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Peut-on se fier à cet indice qui classe la France « 4e pays le plus vert au monde » ?

avril 11
20:50 2021
Temps de lecture : 7 minutes

Des observateurs et spécialistes interrogés par franceinfo relativisent la portée de du « Green Future Index », publié par la « MIT Technology Review ». Ils pointent notamment le fait que ce classementest fondé sur les engagements de la France plus que sur ses résultats.

Article rédigé par

France Télévisions
Publié le 09/04/2021 06:55Mis à jour il y a 16 minutes
Temps de lecture : 8 min.
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse, à Genève (Suisse), le 1er avril 2021. (DENIS BALIBOUSE / AFP)

La France est-elle vraiment une championne mondiale de l’écologie ? C’est ce que semble montrer la MIT Technology Review (en anglais), revue adossée au prestigieux Massachusetts Institute of Technology, dans son « Green Future Index ». Cet indice classe la France « quatrième pays le plus vert au monde », sur un panel de 76 pays. Une place dont se sont vantés des membres du gouvernement et de la majorité. « OUI, notre politique environnementale est ambitieuse ! » s’est félicité Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, mardi 6 avril.

 

« C’est un classement qui rend hommage à tous les efforts qui ont été faits en particulier dans cette mandature », a déclaré Emmanuelle Wargon, la ministre déléguée au Logement, face aux députés. Le président des députés LREM Christophe Castaner ou encore l’ancien ministre de la Transition écologique François de Rugy ont partagé le même article que Bruno Le Maire, défendant l’action du gouvernement. Le gouvernement et le parti présidentiel ont-ils raison de se congratuler ? Franceinfo revient sur cette étude et ses limites, avec la complicité de L’Œil du 20 Heures de France 2.

Une place qui change selon les critères

Le « Green Future Index » est bâti sur cinq critères principaux : les « émissions de gaz à effet de serre », la « transition énergétique », la « société verte », « l’innovation propre » et la « politique climatique ». Ceux-ci sont pondérés et compilés pour aboutir à un score global, qui donne le classement général dans lequel la France arrive 4e. Les critères pris indépendamment les uns des autres donnent un autre regard sur cette belle position.

 

Capture d'écran du site technologyreview.com montrant les résultats de la France pour le Green Future Index. (TECHNOLOGYREVIEW.COM)

 

La France arrive 62e sur 76 dans la catégorie « transition énergétique », entre la Pologne et l’Argentine. Cet indicateur s’appuie sur la part (et son évolution) des énergies renouvelables dans la consommation énergétique. Dans le thème « société verte », la France se place 57e, entre le Portugal et l’Equateur. Ce critère englobe des facteurs aussi variés que les bâtiments à haute qualité environnementale, la consommation de viande et de produits laitiers, les efforts réalisés pour le recyclage ou pour préserver les forêts.

Il faut s’intéresser à la catégorie « émissions de gaz à effet de serre » pour voir la France remonter à la 13e position, entre l’Italie et l’Islande. Cette classe intègre les émissions de CO2 et leur croissance, dans les transports, l’industrie et dans le secteur agricole. Pour « l’innovation propre », qui prend en compte l’investissement dans les énergies propres ou encore les brevets verts, la France arrive à la 9e place du classement, entre l’Egypte et l’Uruguay.

La France monte sur le podium, à la 2e place, entre la Nouvelle-Zélande et le Danemark, pour sa « politique climatique ». Ce critère regroupe les engagements politiques en faveur du climat : programmes incitatifs pour une économie plus verte et une agriculture plus durable, mais aussi part de ces investissements dans les plans de relance décidés pour soutenir l’économie face à la pandémie de Covid-19.

Un indice qui récompense les promesses…

Alors que la France se situe parfois en queue de peloton pour certaines variables, comment expliquer qu’elle grimpe aussi haut dans le classement général ? La politique climatique est le « plus important critère » retenu dans le calcul du « Green Future Index ». Il compte pour 40% de la note finale, alors que les autres critères ne pèsent que pour 15% chacun.

Autrement dit, l’indice accorde davantage d’importance aux promesses qu’aux résultats obtenus. « Comme beaucoup de classements internationaux, celui-ci se fonde sur les éléments de communication, sur les promesses officielles des différents gouvernements », relève Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace, auprès de franceinfo.

« Cette étude montre les intentions de la France, et la France est très forte sur les déclarations d’intentions. »

Anne Bringault, coordinatrice des opérations au Réseau Action Climat

à franceinfo

Ainsi, le « Green Future Index » place la France dans le haut du classement général parce qu’ elle est un « leader mondial de la production d’hydrogène », qui s’est« engagé à dépasser les objectifs de l’UE en matière d’énergie basée sur l’hydrogène d’ici 2030 ». Dans son plan de relance de 100 milliards d’euros présenté en septembre, le gouvernement a en effet prévu une enveloppe spéciale de 7 milliards d’euros pour développer l’hydrogène dit « vert ».

>> Transition énergétique : le futur va-t-il carburer à l’hydrogène ?

