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    Santé

    Santé : la Martinique pose les bases de son Agora caribéenne

    septembre 30, 2026Mise à jourseptembre 30, 2026Aucun commentaire
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    Les lundi 28 et mardi 29 septembre, l’Hôtel Simon a accueilli les premières concertations préparatoires à l’Agora caribéenne de la formation, du management et de l’innovation en santé. À l’initiative de l’ARS Martinique, professionnels de santé, acteurs du social et du médico-social, universitaires, organismes de formation, associations et partenaires extérieurs ont confronté leurs expériences et leurs besoins. Une ambition commune s’est dégagée : mieux utiliser les compétences déjà présentes en Martinique, les relier entre elles et développer les coopérations avec la Caraïbe et au-delà. La formalisation de l’Agora est prévue au premier trimestre 2027. À la fin de cet article, nous avons posé trois questions à six participants de ces deux journées.

    Philippe Pied & Roland Dorival

    « Il ne s’agit pas de créer une structure de plus, mais de permettre à celles qui existent déjà de mieux travailler ensemble. »

    C’est sans doute la première chose à comprendre de cette Agora caribéenne. L’objectif n’est pas d’ajouter une institution, une école ou une administration au paysage existant. Yves Servant, directeur général de l’ARS Martinique, parle plutôt d’une place de rencontre, où les professionnels peuvent connaître ce que font les autres, rapprocher leurs expériences et identifier ce qu’ils pourraient construire ensemble.

    L’ARS Martinique, à l’initiative des concertationsLe point de départ est simple. La Martinique dispose déjà d’universitaires, d’établissements de santé, d’écoles, de centres de formation, d’associations et de professionnels expérimentés. Mais ces compétences sont encore parfois dispersées, insuffisamment identifiées ou trop peu mises en relation.

    L’Agora veut précisément travailler sur ces liens.

    Le lundi 28 septembre, la réflexion a d’abord porté sur la manière de construire une offre de compétences plus cohérente : formations en santé, diplômes d’État, travail social, management, coopérations, innovation pédagogique. La journée devait permettre de mieux identifier ce qui existe, les besoins restant à couvrir et les rapprochements possibles entre acteurs.

    Le mardi 29, les participants sont davantage partis des réalités du terrain : grande marginalité, médecine libérale, vieillissement, cancérologie, périnatalité, aidants, médico-social, accès aux droits et accompagnement des publics vulnérables. L’après-midi était consacrée aux premières offres et aux « Labs de l’Agora », avec l’objectif de faire émerger des actions pouvant être engagées dès 2027.

    Les participants réunis à l’Hôtel Simon, à Fort-de-France
    Les participants réunis à l’Hôtel Simon, à Fort-de-France

    Former au plus près des réalités martiniquaises

    Un fil conducteur a traversé les deux journées : rapprocher davantage la formation des besoins réellement rencontrés par les professionnels.

    Les métiers de la santé, du social et du médico-social évoluent rapidement. Vieillissement de la population, maladies chroniques, santé mentale, addictions, précarité, mais aussi numérique et intelligence artificielle modifient les pratiques.

    Pour Yves Servant, il faut donc s’intéresser à toute la chaîne d’apprentissage. La formation initiale est essentielle, mais elle ne suffit plus. Formation continue, validation des acquis de l’expérience, actualisation des connaissances et nouvelles formes pédagogiques doivent également permettre aux professionnels d’évoluer tout au long de leur carrière.

    La question n’est pas seulement de savoir quelles formations créer. Il faut aussi regarder ce qui fonctionne déjà.

    C’est particulièrement vrai dans le social et le médico-social. Les professionnels développent parfois, au fil des années, des méthodes très efficaces qui restent pourtant confinées à une équipe ou à une structure.

    « Une expérience acquise pendant des années sur le terrain peut elle aussi devenir un savoir à transmettre. »

    Félide Etienne, de la Croix-Rouge française en Martinique, l’a notamment illustré à partir de l’accompagnement des personnes en situation de grande marginalité. Dans ce domaine, sanitaire, social et médico-social se croisent constamment. Soigner une personne sans prendre en compte son hébergement, ses addictions, ses droits ou son environnement social trouve rapidement ses limites.

    Les professionnels qui interviennent dans la rue ont développé leurs propres pratiques, leurs réponses, leurs manières de travailler en réseau. L’un des enjeux de l’Agora sera aussi de reconnaître ces savoir-faire, de les formaliser et de permettre leur transmission.

