Eau potable · Réseaux · Financement
Les fuites d’eau sont au cœur d’une question posée au Gouvernement par le sénateur Jean Hingray, qui relance un débat très concret : les aides publiques destinées à la rénovation des réseaux doivent-elles continuer à dépendre principalement de leur taux de rendement, ou faut-il davantage tenir compte des volumes d’eau réellement économisés ? Une interrogation nationale qui trouve un écho particulier en Martinique, où le rendement moyen du réseau de distribution d’eau potable atteignait 68,8 % en 2024.

À première vue, la question posée au Sénat concerne surtout les collectivités qui ont déjà beaucoup investi dans leurs réseaux d’eau potable. Mais derrière cette interrogation très technique se pose une question beaucoup plus large, et particulièrement importante pour la Martinique : comment décider quels travaux de réduction des fuites doivent bénéficier en priorité d’un financement public ?
Le 16 juillet 2026, le sénateur des Vosges Jean Hingray a interrogé le Gouvernement sur les critères d’éligibilité aux aides consacrées à la rénovation des réseaux d’eau potable. Il souligne que certaines modalités d’intervention des agences de l’eau peuvent conduire à ne plus considérer comme prioritaires certains travaux lorsque les réseaux ont déjà atteint des rendements de l’ordre de 85 %, voire 90 % dans certaines zones.
Le problème soulevé est celui d’un possible effet de seuil. Une collectivité qui a beaucoup investi pour améliorer son réseau pourrait finalement rencontrer davantage de difficultés pour financer les travaux permettant de gagner encore quelques points de rendement.
Le parlementaire propose donc de réfléchir autrement. Plutôt que de regarder uniquement un pourcentage, pourquoi ne pas tenir davantage compte du nombre de mètres cubes que les travaux permettraient réellement d’économiser ?
La question est loin d’être anodine. Un réseau important affichant 87 % de rendement peut encore perdre chaque année des volumes considérables. À l’inverse, quelques points de rendement gagnés sur un petit réseau peuvent représenter des volumes beaucoup plus faibles.
Derrière cette interrogation, une question simple apparaît : lorsqu’il s’agit d’argent public, doit-on seulement regarder le pourcentage de rendement d’un réseau ou également mesurer la quantité d’eau qui pourrait réellement être préservée ?
Repères 2024 · Données SISPEA citées dans l’article.
01 Fuites d’eau en Martinique : un rendement de 68,8 %
La situation martiniquaise est évidemment différente de celle évoquée par Jean Hingray. Ici, les réseaux restent globalement loin des niveaux de 85 ou 90 % cités dans sa question.
Selon les données 2024 de l’Observatoire national des services publics d’eau et d’assainissement, le rendement moyen du réseau de distribution d’eau potable en Martinique s’établit à 68,8 %. Les pertes en réseau sont évaluées à 11,2 m³ par kilomètre de réseau et par jour.
À l’échelle française, le rendement moyen atteignait 79,2 % en 2024. Cela signifie qu’en moyenne environ un litre sur cinq mis en distribution n’arrive pas jusqu’au consommateur.
La comparaison donne une idée de l’ampleur du chantier martiniquais.
Mais la question parlementaire peut malgré tout être intéressante pour notre territoire. Car améliorer un réseau ne consiste pas uniquement à poursuivre un pourcentage. Il faut aussi déterminer où se trouvent les pertes les plus importantes et quels travaux permettront d’obtenir les résultats les plus significatifs.
Faut-il remplacer en priorité une canalisation parce que le secteur auquel elle appartient présente un mauvais rendement ? Ou parce que cette canalisation provoque à elle seule des pertes importantes ?
Faut-il prendre en compte le nombre de casses, les volumes perdus, le nombre d’abonnés concernés, les interruptions de service, les difficultés d’accès aux installations ou encore le coût nécessaire pour économiser un mètre cube d’eau ?
C’est finalement la question de l’efficacité de l’investissement qui est posée.
02Chaque mètre cube économisé compte
Pour la Martinique, l’enjeu est d’autant plus important que l’eau prélevée, traitée et transportée a un coût.
Lorsqu’une partie de cette eau disparaît avant d’arriver chez l’usager, ce sont également des moyens techniques, énergétiques et financiers qui ont été mobilisés sans atteindre leur objectif.
Les nouvelles règles de financement vont d’ailleurs dans le sens d’une plus grande prise en compte de la performance. Depuis 2025, une redevance pour la performance des réseaux d’eau potable est appliquée aux collectivités. Son montant est modulé notamment selon la performance du réseau de distribution.
L’Office de l’eau Martinique rappelle à ce sujet que la limitation des pertes constitue un enjeu important afin de réduire la pression des prélèvements sur les milieux aquatiques.
Il ne s’agit donc pas seulement de réparer des tuyaux. Il s’agit aussi de préserver une ressource, de limiter les volumes inutilement prélevés et traités et d’améliorer la qualité du service rendu aux abonnés.
03Mesurer ce que produit réellement l’investissement
La proposition soulevée au Sénat pourrait ainsi alimenter une réflexion plus large : compléter les indicateurs classiques de rendement par une mesure plus directe du résultat obtenu.
