Pourquoi certains hommes agressent-ils sexuellement des enfants ? Une vaste étude menée par les chercheuses australiennes Kelly Richards et Emma Hussey, fondée sur près de 700 témoignages d’auteurs issus de trente-neuf études internationales, apporte un éclairage troublant sur les mécanismes de justification mobilisés par les agresseurs.
Le constat principal est que ces hommes cherchent rarement à reconnaître pleinement leur responsabilité.
La justification la plus fréquente consiste à présenter l’enfant comme consentant, voire comme initiateur de la relation. Certains décrivent leurs victimes comme des « séductrices » ou des « provocatrices », allant jusqu’à se présenter eux-mêmes comme les victimes de la situation. Or, rappellent les chercheuses, un enfant ne peut en aucun cas consentir à une relation sexuelle avec un adulte.
L’étude met également en évidence une logique de vengeance.
Dans de nombreux cas, les auteurs expliquent leurs actes par leur colère envers leur compagne ou la mère de l’enfant. L’agression devient alors un moyen de punir une femme jugée infidèle, insuffisamment disponible ou ne correspondant pas aux attentes du conjoint.
Un autre élément récurrent est le sentiment de droit sexuel.
De nombreux auteurs considèrent leurs besoins sexuels comme prioritaires et estiment qu’ils devraient être satisfaits. Lorsque leurs partenaires adultes refusent ou résistent, certains reportent leur domination sur des enfants perçus comme plus vulnérables.
Les témoignages révèlent enfin une vision profondément patriarcale des rapports humains.
Femmes et enfants sont souvent perçus comme appartenant à une même catégorie de personnes subordonnées, dont la fonction serait de répondre aux attentes masculines. Cette confusion entre domination des femmes et domination des enfants apparaît comme un trait central des récits analysés.
Une logique de pouvoirs et de supériorité.
Pour les chercheuses, ces résultats montrent que les violences sexuelles sur mineurs ne relèvent pas uniquement d’une attirance sexuelle envers les enfants. Elles s’inscrivent fréquemment dans des logiques plus larges de pouvoir, de contrôle, de misogynie et de sentiment de privilège masculin. La prévention passe donc non seulement par la lutte contre la pédocriminalité, mais aussi par la remise en cause des croyances qui légitiment la domination et banalisent les violences sexuelles.





