À la suite de la publication dans Antilla de la tribune de Max Pied, « Misère en Martinique ? Gardons le sens des proportions », Jeanne Wiltord nous a adressé cette contribution. Elle y revient sur la départementalisation de 1946, sur la notion d’« assimilation intégrale » et, plus largement, sur notre rapport collectif à l’histoire et à sa transmission.
Elle rappelle notamment la position du député guadeloupéen Paul Valentino qui, dès 1946, avait mis en garde contre les conséquences possibles d’une assimilation intégrale.
Dans son ouvrage Mais qu’est-ce que c’est donc un Noir ?, Jeanne Wiltord consacre un passage à une « approche psychanalytique de la demande d’assimilation intégrale de 1946 ». Elle y formule l’hypothèse que cette demande a pu participer, dans les sociétés antillaises, à l’installation d’une forme complexe et paradoxale d’oubli.
Elle s’appuie notamment sur la notion de « déni culturellement institué », développée par la psychanalyste Brigitte Lemérer à partir du concept freudien de déni. Il s’agirait d’un fonctionnement dans lequel deux réalités ou deux logiques contradictoires continuent à coexister, selon la formule bien connue : « Je sais bien… mais quand même ».
Pour Jeanne Wiltord, cette question dépasse le seul champ de la psychanalyse. Elle renvoie directement au travail collectif à mener sur l’histoire coloniale, à travers les recherches d’historiens, les archives, les témoignages oraux, mais aussi la transmission de cette histoire aux jeunes générations.
Elle cite notamment plusieurs initiatives éducatives qui lui avaient semblé importantes, comme le concours national « La Flamme de l’égalité », mais surtout le jeu-concours d’histoire Ti-Jo Mauvois, organisé en Martinique en hommage à l’historien militant Joseph « Ti-Jo » Mauvois.
Ce concours, destiné aux élèves, visait à développer leur connaissance de l’histoire locale et plus largement de la civilisation caribéenne. Jeanne Wiltord dit avoir appris avec surprise qu’il avait aujourd’hui disparu, faute notamment de renouvellement des personnes qui le portaient et de mobilisation d’une nouvelle génération.
Elle pose alors une question qui mérite, selon elle, d’être collectivement examinée :
« N’avons-nous pas à nous interroger sur l’arrêt de ce concours ? »
Au-delà de la seule disparition d’une initiative, son interrogation porte donc sur un enjeu plus large : comment transmettre aux nouvelles générations la connaissance de l’histoire martiniquaise et caribéenne, et comment éviter que certains pans de cette histoire ne s’effacent progressivement de la mémoire collective ?
Le débat ouvert autour du texte de Max Pied se prolonge ainsi sur un autre terrain, celui de l’histoire, de la mémoire et de la manière dont nos sociétés construisent leur rapport à leur propre passé.





