Le jour d’après en questions.

Le jour d’après en questions.

Ça y est ! Le déconfinement a commencé. Une question est sur toutes les lèvres : la vie peut- elle rependre comme avant ? Tout le monde y va de son analyse en convoquant l’écologie, le développement durable, la solidarité et j’en pense, comme voies possibles pour un autre demain.

Plus simplement, penchons-nous sur quelques faits qui changent du « monde d’avant ».
De nouveaux termes viennent structurer autrement le rapport à l’autre à travers le terme générique de « gestes barrières » avec masque, gants, distanciation sociale qui est en réalité une distanciation physique mais si l’on n’y prend garde deviendra une distanciation sociale. L’outillage des « gestes barrières » semble vouloir traduire un repli sur soi, un rideau que l’on baisse face à l’autre. Comment peut- on donc vouloir créer de la cohésion sociale, de la relation à l’autre avec ces moyens de protection qui isolent ? D’aucuns diraient qui protègent et non pas isolent. Ils protègent de quoi ? D’un virus véhiculé potentiellement par qui ? Un individu. Un climat de suspicion et de méfiance à l’égard de l’autre pourrait s’installer, rendant ainsi la relation sociale complexe et compliquée aboutissant à un isolement.

En réalité, n’est-on pas au cœur de l’appel à un individu qui doit davantage prendre conscience de sa responsabilité dans la relation à l’autre, dans sa participation au vivre ensemble. Paradoxalement, cet appel à l’individu, à l’être sujet dans ces conditions « de barrière » est une manière d’apprécier sa capacité à construire l’altérité. Formulé plus simplement, c’est soi, non plus seulement pour soi, mais soi pour et avec les autres. Intéressante alors l’idée de cette responsabilité individuelle consciente pour une responsabilité collective ! Ces « gestes barrières » créent en réalité une vraie interdépendance. Pour que cela soit mieux compris, ne faudrait-il pas faire évoluer l’expression en « gestes protecteurs » ou « gestes solidaires » ?

Dans le monde du travail, une méthode de travail peu utilisée est plébiscitée : le télétravail. Très souvent mal appréhendé et souvent stigmatisé au point d’assimiler le ou la télétravailleur.se à un paresseux.se, le télétravail s’impose dans ce contexte comme la solution pour poursuivre l’activité. Tous les métiers ne peuvent pas être exercés en télétravail. Cependant, pour les métiers qui s’inscrivent dans l’esprit du télétravail, donc pouvant être exercés hors de l’entreprise ou de l’administration grâce au numérique, il n’y a jamais eu le temps d’une vraie négociation. Pourquoi ? Le présentiel reste un élément prégnant de la culture au travail pour plusieurs raisons : manque de confiance de l’encadrement à l’égard du / de télétravaileur (se), volonté de vérifier le temps de présence des salarié.e.s, difficulté à organiser le travail par objectifs…
En effet, le travail par objectifs qui implique l’écriture de feuilles de route, donc une maîtrise partagée des enjeux et priorités de l’organisation de travail, est parfois maladroitement appréhendé par les managers. Comment faire adhérer tous les acteurs et toutes les actrices de l’entreprise ou de l’administration à des enjeux s’ils ne sont pas explicités pour être partagés ? Ce management maladroit transforme inconsciemment le présentiel en présentéisme, car les salarié.e.s subissent le travail, ce qui est inefficace pour les toutes les parties de l’organisation de travail.

Ce présentiel atténue les manquements managériaux en rejetant les fautes les uns sur les autres, ce que le télétravail ne permet pas. Des objectifs sont fixés : tâches à accomplir, moyens et délais. Le/ la télétravailleur(se) s’organise et se responsabilise pour atteindre les objectifs et rendre compte, car la relation de travail est à 90 % sur l’acte de travail à réaliser et 10 % sur les éventuelles conditions de réalisation de cet acte. Alors qu’en présentiel, très souvent la relation de travail est à 60 % sur l’acte et 40 % sur les conditions de travail au sens large. J’y reviendrai plus largement dans un prochain article.
Le télétravail conduit à changer la relation de travail en développant la confiance, en responsabilisant, en donnant du sens à l’acte de travail, en créant les conditions de l’efficacité.

Le télétravail interroge la pratique managériale et la vision du manager sur lui-même, sur le travail, sur la manière de mettre en œuvre le travail et sur les femmes et les hommes qui composent les équipes.
Par ailleurs, le télétravail participerait à trouver un début de solution au problème des embouteillages avec les conséquences sur l’environnement et la santé des citoyens.
Danielle LAPORT ( in le Progressiste)


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