Le 24 septembre, à l’hôtel Karibéa de Sainte-Luce, la septième rencontre « Regards croisés » a réuni représentants des usagers, des résidents et des familles, associations et professionnels de santé. Organisée par France Assos Santé Martinique, la CRSA Martinique et l’ARS Martinique, cette journée entendait rapprocher les expériences du terrain des décisions qui concernent les soins et l’accompagnement. Roland Dorival, notre envoyé spécial, était sur place pour recueillir les témoignages des participants.
Écouter les patients, faire remonter leurs difficultés et transformer leurs expériences en améliorations concrètes : la qualité des soins se construit aussi avec les usagers.
Une difficulté rencontrée à l’hôpital, une information mal comprise, une famille qui cherche un accompagnement : ces situations individuelles peuvent aussi révéler des améliorations à apporter au fonctionnement du système de santé. Encore faut-il que les personnes concernées puissent s’exprimer, être entendues et savoir à qui s’adresser.
C’est tout le sens de la démocratie en santé, au centre de cette nouvelle édition de « Regards croisés ». Derrière l’expression institutionnelle, une idée simple : les patients et leurs proches ont une expérience et des connaissances utiles pour améliorer les soins. Leur participation passe notamment par les représentants des usagers, les associations et les instances de concertation, comme la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie, la CRSA.
À Sainte-Luce, les échanges ont porté sur des sujets très concrets : les plaintes et réclamations, la sécurité des patients, l’intelligence artificielle au CHU, le vieillissement et les conséquences du chlordécone.

Faire dialoguer les expériences
Pour Vincianne Welter, coordinatrice régionale de France Assos Santé Martinique, l’intérêt de ce rendez-vous annuel tient à la diversité des personnes réunies. Représentants des usagers, familles, professionnels médicaux et non médicaux, responsables associatifs : chacun aborde le système de santé depuis une place différente.
Les réunir permet de confronter les attentes, d’expliquer les contraintes et de mieux connaître les dispositifs disponibles. La coordinatrice décrit une journée nourrie de nombreuses questions, avec des participants désireux de comprendre et de partager ce qu’ils observent.
« La parole des usagers prend tout son sens lorsqu’elle aide à faire évoluer concrètement les soins et l’accompagnement. »

La rencontre a notamment permis de revenir sur les actions menées pour la Semaine de la sécurité des patients, en collaboration avec Qualisan 972, la structure régionale d’appui à la qualité des soins et à la sécurité des patients. Des capsules vidéo ont été réalisées pour croiser les regards des professionnels et des usagers, notamment autour de l’éducation thérapeutique et du rôle du patient expert.
Ces démarches reconnaissent une place active à la personne soignée. Mieux comprendre sa maladie, participer à sa prise en charge et partager son expérience peuvent contribuer à améliorer son parcours comme celui d’autres patients.
Des réclamations aux innovations du CHU
Le bilan des plaintes et réclamations figurait parmi les premiers sujets de la matinée, avec l’intervention de Vanessa Lorto, directrice déléguée au pilotage et à la coordination de l’ARS Martinique.
Ce thème touche directement à la représentation des usagers. Une réclamation exprime une difficulté vécue par une personne ou sa famille. Son examen peut aussi aider à repérer un problème d’accueil, d’information ou d’organisation et à rechercher une réponse adaptée.
Rodrigue Alexander, directeur adjoint chargé des systèmes d’information, des opérations et du biomédical au CHU de Martinique, a ensuite présenté le mécanisme de certification des établissements de santé. Derrière ce terme technique se trouve une démarche d’évaluation de la qualité et de la sécurité des soins, conduite par la Haute Autorité de santé.
Son intervention sur l’intelligence artificielle a également retenu l’attention. Les dispositifs présentés au CHU visent à soutenir le travail des équipes et à faciliter certaines décisions médicales. Vincianne Welter insiste sur une précision : ces outils assistent les médecins, auxquels revient la décision finale.
Pour les représentants des usagers présents, comprendre ces évolutions permet aussi de mieux répondre aux interrogations des patients.
Représentant des usagers, un engagement au quotidien
Marie Reclair exerce cette fonction au CHU de Martinique depuis 2024. Elle rappelle d’abord ce que recouvrent les deux lettres « RU » : représentant des usagers. Il s’agit d’un engagement bénévole, qui suppose de se former, de participer aux réunions et de porter les préoccupations des personnes accueillies dans l’établissement.
Les représentants prennent connaissance des plaintes et des réclamations, mais aussi des remerciements adressés aux équipes. Leur rôle les conduit notamment à participer aux travaux de la commission des usagers, la CDU, où sont examinées des questions relatives à l’accueil, à la prise en charge et aux droits des patients.
« Être représentante des usagers, c’est écouter ce que vivent les patients et porter leur parole là où l’on peut améliorer les choses. »

