Les 25 et 26 septembre, le Palais des Congrès de Madiana accueillera la première édition de PEY’INNOV, le salon entièrement consacré à l’innovation agroalimentaire en Martinique. Derrière les stands, les dégustations et les nouveautés présentées, une question beaucoup plus économique sera au cœur de ces deux journées : comment permettre à davantage de produits nouveaux et fabriqués en Martinique de trouver durablement leur marché ?
Lorsque le PARM et GBH avaient présenté leur partenariat autour de PEY’INNOV en avril dernier (voir notre article), l’ambition était déjà clairement affichée : rapprocher recherche, innovation, production, transformation, financement, distribution et consommation. Quatre mois plus tard, le programme définit beaucoup plus concrètement la manière dont le salon entend s’attaquer à ces différents maillons.
Organisé par le Pôle Agroressources et de Recherche de Martinique, PEY’INNOV se déroulera les vendredi 25 et samedi 26 septembre à Madiana. Le salon sera gratuit et réunira entreprises agroalimentaires, porteurs de projets, chercheurs, experts, institutions, partenaires économiques, étudiants et grand public. Cet Événement bénéficie du soutien de ses partenaires financiers : l’État, le FEDER, la CTM, GBH et le Crédit Agricole.
PhilippePied

Produire localement ne suffit plus
La Martinique ne manque ni d’idées ni de savoir-faire. Fruits et légumes tropicaux, cacao, plantes médicinales et aromatiques, élevage, produits transformés ou recettes inspirées du patrimoine culinaire constituent déjà une matière importante pour développer de nouveaux produits.
Le véritable défi se situe souvent après l’idée initiale.
Comment une production artisanale peut être fabriquée régulièrement ? Comment produire davantage sans perdre en qualité ? Quelles sont les tendances du marché, les leviers d’innovation pour mieux répondre à la demande des consommateurs ? Comment financer l’activité, les projets d’équipements ? Comment convaincre un distributeur ? Et, aussi comment sortir du seul marché martiniquais ?
Ce sont précisément ces sujets importants que PEY’INNOV souhaite mettre en discussion.
Le programme prévoit ainsi des séquences consacrées au financement d’un projet agroalimentaire, au passage de l’idée au marché avec l’accompagnement des acteurs, à l’industrialisation, au référencement en distribution, au marketing de l’innovation, à la stratégie de marque, à l’export et à la mutualisation entre entreprises.
Cette orientation donne au salon un intérêt particulier. L’enjeu n’est pas simplement de démontrer que la Martinique sait créer des produits originaux, mais de comprendre pourquoi certaines innovations deviennent de véritables entreprises tandis que d’autres restent au stade de la petite série.
Plus de 80 innovations à observer
PEY’INNOV veut également ouvrir une fenêtre sur ce qui se fait ailleurs.
Un espace « Tendances & Innovations » présentera plus de 80 produits innovants identifiés sur les marchés internationaux, aux côtés de produits mettant en valeur les ressources martiniquaises. Plus de 50 exposants sont annoncés et plus d’une vingtaine de conférences, tables rondes et animations doivent rythmer les deux journées.
L’intérêt de cette confrontation entre produits locaux et tendances internationales est de montrer que l’innovation alimentaire ne signifie pas nécessairement inventer quelque chose de totalement nouveau.
Elle peut consister à améliorer la praticité d’un produit traditionnel, prolonger sa durée de conservation, réduire son emballage, utiliser autrement une matière première locale, améliorer sa qualité nutritionnelle ou créer une marque capable de mieux raconter son origine.
Le dossier préparatoire du salon identifie d’ailleurs quatre dynamiques déjà observées dans les entreprises martiniquaises : valorisation des ressources locales, montée en gamme et identité territoriale, modernisation des procédés et mutualisation, enfin développement de produits pouvant participer à la réduction de la dépendance alimentaire.
La question décisive du marché
L’un des sujets les plus intéressants sera probablement celui de la commercialisation.
L’expert Xavier Terlet (Senior Advisor Protéines XTC), qui interviendra durant PEY’INNOV, estime que plus d’un produit alimentaire sur deux ne franchit pas sa première année de commercialisation et que les difficultés tiennent souvent moins au produit lui-même qu’à sa mise en marché. Marketing, positionnement, visibilité et commercialisation peuvent donc réduire à néant plusieurs années de développement.
