Accords de branche vieillissants, reconnaissance des syndicats locaux, adaptation des emplois : le Carrefour du dialogue social, organisé le 22 octobre au Squash Hôtel, a posé plusieurs chantiers pour la Martinique. Présent à cette rencontre, Antilla revient sur les messages du préfet Étienne Desplanques, avant de donner prochainement la parole aux acteurs réunis.
Le dialogue social existe aussi quand il ne fait pas la une. C’est l’un des rappels formulés par le préfet Étienne Desplanques à l’ouverture du Carrefour du dialogue social, jeudi 22 octobre 2026. Dans les entreprises et les administrations, les représentants des salariés et des employeurs négocient, défendent leurs intérêts et recherchent des compromis. Ce travail quotidien, a-t-il souligné, reste souvent éclipsé par les conflits.
Coorganisée par l’Aract-Itt Martinique et la Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS), la rencontre était consacrée à l’état des lieux du dialogue social et à ses perspectives. Elle s’inscrit dans une démarche engagée depuis la résolution de 2000 pour l’amélioration du dialogue et des pratiques sociales en Martinique. Vingt-six ans plus tard, plusieurs questions demeurent, auxquelles s’ajoutent les mutations du monde du travail.

Des accords de branche à actualiser
Le préfet a d’abord invité les partenaires sociaux à regarder ce qui fonctionne. Il a cité le BTP, secteur confronté à de nombreuses difficultés économiques, mais dont il a salué la qualité du dialogue social. À ses yeux, cet exemple montre que les tensions sur l’activité n’empêchent pas les organisations de construire des relations de travail utiles.
Son appréciation est plus critique concernant certains accords de branche, devenus trop anciens pour répondre aux réalités actuelles. Étienne Desplanques a également estimé que les possibilités d’adaptation des accords nationaux au contexte martiniquais restaient insuffisamment utilisées. Un chantier qui suppose, selon lui, de remettre les sujets sur la table et de faire vivre la négociation dans la durée.
« Mais il y a un intérêt à ouvrir le dialogue et à aboutir à des accords. »
Étienne Desplanques, préfet de la Martinique
Le message s’adressait notamment aux organisations patronales. Négocier permet de définir des règles communes à un secteur et de limiter une concurrence fondée sur le moins-disant social, a expliqué le préfet. Les représentants des salariés ont, de leur côté, vocation à porter des revendications. La discussion doit permettre de rapprocher les positions, avec des accords dont les effets peuvent aussi se déployer progressivement.
La place des syndicats martiniquais
La reconnaissance du fait syndical martiniquais occupait une place importante dans le programme, avec la présentation annoncée d’un rapport de la commission Emploi et Dialogue social du Conseil économique, social, environnemental, de la culture et de l’éducation de Martinique (CESECEM). Le préfet a lui-même insisté sur la légitimité des organisations représentatives des salariés comme de celles des employeurs.
« Il est important de réaffirmer cette légitimité. »
Étienne Desplanques, préfet de la Martinique
Cette reconnaissance pose aussi la question de leur place dans les instances. Évoquant le conseil d’administration de la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS), Étienne Desplanques a estimé que les principales organisations syndicales locales n’y trouvaient pas une place à la hauteur de leur représentativité réelle. Il a souhaité que ce sujet soit davantage porté au niveau national, regrettant un suivi insuffisant d’une question déjà fortement soulevée après le mouvement social de 2009.
Son propos touchait à une question concrète :
« comment faire en sorte que les salariés martiniquais soient représentés, dans les lieux où se discutent leurs intérêts, par les organisations auxquelles ils accordent leur confiance ?
Le rapport du CESECEM doit contribuer à remettre cette question dans le débat.

Préparer les transformations du travail
Étienne Desplanques a également appelé les partenaires sociaux à anticiper les changements qui affecteront les emplois. Il a évoqué l’intelligence artificielle, ses possibilités nouvelles et les risques qu’elle fait peser sur certaines activités. Pour lui, les conséquences de ces technologies doivent entrer dans la discussion sociale, afin que les entreprises et les salariés puissent se préparer aux transformations annoncées.
Le vieillissement des salariés constitue un autre sujet très concret pour la Martinique. Le préfet a souligné la nécessité d’adapter les postes et les conditions de travail, particulièrement dans les métiers pénibles. Les difficultés de recrutement rendent cette réflexion d’autant plus nécessaire : les entreprises doivent aussi penser la place de celles et ceux qui y travaillent déjà et qui avancent en âge.
La transition écologique a enfin été évoquée pour ses effets sur le travail. Comment les entreprises et les salariés s’adapteront-ils aux évolutions qu’elle entraîne ? Le préfet a invité les partenaires sociaux à se saisir de ces questions, qui engagent l’avenir des activités et les conditions dans lesquelles elles seront exercées.
« C’est ce qui fait la force d’un territoire, c’est ce dialogue. »
Étienne Desplanques, préfet de la Martinique
Des données pour nourrir les échanges
Le programme prévoyait un retour sur le plan de soutien et de développement du dialogue social, ainsi que plusieurs présentations consacrées aux accords collectifs de 2024 et 2025, aux élections des comités sociaux et économiques et aux conflits collectifs du travail médiatisés sur la période 2023-2025. Ces travaux devaient apporter des éléments précis à la discussion entre partenaires sociaux.
Une séance à huis clos était annoncée pour l’après-midi, afin de réfléchir à une nouvelle feuille de route pour les années à venir. Les sujets ouverts lors de cette rencontre appellent un suivi : l’actualisation des accords, la représentation syndicale et l’adaptation du travail demandent des réponses qui se construisent dans le temps.
Antilla poursuivra ces échanges
Présents à ce Carrefour du dialogue social, nous reviendrons très rapidement sur ces thèmes à travers les interviews des personnes réunies, dont celle d’Éric Nouvel, directeur de l’Aract-Itt Martinique. Nous approfondirons avec elles les difficultés rencontrées, les pistes proposées et les actions à engager. L’objectif sera de mieux comprendre ce que le dialogue social peut changer concrètement pour les salariés, les entreprises et la Martinique.


Philippe PIED