    Faire de la Martinique une « terre apprenante »

    Cette volonté de mieux organiser les compétences présentes sur le territoire porte une ambition plus large, celle de faire de la Martinique une « terre apprenante ».

    L’Université des Antilles doit naturellement jouer un rôle important dans cette dynamique.

    Le professeur Christophe Deligny, doyen de l’UFR Santé de l’Université des Antilles, a rappelé le chemin parcouru dans la formation médicale. Après près de quatre décennies de développement, un étudiant issu de Martinique, de Guadeloupe ou de Guyane peut aujourd’hui accomplir un parcours médical beaucoup plus complet aux Antilles.

    Pour Christophe Deligny, l’enjeu est aussi celui de l’attractivité. Plus l’offre de formation locale est solide et reconnue, plus elle peut inciter certains étudiants à poursuivre leur parcours aux Antilles, ou permettre à ceux qui sont partis acquérir une spécialisation de revenir ensuite exercer sur leur territoire.

    Mais l’Agora ne se limite volontairement pas aux professions médicales. Les acteurs du social, du médico-social, les professions paramédicales, les organismes de formation, les universitaires et les associations doivent pouvoir participer à la même dynamique.

    Faire circuler les compétences

    L’autre idée forte est contenue dans le nom même du projet : cette Agora est caribéenne.

    La Martinique appartient à l’espace français et européen, mais elle est également située au cœur de la Caraïbe. Cette double appartenance peut permettre de multiplier les coopérations, les échanges de professionnels et les formations communes.

    La logique n’est cependant pas d’aller systématiquement chercher ailleurs ce qui manquerait ici.

    « La Martinique peut chercher certaines compétences à l’extérieur, mais elle dispose aussi de savoir-faire qu’elle peut transmettre bien au-delà de ses frontières. »

    Yannick Moureau, directeur général de l’IFME et vice-président de Nîmes Université chargé des relations internationales, a ainsi insisté sur la qualité des compétences et des expérimentations déjà présentes sur le territoire. Certaines gagneraient simplement à être mieux identifiées, mieux structurées et davantage mises en réseau.

    Cette circulation doit fonctionner dans les deux sens : faire venir des expériences extérieures lorsqu’elles peuvent être utiles, mais aussi permettre à des expériences développées en Martinique de bénéficier à d’autres territoires.

    Le travail engagé autour de la socio-oncologie par Guy-Albert Rufin Duhamel en est l’une des illustrations présentées au cours de ces journées. Le sujet fera l’objet d’un article spécifique. Dans le cadre de l’Agora, ce Diplôme universitaire est surtout apparu comme un exemple de ce que peut produire une coopération entre une initiative issue du territoire martiniquais et une université extérieure.

    Réfléchir aussi à la manière de former

    Une autre question a émergé : comment transmettre ?

    Wicky Poulin Catan, doctorante en sciences de l’éducation et de la formation au Cnam et formatrice de formateurs, défend une approche qui ne consiste pas simplement à reproduire en Martinique des modèles élaborés ailleurs.

    Former des adultes suppose de tenir compte de leur environnement professionnel, mais également du territoire et de ses réalités sociales et culturelles.

    Elle évoque notamment le lakou, le bokantaj ou le lyannaj, ces formes de mise en commun, d’échanges et de transmission déjà présentes dans la société martiniquaise. Elles pourraient elles aussi nourrir de nouvelles pratiques pédagogiques.

    L’idée rejoint finalement l’esprit général de l’Agora : partir davantage de ce que possède déjà le territoire pour construire les réponses dont il a besoin.

    Après la concertation, les premières réalisations

    Deux journées de rencontres ne suffiront évidemment pas à restructurer l’offre de formation en santé, dans le social et le médico-social.

    Mais les organisateurs veulent maintenant entrer rapidement dans une phase plus concrète.

    Les concertations des 28 et 29 septembre doivent déboucher sur une synthèse permettant d’identifier les premières actions à mettre en œuvre. Le calendrier présenté prévoit une formalisation de l’Agora au premier trimestre 2027.

    Les participants aux premières concertations préparatoires à l’Agora caribéenne, à l’Hôtel Simon, à Fort-de-France

    Beaucoup reste encore à préciser : les formations retenues, leurs modalités, les financements, les partenaires, l’organisation de la plateforme, la place exacte des coopérations caribéennes.

