Le céramiste et plasticien Victor Anicet, né au Marigot le 18 avril 1938, s’est éteint dans la nuit de dimanche à lundi. Fernand Tiburce Fortuné, président du groupe Fwomajé, lui rend hommage au nom des plasticiens du groupe.
« Une rencontre avec Victor était toujours apaisée, sans heurts, constructive. »
Victor Anicet, nous a quittés cette nuit.
La Martinique, le monde artistique, tous ceux qui savent son amour et sa passion pour son pays, tous ceux qui savent ce que la volonté et la compétence ont joué dans son parcours sans précédent, sans faute, tous vont le pleurer.
Un homme de la terre et du feu
Avec toute l’expérience acquise depuis une enfance difficile, avec sa connaissance profonde de notre culture complexe, unique et pourtant diverse, avec son respect pour les premiers habitants de Madinina, il avait su bâtir une approche unique des relations humaines. Une rencontre avec Victor était toujours apaisée, sans heurts, constructive.
Son humour subtil et ses yeux rieurs encourageaient à la rencontre et au dialogue.
Victor aimait partager sa vie, enseigner son art, distribuer la vaste connaissance qu’il avait de la terre et du feu.

Reconnu de son vivant
Comme cela peut arriver parfois et dans les cas exceptionnels, il a été reconnu de son vivant chez nous. Un Lycée porte son nom, ses vitraux de la Cathédrale de Saint-Pierre sont une mémoire pour demain, des conférences et des ouvrages vantent ses mérites. Et tout récemment la République française l’a élévé au grade de chevalier de la Légion d’honneur.
Ses œuvres sont partout et en particulier dans un musée d’Athènes. Et il faut le faire savoir aussi, dans un musée de Taïwan, dont j’ai pu lire la lettre du directeur écrite dans un anglais particulièrement choisi pour dire sa fierté d’avoir Victor dans son musée.
« La voie du Fwomajé »
Victor est né le 18 avril 1938 dans la commune du Marigot.
Dans mon livre (octobre 1994, préfacé par André Lucrèce) « La voie du Fwomajé, ou l’Art du dedans », dans les pages consacrées à Victor, j’écrivais :
« La vraie culture est autophage : être cultivé, c’est manger son destin, se l’assimiler par la connaissance ».
Cette pensée profonde de J. Sojcher (in La démarche poétique), porte en elle-même toutes les énigmes résolues par Victor Anicet, un véritable passager clandestin de la vie.
Victor Anicet vous parle. En parlant, « il consomme les Cultures » (J. Sojcher, il boit insatiablement à leur source, pour apprendre sans cesse. Il ne baisse jamais la tête, ni les yeux qu’il a toujours grands ouverts. Vous pourriez croire que c’est vous qu’il regarde et en cela vous vous tromperiez, il regarde le monde et abreuve en même temps sa conscience.
Victor Anicet connait-il son secret ? Qui l’a autorisé à s’embarquer clandestinement sur le chemin de la vie ? D’où vient-il ? Combien de vies a-t-il déjà vécues ? Car il n’est pas possible que cet homme, à, qui les plus mauvaises cartes ont été distribuées pendant une longue période qui va de la naissance à, la maturité, n’ait pas été gardé, surveillé, guidé par une main amie inconnue, voire par son propre fantôme. Car il n’est pas impossible que cet homme ait été pris en charge, voire été protégé par un esprit généreux plein d’ambitions pour lui-même, ait été conseillé par un souffle riche de savoirs et d’expériences.
Sa vie est une véritable initiation, un chemin semé d’embûches, un saut d’obstacles permanents. Et les siyacs du corps et de l’esprit exécutés habilement, rapidement, délibérément ou non peuvent nous faire suivre au fil des ans sa prise de conscience, sa maîtrise de la connaissance, sa montée en sagesse et une forte volonté de se créer lui-même, par lui-même en s’appuyant, non sur l’éclectisme et les modes, mais bien sur l’universalisme dans toutes choses.
…
L’accès progressif à l’instruction et à la connaissance, non pour la domination, non pour le pouvoir, non contre les autres, mais pour la jouissance de l’esprit et le partage du bonheur, tout cela lui a permis de fixer, de sceller son destin, et de ne plus redescendre la pente. Avec Victor Anicet, le mythe de Sisyphe a vécu…
Les condoléances du groupe Fwomajé
Tous les membres (Patricia Donatien, Catherine Blanchard, Bertin Nivor, René Louise, François Charles-Edouard) du groupe de plasticiens Fwomajé n’oublieront jamais Victor, et par ma voix transmettent leurs sincères et attristées condoléances à son épouse, à ses enfants, à ses petits-enfants, à tous les siens.
Que Victor, qui a tant donné, repose en paix et que la terre lui soit légère.
Fernand Tiburce FORTUNE
Président du Groupe Fwomajé
Ducos, le 26.10.2026





