« Pour Naïma Moutchou, la coopération régionale doit désormais produire des résultats concrets, au service de la jeunesse, des entreprises, de l’environnement et de la sécurité. »
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a ouvert ce mercredi 1er juillet 2026, à Fort-de-France, la Conférence de coopération régionale Antilles-Guyane. Dans son discours, elle a insisté sur la nécessité de passer d’une logique institutionnelle à des résultats concrets, autour de la sécurité, de l’économie, de la jeunesse, de l’environnement et de la place des territoires français dans leur environnement caribéen.
Réunie en Martinique, la Conférence de coopération régionale Antilles-Guyane, la CCRAG, entend confirmer le rôle des collectivités françaises d’Amérique dans leur environnement régional. À l’ouverture des travaux, Naïma Moutchou a rappelé que cette conférence constitue, depuis plus de vingt ans, un cadre de dialogue entre l’État, les collectivités territoriales, les acteurs économiques, les universités, les associations et les organisations régionales.
La ministre a situé cette rencontre dans un contexte régional marqué par plusieurs évolutions majeures : intensification des défis environnementaux, montée des trafics criminels, recomposition des équilibres géopolitiques et rôle croissant des organisations régionales. Elle a souligné que la Caraïbe et le plateau des Guyanes se trouvent aujourd’hui “à l’endroit où le monde se réorganise”, selon les termes de son discours.
« L’Europe doit être un levier de puissance pour les Outre-mer, en tenant compte des réalités ultramarines dans les transports, l’énergie, les financements et les normes. »
Un premier axe a été consacré à l’insertion régionale. Naïma Moutchou a rappelé plusieurs avancées récentes : la Martinique est devenue membre associé de la CARICOM, Saint-Martin a rejoint l’Organisation des États de la Caraïbe orientale, et la Guyane est, selon elle, en passe de rejoindre à son tour la CARICOM comme membre associé. Elle a également évoqué l’adhésion récente de la Guyane à l’Union caribéenne des télécommunications comme membre associé.
Pour la ministre, ces évolutions témoignent d’un changement de regard des partenaires régionaux sur les collectivités françaises d’Amérique. Elles doivent permettre aux territoires de mieux peser sur des sujets concrets, comme la connectivité, la gestion des risques naturels, la transition numérique ou encore la protection de l’environnement marin.
Naïma Moutchou a également insisté sur la relation entre les régions ultrapériphériques et l’Union européenne. Selon elle, l’Europe doit être “un levier de puissance pour les Outre-mer” et non “une contrainte supplémentaire”. Elle a cité les aides d’État, les financements, les transports, l’énergie, les normes et le mécanisme carbone aux frontières parmi les sujets sur lesquels les réalités ultramarines doivent être mieux prises en compte.
La ministre a ensuite fixé trois principes pour la suite des travaux.
Le premier concerne la jeunesse, avec l’objectif de développer la mobilité étudiante, les coopérations universitaires, culturelles et professionnelles, ainsi que les opportunités économiques dans la région.
Le deuxième principe porte sur une planification collective et transversale, au service du développement des territoires.
Le troisième vise à dépasser une approche uniquement institutionnelle de la coopération régionale, pour favoriser davantage d’échanges entre entreprises, universités, centres de recherche, acteurs culturels et citoyens.
La CCRAG 2026 sera structurée autour de plusieurs sessions thématiques. La première portera sur les enjeux économiques. Naïma Moutchou a reconnu que les échanges régionaux demeurent en deçà de leur potentiel et que les entreprises se heurtent encore à des obstacles liés au transport, au financement, à la connaissance des marchés voisins ou aux contraintes normatives. Elle a néanmoins affirmé que l’insertion régionale peut soutenir la diversification des économies, structurer des filières stratégiques, ouvrir de nouveaux débouchés, renforcer l’attractivité et encourager les investissements.
La deuxième session sera consacrée aux échanges humains, universitaires et culturels. La ministre a notamment mis l’accent sur la place de la langue française dans la Grande Caraïbe. Elle a rappelé que les collectivités françaises constituent les principaux espaces francophones de cet ensemble régional et qu’elles ont, à ce titre, une responsabilité particulière dans la promotion du français et dans le dialogue avec les autres cultures et langues de la région.
La troisième session portera sur l’environnement et l’énergie. Le discours a cité les conséquences du changement climatique, les risques naturels, les sargasses, la biodiversité, la protection des littoraux et les énergies renouvelables comme autant de domaines où les réponses ne peuvent pas être seulement locales. La ministre a plaidé pour davantage de coopération, de partage d’expertise et de mutualisation des financements.
Enfin, Naïma Moutchou a consacré une partie de son intervention à la sécurité régionale. Elle a rappelé que les trafics de stupéfiants, les trafics d’armes, l’orpaillage illégal et les réseaux criminels affectent l’ensemble de la région. Selon elle, la conférence régionale de sécurité organisée en parallèle de la CCRAG doit permettre d’associer les collectivités territoriales à la réflexion sur ces enjeux, même si la lutte contre les trafics relève d’abord des responsabilités de l’État.
En conclusion, la ministre a souhaité que cette conférence ne soit pas seulement un temps d’échange, mais aussi “un moment d’impulsion” pour une action collective au service des territoires, de la jeunesse et de la présence française dans la Caraïbe et sur le plateau des Guyanes.





