La pêche martiniquaise a eu l’occasion de bénéficier d’un coup de projecteur de l’Union européenne. C’est chose faite depuis mardi, avec la venue à Fort-de-France du Conseil consultatif pour les régions ultrapériphériques, le CCRU, réuni en assemblée générale à l’hôtel Simon. Une vingtaine de représentants des 64 organisations membres ont quitté les couloirs de l’UE pour toucher du doigt la réalité d’une filière sous pression : sargasses récurrentes depuis 2011, crise économique structurelle, désaffection progressive d’un patrimoine culturel vivant. Avec, en toile de fond, une question : jusqu’où l’Europe peut-elle et veut-elle aller pour aider ces territoires ?
Mardi, le Conseil consultatif pour les régions ultrapériphériques s’est réuni en assemblée générale ce mardi dans à l’hôtel Simon à Fort-de-France. La délégation d’une vingtaine de personnes s’est penchée sur la question de la pêche en Martinique. L’organisme de l’Union européenne qu’est le CCRUP a une mission de conseil quant à la gestion des réserves halieutiques des régions ultrapériphériques de l’UE. Le Conseil réunit 64 organisations issues de ces régions. « Nous tenons une assemblée générale chaque année, dans l’une des régions membres. Cette année, c’est la Martinique, c’est pour cela que nous sommes ici », explique le président Ruben Farias, président du comité exécutif du CCRUP. Jean-Michel Cotrebil, président du comité de la pêche en Martinique, n’est pas étranger à la venue de la délégation. En effet, il a attiré l’attention du CCRUP sur les problèmes récurrents et structurels que rencontrent les pêcheurs locaux. Bien qu’il sache qu’une simple visite ne peut pas régler les problèmes de la filière, le CCRUP a néanmoins « le pouvoir de conseiller de faire pression ». Parmi les écueils de la profession : les sargasses. Depuis 2011, les algues brunes viennent de façon saisonnière empêcher l’économie bleue de tourner. « La Martinique a besoin de beaucoup d’aide de l’Europe pour faire face aux sargasses, c’est un problème énorme. » L’Europe soutient la lutte contre les échouages d’algues brunes via le Feder et des programmes de coopération comme Interreg.
La pêche, un patrimoine culturel vivant
Outre le problème récurrent des sargasses, Ruben Farias souligne la crise structurelle, économique et sociétale que connaît la filière en Martinique évoquant la pêche comme patrimoine culturel vivant. « Il faut améliorer ce qui arrive à la pêche. Que ce soit très important ou non pour l’économie, la pêche est toujours importante : c’est beaucoup d’histoires et de culture. » Si le président du conseil exécutif a pu sentir le pouls de la pêche martiniquaise, c’est qu’il a quitté les couloirs de l’UE pour se rapprocher de la vérité du terrain. « Ce que nous faisons, c’est mettre en lumière : mettre de la lumière ici, sur la Martinique, sur les régions françaises, sur la situation des régions ultrapériphériques françaises. C’est le principal objectif de ces réunions. Nous pourrions les faire en ligne, mais ce n’est pas la même chose : Jean-Michel Cotrebil nous a emmenés voir ce qui se passe, et c’est très différent de l’entendre à distance. » Il poursuit : « Ce que nous essayons de faire, c’est tout ce qui est possible pour que l’Europe voie ce qui se passe dans les régions ultrapériphériques, en particulier en France. Elles ont besoin de se développer, elles ont besoin d’aide. Parfois nous interpellons directement l’État membre : parfois c’est l’Europe, parfois c’est la France. »
Açores – Martinique, même défis face aux algues invasives
Lui-même originaire de l’archipel des Açores, Ruben Farias partage son expérience d’avoir à faire face à une algue invasive. « Nous avons chez nous un problème du même genre, une algue asiatique qui nous cause beaucoup de problèmes. Rien de comparable avec ce que vous avez : au début, nous ne pouvions rien en faire. Mais depuis deux ans, nous avons commencé à travailler dessus, et il y a maintenant des pistes que nous allons probablement utiliser. » Le président du conseil exécutif du CCRUP préconise l’investissement et la structuration de la filière de ramassage sans avoir à inclure les pêcheurs. « C’est bien pour l’économie : les pêcheurs qui participent au ramassage, gagnent un peu d’argent. Mais ça pourrait être mieux : ils pourraient être en train de pêcher. »
Mélissa Vergnaud et Laurianne Nomel





