À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, une soirée de sensibilisation et de formation a réuni, jeudi 10 septembre à Fort-de-France, professionnels de santé, spécialistes de la psychiatrie et acteurs de la prévention. Devant une salle Émile Maurice comble, un message s’est imposé : face à une personne en détresse psychique, aucun professionnel ne doit rester seul. Repérer, écouter, orienter et surtout travailler en réseau constituent les premiers maillons de la prévention. Roland Dorival, envoyé spécial d’Antilla, était présent.
Par Roland Dorival, envoyé spécial

Chaque année, le 10 septembre marque la Journée mondiale de prévention du suicide. En 2026, elle s’inscrit dans le cadre plus large de « Septembre Jaune », mois de mobilisation consacré à la prévention et à la lutte contre les tabous entourant le suicide. Le thème retenu cette année, « Changer le discours », invite notamment à parler autrement de la souffrance psychique et à renforcer les possibilités d’aide.
En Martinique, cette mobilisation a pris une dimension très concrète jeudi soir, à l’Hôtel de l’Assemblée de la Collectivité Territoriale de Martinique. Sous le thème « Face à la souffrance, faisons réseau », une soirée de sensibilisation, d’information et de formation interprofessionnelle était proposée aux médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, psychologues, professionnels de la santé mentale et, plus largement, à tous ceux susceptibles d’être confrontés à une personne en détresse psychique ou présentant un risque suicidaire.
L’objectif affiché était clair : aider les professionnels à mieux identifier les situations à risque, savoir écouter, accompagner et orienter, mais aussi leur permettre de mieux connaître les dispositifs existants sur le territoire.
Une salle pleine, signe d’un besoin

L’affluence observée salle Émile Maurice a montré combien cette attente est forte.
Audrey Pomier Flobinus, récemment élue à la présidence du Lions Club Fort-de-France Doyen des Antilles-Guyane françaises, explique que cette initiative répondait à un besoin identifié chez les professionnels de santé : celui de disposer de davantage d’outils pour accompagner les personnes confrontées à des difficultés de santé mentale.
La mobilisation a largement dépassé les prévisions.
« Nous avons dû refuser du monde tellement il y avait un engouement pour cette soirée »
, expliquait-elle à Roland Dorival.

Dans la salle, des professionnels sont restés au-delà de l’horaire initialement prévu, multipliant les questions et cherchant des réponses très pratiques : que faire lorsqu’une personne exprime une souffrance profonde ? Comment évaluer le danger ? Qui contacter ? Vers quel dispositif orienter ?
« Aucun professionnel ne devrait se retrouver seul lorsqu’il est confronté à une situation de détresse ou à un risque suicidaire. »
Des situations difficiles à appréhender

Parmi les intervenants figuraient notamment le professeur Louis Jehel, psychiatre et chef de service de la filière psycho-trauma, le professeur Dabor Resiere, médecin réanimateur au CHU de Martinique, le docteur Sonja Sioudan Nitiga, coordinatrice 3114-VigilanS, Sandra Chateau, chargée de mission territoriale, Paul-Alexandre Thien, infirmier répondant au 3114, ainsi que Valérie Grabin, directrice de projets au GIP Martinique Santé.
Pour le professeur Louis Jehel, l’importante participation à cette rencontre traduit une véritable préoccupation des professionnels martiniquais.
Il évoque des risques suicidaires « difficiles à investiguer, difficiles à approcher » et particulièrement éprouvants pour ceux qui y sont confrontés dans leur pratique professionnelle.
La prévention suppose donc de former ceux qui sont en première ligne, mais également de les accompagner eux-mêmes.
Le professeur insiste notamment sur la situation des professionnels chargés de répondre au 3114, le numéro national de prévention du suicide. Écouter une personne en détresse extrême exige une formation spécifique et constitue une charge émotionnelle importante.
« On a besoin vraiment de consolider leur formation et de les protéger pour qu’ils puissent tenir cette place difficile », souligne-t-il.
Ne pas rester seul

Au-delà des dispositifs médicaux, le message délivré durant cette soirée est aussi celui du lien.
Une personne confrontée à une crise suicidaire peut avoir besoin de plusieurs interlocuteurs avant de trouver celui ou celle qui lui permettra d’entrevoir une autre issue. Pour Louis Jehel, il faut donc conserver la capacité de modifier l’accompagnement lorsqu’une première approche n’a pas fonctionné.
« Il faut toujours garder l’espoir de trouver une personne qui va pouvoir être aidante. »
Cette approche suppose également de ne pas s’en tenir aux intentions. Une parole ou une intervention considérée comme bienveillante par celui qui la propose ne sera réellement utile que si elle est ressentie comme telle par la personne qui souffre.
C’est précisément tout l’enjeu du réseau que les organisateurs souhaitent renforcer en Martinique : permettre au médecin, à l’infirmier, au psychologue, au pharmacien ou à tout autre professionnel confronté à une situation inquiétante de savoir rapidement vers qui se tourner.
Le succès de cette soirée montre que la demande existe. Il rappelle surtout que la prévention du suicide ne repose pas sur un seul spécialiste ou un seul dispositif, mais sur une chaîne dans laquelle le repérage, l’écoute, l’orientation et la coordination peuvent, chacun à leur niveau, jouer un rôle déterminant.
Roland Dorival