Deux réseaux affichant 70 % de rendement ne présentent pas forcément les mêmes caractéristiques. Leur longueur, le nombre d’abonnés, les volumes distribués, leur ancienneté ou encore leur configuration peuvent être très différents.
Un indicateur portant sur les volumes réellement économisés après travaux pourrait donc apporter une information supplémentaire.
On pourrait alors regarder non seulement le rendement avant et après les travaux, mais également le nombre de mètres cubes économisés, la diminution du nombre de fuites et de casses ou encore le coût de l’investissement rapporté au volume d’eau préservé.
En Martinique, cette approche pourrait permettre de mieux apprécier l’efficacité réelle des investissements engagés sur les réseaux.
04Une question toujours en attente de réponse
Jean Hingray demande précisément au Gouvernement s’il envisage de faire évoluer les critères d’attribution des aides afin qu’ils prennent davantage en compte les volumes réellement économisés, la réduction effective des pertes et la préservation de la ressource.
Il souhaite également savoir comment éviter que les collectivités ayant déjà fortement amélioré leurs réseaux soient pénalisées lorsqu’elles veulent poursuivre leurs investissements.
Au 15 septembre 2026, date de la dernière mise à jour de la fiche du Sénat, la question était toujours en attente de réponse du ministère de la Transition écologique.
Pour la Martinique, le sujet mérite en tout cas d’être suivi. Le territoire doit encore améliorer fortement la performance globale de ses réseaux. Mais au-delà du pourcentage de rendement, une autre question mérite d’être posée à chaque opération : combien de mètres cubes d’eau cet investissement permettra-t-il réellement de ne plus perdre ?
C’est peut-être l’un des indicateurs les plus concrets pour mesurer l’efficacité de la politique de rénovation des réseaux.
À lire aussi sur Antilla : Eau en Martinique : « Nous sommes la Guadeloupe de demain ».
Sources :
Sénat, question écrite n° 09542 de Jean Hingray, « Réduction des fuites d’eau : repenser les critères de financement des collectivités », publiée au Journal officiel du Sénat le 16 juillet 2026.
Observatoire national des services publics d’eau et d’assainissement, SISPEA, données 2024 pour la Martinique : rendement du réseau de distribution d’eau potable de 68,8 % et pertes de 11,2 m³/km/jour.
Office international de l’eau, données SISPEA 2024 : rendement moyen des réseaux de distribution d’eau potable en France de 79,2 %.
Office de l’eau Martinique, documentation relative aux redevances et à la redevance pour la performance des réseaux d’eau potable.
Eau potable · Réseaux · Financement
Les fuites d’eau sont au cœur d’une question posée au Gouvernement par le sénateur Jean Hingray, qui relance un débat très concret : les aides publiques destinées à la rénovation des réseaux doivent-elles continuer à dépendre principalement de leur taux de rendement, ou faut-il davantage tenir compte des volumes d’eau réellement économisés ? Une interrogation nationale qui trouve un écho particulier en Martinique, où le rendement moyen du réseau de distribution d’eau potable atteignait 68,8 % en 2024.

À première vue, la question posée au Sénat concerne surtout les collectivités qui ont déjà beaucoup investi dans leurs réseaux d’eau potable. Mais derrière cette interrogation très technique se pose une question beaucoup plus large, et particulièrement importante pour la Martinique : comment décider quels travaux de réduction des fuites doivent bénéficier en priorité d’un financement public ?
Le 16 juillet 2026, le sénateur des Vosges Jean Hingray a interrogé le Gouvernement sur les critères d’éligibilité aux aides consacrées à la rénovation des réseaux d’eau potable. Il souligne que certaines modalités d’intervention des agences de l’eau peuvent conduire à ne plus considérer comme prioritaires certains travaux lorsque les réseaux ont déjà atteint des rendements de l’ordre de 85 %, voire 90 % dans certaines zones.
Le problème soulevé est celui d’un possible effet de seuil. Une collectivité qui a beaucoup investi pour améliorer son réseau pourrait finalement rencontrer davantage de difficultés pour financer les travaux permettant de gagner encore quelques points de rendement.
Le parlementaire propose donc de réfléchir autrement. Plutôt que de regarder uniquement un pourcentage, pourquoi ne pas tenir davantage compte du nombre de mètres cubes que les travaux permettraient réellement d’économiser ?
La question est loin d’être anodine. Un réseau important affichant 87 % de rendement peut encore perdre chaque année des volumes considérables. À l’inverse, quelques points de rendement gagnés sur un petit réseau peuvent représenter des volumes beaucoup plus faibles.
Derrière cette interrogation, une question simple apparaît : lorsqu’il s’agit d’argent public, doit-on seulement regarder le pourcentage de rendement d’un réseau ou également mesurer la quantité d’eau qui pourrait réellement être préservée ?
Repères 2024 · Données SISPEA citées dans l’article.
01Fuites d’eau en Martinique : un rendement de 68,8 %
La situation martiniquaise est évidemment différente de celle évoquée par Jean Hingray. Ici, les réseaux restent globalement loin des niveaux de 85 ou 90 % cités dans sa question.