La question concerne particulièrement les petites entreprises martiniquaises.
Elles doivent souvent supporter des coûts de développement, de packaging, d’analyses, d’équipement et de communication importants tout en s’adressant à un marché intérieur étroit. Certaines doivent donc atteindre assez rapidement une taille suffisante ou trouver des débouchés extérieurs pour amortir leurs investissements.
Le programme abordera ainsi successivement le référencement en distribution, le passage à l’échelle industrielle et l’accès aux marchés internationaux.
La distribution peut-elle devenir un accélérateur ?
Le sujet conduit naturellement à la place de la grande distribution.
Partenaire officiel du salon, GBH avait expliqué en avril vouloir utiliser notamment Carrefour Martinique pour favoriser la visibilité et les débouchés des productions locales. Le groupe indique que les produits locaux représentent environ 25 % des achats alimentaires de ses magasins Carrefour en Martinique et évoque également des partenariats directs avec des agriculteurs et un fonds d’aide à l’installation de jeunes producteurs.
La vraie question sera désormais de savoir comment aller plus loin.
Car mettre un produit local en rayon ne suffit pas davantage que le fabriquer. Il faut pouvoir garantir des volumes, des livraisons régulières, une qualité constante, un prix accepté par le consommateur et, lorsque le produit fonctionne, être capable d’augmenter rapidement la production.
PEY’INNOV permettra donc aussi de confronter deux réalités, celle de petites entreprises qui demandent davantage d’accès au marché, et celle des distributeurs qui demandent régularité, qualité, compétitivité et capacité d’approvisionnement.
Innovation et souveraineté alimentaire
La souveraineté alimentaire constituera également l’un des fils conducteurs du salon.
Mais l’ambition affichée ne consiste pas seulement à remplacer mécaniquement un produit importé par son équivalent martiniquais. Le PARM met davantage l’accent sur la création de valeur : mieux transformer les productions agricoles, développer de nouveaux usages, utiliser davantage les bioressources et coproduits du territoire et structurer des filières capables de durer.
C’est probablement là que se trouve l’un des enjeux les plus importants de PEY’INNOV.
La Martinique ne pourra évidemment pas produire tout ce qu’elle consomme. Elle peut en revanche chercher à produire et surtout à transformer davantage de ce qu’elle sait bien faire, tout en développant des produits suffisamment différenciés pour exister face aux importations et, pour certains, pour trouver des marchés dans la Caraïbe ou au-delà.
Le fil conducteur choisi par les organisateurs résume assez bien cette ambition : « Produire, Transformer, Rayonner ».
PEY’INNOV sera donc une vitrine de l’innovation martiniquaise. Mais sa réussite se mesurera probablement moins au nombre de nouveautés présentées pendant deux jours qu’aux projets qui, quelques mois ou quelques années plus tard, auront réussi à franchir les étapes du financement, de la production, de la distribution et du développement.
C’est à cette condition que l’innovation agroalimentaire pourra véritablement participer à la création de valeur, à l’emploi et à une plus grande autonomie économique de la Martinique.
Trois questions à
Katia RochefortDirectrice du PARM
« En Martinique, les idées ne manquent pas, l’enjeu est de leur permettre de franchir toutes les étapes qui vont de l’innovation au marché. »

PEY’INNOV arrive après plus de vingt ans d’accompagnement des entreprises par le PARM. Qu’est-ce qui vous a convaincue qu’il fallait maintenant créer un salon ?
Depuis dix ans à travers le Prix de l’Innovation, le PARM observe l’émergence d’un écosystème agroalimentaire de plus en plus dynamique en Martinique. Chaque année, les échanges avec entrepreneurs, les financeurs, les distributeurs et les partenaires techniques font ressortir le même constat : les innovations ont besoin de davantage de visibilité et de connexions pour se développer en particulier au sein des TPE. PEY’INNOV est né de cette réflexion collective. Ce salon constitue le prolongement naturel de la dynamique impulsée par le Prix de l’innovation et de plus de 20 ans d’accompagnement des entreprises par le PARM. Notre ambition est de créer un rendez-vous fédérateur où tous les acteurs de l’écosystème se rencontrent, développent des opportunités et contribuent ensemble au rayonnement de l’innovation martiniquaise.
