D’un côté, un épisode de sécheresse sans précédent qui s’étire depuis mars et menace de se prolonger jusqu’en septembre. De l’autre, une loi d’urgence agricole promulguée le 19 août, pensée pour l’Hexagone et peu adaptée aux réalités martiniquaises. Pour Nicaise Monrose, élu en charge de l’économie à la CTM, les réponses ne viendront pas de Paris. Il plaide pour une loi agricole propre à l’Outre-mer et un pouvoir normatif local capable de construire un modèle agricole adapté aux défis martiniquais.
Entre une crise de la sécheresse et une loi d’urgence agricole peu taillée pour le territoire, l’agriculture martiniquaise subit un véritable revers. Côté sécheresse, la procédure de calamité est attendue par les agriculteurs locaux. Depuis le mois de mars, l’île connaît un épisode de sécheresse sans précédent qui, selon les données de Météo France, risque de se prolonger en septembre. « Il faut réfléchir à une solution qui n’est pas celle que l’on a pratiquée jusqu’à maintenant », affirme Nicaise Monrose, élu en charge de l’économie à la CTM. Pour ce dernier, il reste un enjeu majeur, l’adaptation au changement climatique.
La nécessité d’une transition agricole
« L’avenir n’est pas à revenir à ce que l’on connaissait auparavant. Il faut que nous ayons un modèle agricole adapté aux défis climatiques actuels. C’est un travail de longue haleine d’accompagner les agriculteurs. » Pour ce faire, la CTM compte mobiliser l’expérimentation, la recherche, la volonté des agriculteurs. « Le modèle de la mono culture aura peut-être vécu. C’est un constat que dressent les chercheurs. » Nicaise Monrose note toutefois qu’il existe déjà des agriculteurs qui déploient ces efforts d’adapter leur modèle de production.

C’est toute l’agriculture nationale qui est en crise. L’État a répondu en promulguant la loi d’urgence agricole le 19 août. Or ce texte peine à convaincre les acteurs du monde agricole martiniquais. « Clairement, la loi d’urgence agricole n’a pas été faite pour la Martinique ni pour l’Outre-mer. Elle n’a même pas été faite pour toute l’agriculture française. Elle a été faite en réponse à des mobilisations d’agriculteurs. Elle répond à une partie de la problématique. » Il estime que l’avenir de l’agriculture martiniquais ne se joue pas autour de cette loi. « Elle ne répond en rien à l’urgence de notre agriculture. Elle ne répond en rien à la construction que nous devons entamer pour notre future agriculture. » Selon Nicaise Monrose cette agriculture doit se mettre en mouvement collectivement afin de sauvegarder un nombre élevé d’exploitations. « Nous devons y intégrer des jeunes également dans une agriculture qui puisse correspondre à la situation actuelle. Ce n’est pas cette loi qui va préparer les perspectives que nous voulons pour notre agriculture. »
« Notre agriculture est malmenée »
Pour l’élu, il faut une loi agricole pour l’Outre-mer et la Martinique en particulier. « Il faut que localement nous ayons la possibilité de proposer des éléments de cette loi et que tout ne descende pas de Paris comme c’est le cas actuellement. » Nicaise Monrose prône le pouvoir normatif autonome de la collectivité en matière d’agriculture. « Notre agriculture est malmenée et pas très bien gérée. » Il souligne le manque d’adaptabilité de l’appareil législatif aux enjeux locaux. « Avec cette loi, on essaie de voir comment elle peut s’adapter à nous parce que les décrets d’application pour l’Outre-mer ne sont toujours pas pris. C’est le contraire qu’il faut faire. Nous ne devons pas chercher à constamment nous adapter à un habit trop grand ou mal ajusté. » L’élu de la CTM regrette que le territoire soit sans cesse contraint de s’adapter au lieu d’être en mesure d’être pro actif en construction.
Laurianne Nomel