Selon les données 2024 de l’Observatoire national des services publics d’eau et d’assainissement, le rendement moyen du réseau de distribution d’eau potable en Martinique s’établit à 68,8 %. Les pertes en réseau sont évaluées à 11,2 m³ par kilomètre de réseau et par jour.
À l’échelle française, le rendement moyen atteignait 79,2 % en 2024. Cela signifie qu’en moyenne environ un litre sur cinq mis en distribution n’arrive pas jusqu’au consommateur.
La comparaison donne une idée de l’ampleur du chantier martiniquais.
Mais la question parlementaire peut malgré tout être intéressante pour notre territoire. Car améliorer un réseau ne consiste pas uniquement à poursuivre un pourcentage. Il faut aussi déterminer où se trouvent les pertes les plus importantes et quels travaux permettront d’obtenir les résultats les plus significatifs.
Faut-il remplacer en priorité une canalisation parce que le secteur auquel elle appartient présente un mauvais rendement ? Ou parce que cette canalisation provoque à elle seule des pertes importantes ?
Faut-il prendre en compte le nombre de casses, les volumes perdus, le nombre d’abonnés concernés, les interruptions de service, les difficultés d’accès aux installations ou encore le coût nécessaire pour économiser un mètre cube d’eau ?
C’est finalement la question de l’efficacité de l’investissement qui est posée.
02Chaque mètre cube économisé compte
Pour la Martinique, l’enjeu est d’autant plus important que l’eau prélevée, traitée et transportée a un coût.
Lorsqu’une partie de cette eau disparaît avant d’arriver chez l’usager, ce sont également des moyens techniques, énergétiques et financiers qui ont été mobilisés sans atteindre leur objectif.
Les nouvelles règles de financement vont d’ailleurs dans le sens d’une plus grande prise en compte de la performance. Depuis 2025, une redevance pour la performance des réseaux d’eau potable est appliquée aux collectivités. Son montant est modulé notamment selon la performance du réseau de distribution.
L’Office de l’eau Martinique rappelle à ce sujet que la limitation des pertes constitue un enjeu important afin de réduire la pression des prélèvements sur les milieux aquatiques.
Il ne s’agit donc pas seulement de réparer des tuyaux. Il s’agit aussi de préserver une ressource, de limiter les volumes inutilement prélevés et traités et d’améliorer la qualité du service rendu aux abonnés.
03Mesurer ce que produit réellement l’investissement
La proposition soulevée au Sénat pourrait ainsi alimenter une réflexion plus large : compléter les indicateurs classiques de rendement par une mesure plus directe du résultat obtenu.
Deux réseaux affichant 70 % de rendement ne présentent pas forcément les mêmes caractéristiques. Leur longueur, le nombre d’abonnés, les volumes distribués, leur ancienneté ou encore leur configuration peuvent être très différents.
Un indicateur portant sur les volumes réellement économisés après travaux pourrait donc apporter une information supplémentaire.
On pourrait alors regarder non seulement le rendement avant et après les travaux, mais également le nombre de mètres cubes économisés, la diminution du nombre de fuites et de casses ou encore le coût de l’investissement rapporté au volume d’eau préservé.
En Martinique, cette approche pourrait permettre de mieux apprécier l’efficacité réelle des investissements engagés sur les réseaux.
04Une question toujours en attente de réponse
Jean Hingray demande précisément au Gouvernement s’il envisage de faire évoluer les critères d’attribution des aides afin qu’ils prennent davantage en compte les volumes réellement économisés, la réduction effective des pertes et la préservation de la ressource.
Il souhaite également savoir comment éviter que les collectivités ayant déjà fortement amélioré leurs réseaux soient pénalisées lorsqu’elles veulent poursuivre leurs investissements.
Au 15 septembre 2026, date de la dernière mise à jour de la fiche du Sénat, la question était toujours en attente de réponse du ministère de la Transition écologique.
Pour la Martinique, le sujet mérite en tout cas d’être suivi. Le territoire doit encore améliorer fortement la performance globale de ses réseaux. Mais au-delà du pourcentage de rendement, une autre question mérite d’être posée à chaque opération : combien de mètres cubes d’eau cet investissement permettra-t-il réellement de ne plus perdre ?
C’est peut-être l’un des indicateurs les plus concrets pour mesurer l’efficacité de la politique de rénovation des réseaux.
À lire aussi sur Antilla : Eau en Martinique : « Nous sommes la Guadeloupe de demain ».
Sources :
Sénat, question écrite n° 09542 de Jean Hingray, « Réduction des fuites d’eau : repenser les critères de financement des collectivités », publiée au Journal officiel du Sénat le 16 juillet 2026.
Observatoire national des services publics d’eau et d’assainissement, SISPEA, données 2024 pour la Martinique : rendement du réseau de distribution d’eau potable de 68,8 % et pertes de 11,2 m³/km/jour.
Office international de l’eau, données SISPEA 2024 : rendement moyen des réseaux de distribution d’eau potable en France de 79,2 %.
Office de l’eau Martinique, documentation relative aux redevances et à la redevance pour la performance des réseaux d’eau potable.