    L’enjeu sera désormais de vérifier que les échanges de ces deux journées se traduisent effectivement en nouvelles possibilités pour les professionnels martiniquais.

    Trois questions à Yves Servant, directeur général de l’ARS Martinique

    Yves Servant, directeur général de l’ARS Martinique
    Yves Servant, directeur général de l’ARS Martinique

    « Notre objectif n’est pas de créer une institution de plus, mais de faire travailler ensemble les compétences qui existent déjà et de transformer cette coopération en actions. »

    Après ces deux journées, qu’est-ce qui vous paraît prioritaire ?

    Nous devons d’abord mettre en évidence les complémentarités. Nous avons déjà beaucoup de compétences, d’établissements et d’organismes de formation. L’enjeu n’est pas de créer une structure supplémentaire, mais de permettre à tous ces acteurs de mieux se connaître et de travailler ensemble. Ensuite, il faudra identifier les actions qui peuvent être lancées rapidement.

    Pourquoi cette ouverture vers la Caraïbe est-elle importante ?

    Parce que la Martinique ne doit pas penser la santé uniquement à l’intérieur de ses frontières. Il existe des relations, des besoins communs et des compétences dans toute la région. Nous pouvons apprendre des autres, mais également proposer nos propres capacités de formation.

    Quand les professionnels pourront-ils voir les premiers résultats ?

    Nous voulons avancer rapidement. À partir de la synthèse de ces deux journées, nous devons identifier les actions susceptibles d’être engagées dès le début de 2027. Il faut conserver une vision de long terme tout en étant capables d’expérimenter.

    Trois questions au professeur Christophe Deligny, doyen de l’UFR Santé de l’Université des Antilles

    Le professeur Christophe Deligny, doyen de l’UFR Santé de l’Université des Antilles
    Le professeur Christophe Deligny, doyen de l’UFR Santé de l’Université des Antilles

    « Nous sommes désormais capables de former ici des médecins de très bon niveau, l’enjeu est aussi de leur donner envie de construire leur avenir professionnel aux Antilles. »

    Qu’est-ce qui a réellement changé dans la formation médicale aux Antilles ?

    Nous avons franchi une étape importante. Après près de 38 années de construction, un étudiant issu de Martinique, de Guadeloupe ou de Guyane peut désormais effectuer un parcours médical beaucoup plus complet aux Antilles et aller jusqu’à certaines spécialités.

    Cela peut-il aider à conserver davantage de jeunes médecins sur le territoire ?

    La qualité de la formation compte énormément. Nous voyons des étudiants très bien classés qui choisissent de rester parce qu’ils ont confiance dans la formation proposée ici. Certains partiront naturellement acquérir une expérience ou une spécialisation ailleurs, mais beaucoup peuvent aussi revenir exercer auprès de leur population.

    Quels obstacles restent encore à lever ?

    L’accès à certaines spécialités reste difficile. À la fin de leur cursus, les étudiants entrent dans un système national qui peut les conduire vers d’autres régions. Il faut donc continuer à renforcer notre offre pour permettre au plus grand nombre de se former ici lorsqu’ils le souhaitent.

    Trois questions à Félide Etienne, Croix-Rouge française en Martinique

    Félide Etienne, Croix-Rouge française en Martinique
    Félide Etienne, Croix-Rouge française en Martinique

    « Ce que nos équipes apprennent chaque jour au contact des personnes les plus fragiles doit pouvoir devenir une connaissance partagée avec d’autres professionnels. »

    Qu’avez-vous particulièrement retenu de ces concertations ?

    La nécessité de mieux mettre en lien le sanitaire, le social et le médico-social. La grande marginalité en est un très bon exemple. Une personne peut avoir simultanément besoin de soins, d’un accompagnement social, d’un hébergement ou d’une prise en charge liée à une addiction.

    Les professionnels du terrain produisent-ils eux aussi des connaissances ?

    Oui. Les équipes développent avec le temps des pratiques issues de leur expérience, notamment dans l’accompagnement de rue. Certaines manières de faire fonctionnent très bien sans être nécessairement formalisées.

    Que pourrait apporter l’Agora dans ce domaine ?

    Elle pourrait permettre de prendre cette expérience, de la structurer, de la confronter à d’autres pratiques puis de la transmettre. Ce serait une manière de reconnaître davantage les compétences des équipes de terrain.