On parle beaucoup d’innovation. Mais où les entreprises martiniquaises rencontrent-elles encore le plus de difficultés ?
L’innovation n’est plus le principal défi. Les entreprises martiniquaises innovent, créent et s’adaptent. Les difficultés apparaissent surtout lorsqu’il s’agit de passer à l’échelle : financer le développement, industrialiser la production, accéder aux réseaux de distribution ou conquérir de nouveaux marchés. Dans un territoire insulaire, ces enjeux sont amplifiés par les coûts logistiques et la taille du marché local. L’objectif du Salon PEY’INNOV est de transformer plus rapidement les innovations en succès économiques durables. C’est aussi pour cela que le programme aborde très concrètement le financement, le référencement, l’industrialisation ou encore l’export.
Si, dans deux ans, vous deviez mesurer l’utilité de cette première édition, quel indicateur regarderiez-vous ?
Le succès de PEY’INNOV ne se mesurera pas seulement au nombre de visiteurs, mais surtout aux résultats concrets générés par l’évènement. Dans deux ans nous regarderons combien de partenariats, de contrats, de financements ou de projets auront émergé grâce aux rencontres réalisées lors du salon. Si les entreprises ont trouvé de nouveaux débouchés ou des partenaires pour accélérer leur développement, alors le Salon PEY’INNOV aura pleinement rempli sa mission d’accélérateur de l’innovation martiniquaise.
Trois questions à
Nicaise MonrosePrésident du PARM
« Notre ambition n’est pas de tout produire en Martinique, mais de mieux valoriser nos ressources pour créer davantage de valeur et réduire certaines dépendances. »

La souveraineté alimentaire revient constamment dans le débat. Jusqu’où la Martinique peut-elle réellement aller ?
La souveraineté alimentaire ne signifie pas que la Martinique produira demain tout ce qu’elle consomme. L’objectif doit être plus réaliste : réduire certaines dépendances, sécuriser des productions stratégiques et surtout créer davantage de valeur à partir de nos ressources. Lorsque nous produisons un fruit ou un légume, nous devons aussi nous demander comment le transformer, le conserver, lui donner de nouveaux débouchés et éviter les pertes. C’est cette approche qui permettra de progresser.
Qu’est-ce qui manque encore pour transformer davantage de productions agricoles en Martinique ?
Il faut mieux relier les différents maillons. Un transformateur ne peut pas investir s’il n’est pas certain de disposer régulièrement de matière première. Un agriculteur ne peut pas augmenter sa production s’il n’a pas de débouché. Et un distributeur ne peut pas s’engager s’il n’a pas de visibilité sur les volumes et la qualité. Le rôle du PARM est précisément d’aider à construire des projets viables, en apportant son expertise technique et en favorisant les synergies entre les acteurs. C’est ainsi que nous pouvons créer davantage de valeur à partir des ressources de notre territoire.
La Martinique doit-elle d’abord chercher à remplacer les importations ou à créer des produits suffisamment originaux pour être exportés ?
Les deux stratégies peuvent se compléter. Certains produits locaux peuvent prendre davantage de place sur notre marché intérieur. Mais notre territoire est petit. Pour certaines entreprises, le développement passera nécessairement par la Caraïbe, l’Hexagone ou d’autres marchés. Notre avantage ne sera jamais de produire les plus gros volumes. Il doit être de créer de la qualité, de l’identité et de la valeur à partir de nos ressources et de nos savoir-faire.
Article écrit par Philippe Pied
Repères
Quoi : PEY’INNOV, 1re édition — salon de l’innovation agroalimentaire
Quand : Vendredi 25 et samedi 26 septembre
Où : Palais des Congrès de Madiana
Organisateur : PARM — Pôle Agroressources et de Recherche de Martinique
Partenaire officiel : GBH
Soutiens : État, FEDER, CTM
Fil conducteur : « Produire, Transformer, Rayonner »