Un calcul qui valorise les pays les plus riches

Outre l’importance variable accordée aux différents critères, l’étude présente d’autres travers. Maxime Combes, économiste et membre d’Attac, note dans cette étude un « biais technologique et méthodologique extrêmement puissant ». Il relève que les Etats-Unis sont mieux classés que des pays qui émettent 10 fois, 20 fois, voire 50 fois moins de CO2 qu’eux. De même, le Luxembourg se retrouve propulsé 4e meilleur élève sur les émissions de CO2, « alors que ce pays n’est pas champion de la lutte contre le climat », remarque Anne Bringault, coordinatrice des opérations au sein du Réseau Action Climat. « C’est l’un des plus gros pollueurs du monde par habitant. C’est extrêmement problématique », insiste Clément Sénéchal.

Le porte-parole de Greenpeace juge que « ce classement accorde un droit à polluer supplémentaire aux pays les plus riches, donc ceux qui polluent déjà le plus, et qui sont valorisés quand ils réduisent un peu leurs émissions ». En cause, des émissions de CO2 « rapportées au PIB », à la richesse donc, tandis que les spécialistes du climat privilégient les émissions rapportées à la population. En outre, la croissance (en pourcentage) de ces émissions est forcément moindre pour les pays riches aux émissions de CO2 déjà élevées.

Un autre écueil de l’étude réside dans la seule prise en compte des émissions de gaz à effet de serre sur le sol national, or « la France a beaucoup délocalisé », souligne Nicolas Goldberg, consultant énergie chez Colombus Consulting. « Plus de 60% de notre empreinte carbone est liée aux produits que nous importons. Ces émissions ne sont pas relâchées sur le territoire national », avait déjà soulevé Maxime Combes auprès de franceinfo. Et de s’interroger : « Si une grande partie de nos émissions sont liées aux produits que l’on importe de Chine, à qui est imputable la destruction d’une forêt pour y construire l’usine qui a servi à la production ? »

« C’est une étude qui n’est pas très solide sur le plan de l’expertise, qui sous-estime complètement le volet climatique, alors que c’est l’urgence principale. »

Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace

à franceinfo

Une quatrième place avec une note moyenne

Dans le « Green Future Index », la France termine au tableau général avec un score de 6 sur 10, comme l’Irlande. Elle n’est devancée que par la Norvège (6,2), le Danemark (6,4) et l’Islande (6,5), en tête du classement. « Six sur dix, ce n’est pas une note fantastique », commente Anne Bringault. « On est face à une classe de cancres au niveau international, tance Maxime Combes. Il n’y a pas un pays important pour rattraper l’autre. Aucun Etat n’est à la hauteur des enjeux et la France pas plus qu’un autre. »

« La dernière Assemblée générale des Nations Unies admet un retard sidérant des pays occidentaux sur les questions écologiques et climatiques », confirme auprès de franceinfo le biologiste Vincent Devictor, directeur de recherche au CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Pour lui, « les avancées sont insignifiantes au regard des objectifs annoncés. La France en particulier est loin de prendre le tournant écologique qui s’impose ».

Pour tenir les engagements de la COP21, les émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer. Or elles sont en hausse. A l’échelle globale, elles ont augmenté de 5% entre 2015 et 2019, selon le dernier bilan sur l’action climatique (en anglais)établi par le Programme des Nations unies pour l’environnement. « Le monde n’est absolument pas sur la bonne trajectoire pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris », prévient-il.

Une bonne note contredite par les faits

Tous les observateurs contactés par franceinfo remarquent que la France, au vu de ses résultats, ne peut réellement se féliciter de son bilan. L’Etat a été condamné pour inaction climatique, en février. Le Haut Conseil pour le climat a pointé les insuffisances de la loi « climat et résilience » face aux ambitions de l’Accord de Paris de 2015. « Cela me pose beaucoup de problèmes quand on dit que la France est exemplaire sur le climat », assène Nicolas Goldberg. « Quand on regarde l’effort qu’il faut faire par an et ce que l’on fait réellement, nous ne sommes pas sur la bonne pente », poursuit-il.

La France est également en retard sur ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, au cœur de l’Accord de Paris sur le climat. Pour ce dernier, quelque 188 pays s’étaient engagés à contenir le réchauffement « nettement » en dessous de +2 °C, et si possible +1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle. Pour y parvenir, l’ONU préconise une baisse des émissions de 7,6% par an à l’échelle mondiale. Si la France a dépassé son objectif pour 2019, il faut rappeler que le plafond fixé pour cette année-là avait été relevé. « Les émissions ont baissé de 1,2% par an en moyenne sur les cinq dernières années, alors que la diminution attendue devrait être de 1,5% par an » entre 2019 et 2023, puis « de 3,2% par an dès 2024 », souligne le Haut Conseil pour le climat.

Ross O’Brien, principal auteur de l’étude, s’est expliqué auprès de L’Œil du 20 Heures de France 2. « On ne délivre pas une médaille au gouvernement français, s’est-il défendu. L’étude ne dit pas que la France est verte aujourd’hui, elle dit que la France a posé les fondations pour devenir un pays très vert dans le futur. »


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