    Trois questions à Wicky Poulin Catan, doctorante en sciences de l’éducation et de la formation

    Wicky Poulin Catan, doctorante en sciences de l’éducation et de la formation
    Wicky Poulin Catan, doctorante en sciences de l’éducation et de la formation

    « Pour construire des formations qui nous correspondent, nous devons aussi savoir utiliser nos propres façons d’échanger, d’apprendre et de transmettre. »

    Que retenez-vous principalement de ces deux journées ?

    D’abord la mise en relation des personnes, des compétences et des acteurs. C’est essentiel pour construire des systèmes de santé plus solides et pour mieux accompagner le développement des compétences.

    Pourquoi faut-il aussi adapter les méthodes de formation ?

    Parce que nous ne pouvons pas simplement transposer des modèles. Il faut réfléchir aux personnes que nous formons, à leur environnement et à la manière dont elles apprennent. Les formations doivent correspondre aux réalités professionnelles, mais aussi sociales et culturelles du territoire.

    La culture martiniquaise peut-elle contribuer à cette réflexion ?

    Oui. Nous disposons de pratiques comme le lakou, le bokantaj ou le lyannaj. Nous savons les utiliser dans notre vie collective, mais nous ne les considérons pas toujours comme de véritables outils d’apprentissage. Il y a pourtant là des ressources intéressantes.

    Trois questions à Yannick Moureau, directeur général de l’IFME et vice-président de Nîmes Université chargé des relations internationales

    Yannick Moureau, directeur général de l’IFME et vice-président de Nîmes Université chargé des relations internationales
    Yannick Moureau, directeur général de l’IFME et vice-président de Nîmes Université chargé des relations internationales

    « L’enjeu n’est pas de venir expliquer à la Martinique ce qu’elle doit faire, mais de créer des ponts pour que les expériences et les compétences circulent dans les deux sens. »

    Quel regard portez-vous sur les compétences qui existent déjà en Martinique ?

    Il existe ici beaucoup de personnes de qualité, d’experts et d’expérimentations intéressantes. Le problème n’est donc pas nécessairement de créer toujours quelque chose de nouveau. Il faut parfois mieux identifier ce qui existe, le capitaliser et mieux le coordonner.

    Que peut apporter un partenariat avec Nîmes Université ?

    Nous pouvons être un pont entre ce qui se fait en Martinique et certaines expériences développées dans l’Hexagone. Beaucoup de problématiques sont communes. Mais cela doit fonctionner dans les deux sens, car la Martinique possède elle aussi des expériences pouvant intéresser d’autres territoires.

    Pourquoi développer également la VAE en Martinique ?

    Nous sommes sollicités depuis plusieurs années par des Martiniquais. Nous avons voulu éviter que tout se fasse uniquement à distance, car l’accompagnement perd alors une partie de sa dimension humaine. Une présence locale permet d’accompagner beaucoup plus efficacement les personnes dans leur parcours professionnel.

    Trois questions à Guy-Albert Rufin Duhamel, ingénieur social et socio-épidémiologiste

    Guy-Albert Rufin Duhamel, ingénieur social et socio-épidémiologiste
    Guy-Albert Rufin Duhamel, ingénieur social et socio-épidémiologiste

    « Nous avons maintenant suffisamment identifié nos besoins, il faut mettre les compétences en commun et commencer à construire des réponses concrètes. »

    Quel bilan faites-vous de ces deux journées ?

    Nous avons pu faire le point sur nos atouts et nos besoins. Ceux-ci restent parfois dispersés entre le sanitaire, le social et le médico-social. Ces deux journées ont permis de réunir des universités, des organismes de formation et des professionnels possédant des expériences très différentes.

    Quelle doit être maintenant la priorité ?

    Il faut capitaliser ce que nous avons et mutualiser davantage. Nous avons beaucoup d’idées et plusieurs projets sur lesquels nous pouvons nous appuyer. L’objectif est maintenant de déterminer ce qui peut être mis en œuvre concrètement.

    À quoi devra servir l’Agora pour un professionnel martiniquais ?

    À lui permettre de disposer d’une offre plus lisible. Il devra pouvoir connaître les formations proposées, identifier les possibilités qui correspondent à son parcours et construire ses propres modules. L’objectif est d’avoir progressivement un programme suffisamment large pour répondre aux différents besoins du territoire.

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