Lorsqu’elle a commencé son mandat, Marie Reclair ne s’attendait pas à être autant sollicitée. Cet engagement a progressivement changé son regard sur l’hôpital, mais aussi sur sa propre relation à la santé.
Elle retient de cette journée les efforts présentés pour améliorer le quotidien des patients et celui des soignants. L’intervention de Rodrigue Alexander lui a notamment apporté des éléments de réponse sur les innovations du CHU. Elle repart avec le sentiment de disposer de nouveaux repères pour accompagner les usagers.
Son témoignage rappelle aussi l’importance de la prévention : prendre soin de sa santé commence bien avant une arrivée à l’hôpital.
Mieux accompagner l’avancée en âge
La découverte du nouveau Gérontopôle de la Martinique constituait un autre temps fort du programme. Marlène Rufin, présentée comme sa directrice administrative et financière, est intervenue sur cette structure consacrée aux enjeux du vieillissement.
Le terme peut sembler peu familier. Un gérontopôle rassemble des acteurs et des compétences pour travailler sur l’avancée en âge et l’autonomie. Dans la présentation rapportée par Vincianne Welter, les actions de formation, de sensibilisation et d’information occupent une place importante.
Pour les familles et les représentants des usagers, l’enjeu est de mieux comprendre les réponses qui se construisent autour des personnes âgées et les ressources sur lesquelles elles pourront s’appuyer.
Guillaume Gobenceaux, directeur général adjoint de l’ARS Martinique, cite lui aussi l’émergence de ce Gérontopôle parmi les transformations de l’organisation de la santé sur le territoire. Il évoque également un projet de nouvelle structure destinée à accompagner de jeunes enfants en situation de handicap.
Chlordécone : connaître les dispositifs et agir
L’après-midi a donné une place importante à la santé environnementale, avec une séquence consacrée à la prévention et à l’indemnisation des victimes professionnelles de pesticides.
Aux côtés de Vincianne Welter, Élodie Voitiers Flomas, chargée de mission de l’association Phyto-Victimes, figurait au programme de cette intervention. Le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a été présenté, afin de mieux faire connaître ce dispositif et la question de la reconnaissance des atteintes liées à une exposition professionnelle.
La prévention a également été abordée à travers le programme JAFA, pour « Jardins familiaux ». Son ambassadeur, interrogé par Roland Dorival, a rappelé l’intérêt de faire analyser la terre de son jardin lorsqu’on y cultive des aliments ou que l’on pratique un élevage familial.
Le diagnostic de sol, réalisé gratuitement par FREDON Martinique, permet de connaître la teneur du terrain en chlordécone. Les résultats servent ensuite à orienter les conseils sur les cultures et les pratiques d’élevage.
« Faire analyser son sol, c’est se donner les moyens d’adapter son jardin et de mieux protéger sa famille contre l’exposition au chlordécone. »

L’accompagnement ne s’arrête donc pas au constat d’une contamination. Des adaptations peuvent être étudiées avec les conseillers, en fonction du terrain et des productions concernées. Le choix des cultures et certaines pratiques de culture hors sol font partie des pistes évoquées durant les échanges.
L’ambassadeur a aussi rappelé l’existence du test de chlordéconémie, un prélèvement sanguin gratuit et accessible sans ordonnance en Martinique. Il mesure la quantité de chlordécone présente dans le sang au moment du prélèvement. Il renseigne ainsi sur l’exposition de la personne, tandis que l’analyse de sol renseigne sur la pollution de la parcelle.
Porter l’information jusque dans les communes
Comment faire connaître ces dispositifs au-delà des professionnels et des personnes déjà engagées dans les associations ? La question a été posée à Guillaume Gobenceaux.
Le directeur général adjoint de l’ARS explique que l’agence diffuse une lettre d’information à ses partenaires et accompagne les campagnes de sensibilisation. Mais il insiste surtout sur les rencontres organisées au plus près de la population, avec les communes et les intercommunalités.
« Pour que la prévention touche davantage de Martiniquais, nous devons aller à leur rencontre, dans leurs communes et leurs lieux de vie. »

Il évoque notamment sa participation récente à un village de prévention au Saint-Esprit. Ces rendez-vous permettent d’échanger avec les habitants, de favoriser les dépistages et de les orienter vers les structures sanitaires ou médico-sociales.
Les représentants des usagers et les associations rencontrés à Sainte-Luce participent, eux aussi, à cette circulation de l’information. Pour Marie Reclair, mieux comprendre ce qui évolue à l’hôpital permettra de mieux accompagner les patients. Pour l’ambassadeur JAFA, faire connaître un diagnostic gratuit peut amener une famille à adapter ses pratiques. Autant de prolongements concrets attendus de cette journée de dialogue.
Philippe Pied et Roland Dorival





