque s’est produite près de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, sans que les Premiers ministres Friday ni Pierre n’aient été officiellement informés. Le commandement sud des forces armées américaines (SOUTHCOM) a publiquement reconnu cette frappe, portant le total des morts dans des circonstances similaires à 140. Venezuela, Cuba, Haïti Ce premier sommet régional depuis l’opération américaine du 3 janvier contre le Venezuela — qui a coûté la vie à plus de 100 Vénézuéliens et 32 Cubains et conduit à l’enlèvement du président Maduro — examinera ses implications à long terme. La situation cubaine sera également débattue, après le dernier embargo naval américain bloquant les livraisons de pétrole à l’île. Haïti figure aussi à l’ordre du jour, maintenant que le mandat du Conseil présidentiel intérimaire a expiré le 7 février 2026. Pressions diplomatiques américaines Des diplomates américains ont publiquement menacé les gouvernements régionaux depuis le 3 janvier. La Barbade a récemment dénoncé avoir signé un accord avec Washington contre sa volonté ; les Bahamas ont été averties que Washington s’oppose à leur contrat avec une entreprise de construction chinoise pour un nouvel hôpital national. Ces pressions incluent notamment : la résiliation forcée des accords de santé avec Cuba, l’annulation du contrat bahamien avec la Chine, l’obligation d’accepter des immigrés déboutés d’asile aux États-Unis, et l’abandon des programmes de passeports contre investissement sous menace de restrictions de visas. Réparations C’est la quête de réparations pour l’esclavage et le génocide des populations autochtones — vieille de 12 ans — qui semble être le principal point d’accord entre les dirigeants. Ils examineront le Plan en 10 points révisé de la Commission des réparations de la CARICOM, ainsi qu’une séance d’information organisée par Saint-Kitts-et-Nevis sur le thème “Réparations : financer la justice – faire avancer le développement caribéen”.