Après avoir montré que la Martinique dispose de filières prometteuses – riz, aquaculture et diversification agricole –, une question demeure : pourquoi ces initiatives peinent-elles à changer d’échelle ? La réponse tient à quatre obstacles majeurs qui, tant qu’ils ne seront pas levés, limiteront toute ambition de souveraineté alimentaire.
Le principal frein est le foncier.
Les terres agricoles sont rares, fragmentées, souvent inexploitées ou difficilement mobilisables. Cette situation empêche l’installation de nouveaux agriculteurs, limite les investissements et réduit les capacités de production locale.
À cette contrainte s’ajoute le chlordécone.
Au-delà de ses conséquences sanitaires et environnementales, cette pollution entretient une défiance durable envers certaines productions locales. Restaurer la confiance suppose de poursuivre les travaux de dépollution, de cartographier précisément les terres saines et de garantir une traçabilité irréprochable.
Le troisième verrou est économique.
La concentration de la grande distribution et la puissance des circuits d’importation rendent difficile l’émergence de filières locales compétitives. Les producteurs souffrent d’un manque d’infrastructures de transformation, de stockage et de logistique, ce qui les conduit souvent à vendre à perte ou à abandonner une partie de leurs récoltes.
Enfin, le dérèglement climatique accentue toutes ces fragilités.
Sécheresses, épisodes cycloniques, stress hydrique et événements extrêmes rendent indispensable une agriculture plus résiliente, fondée sur la diversification, l’innovation et une meilleure gestion des ressources.
La souveraineté alimentaire ne dépend donc pas uniquement d’une augmentation de la production. Elle suppose une stratégie globale capable d’agir simultanément sur le foncier, la sécurité sanitaire, l’organisation des marchés et l’adaptation climatique. C’est seulement en levant ces quatre verrous que la Martinique pourra transformer ses atouts agricoles en véritable projet de développement.





