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Description de la photographie : le Premier ministre de Sainte-Lucie, Philip J. Pierre, s’adresse à l’Assemblée générale des Nations unies. Vêtu d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’une cravate bleu clair aux couleurs de Sainte-Lucie, il se tient derrière un pupitre noir orné de l’emblème doré de l’ONU, devant un fond de marbre vert foncé.
Légende : Philip J. Pierre, Premier ministre de Sainte-Lucie, ministre des Finances, du Développement économique et de l’Économie des jeunes, ainsi que ministre de la Justice et de la Sécurité nationale, intervient lors du débat général de la quatre-vingt-unième session de l’Assemblée générale.
Photo : © UN Photo/Loey Felipe
De la réforme du Conseil de sécurité au financement climatique, les États membres de la CARICOM ont défendu cinq priorités communes lors de la 81e Assemblée générale, appelant à une ONU capable de produire des résultats.
Lorsque les dirigeants mondiaux se sont réunis en septembre au siège des Nations unies, à New York, pour débattre de l’avenir de la coopération internationale, la Caraïbe, qui compte certains des plus petits États présents, a clairement plaidé pour un changement.
Les États membres de la Communauté caribéenne (CARICOM) ont utilisé le débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies pour réclamer un système multilatéral plus équitable. Chacun avec ses mots, ils ont exprimé un message commun : les engagements pris envers les petits États doivent enfin se traduire par des actes. Le Premier ministre de Sainte-Lucie, Philip J. Pierre, président de la CARICOM, l’a formulé sans détour :
« Cette Assemblée ne devrait pas être un lieu où le monde exprime sa compassion sans assumer ses responsabilités. Nous avons besoin d’action. Nous avons besoin de justice. Et nous avons besoin d’un nouveau pacte international fondé sur les principes plutôt que sur la puissance. »
Cet appel régional est intervenu dans une période mouvementée. Organisé pendant la semaine de haut niveau sur le thème « Rétablir la confiance, gérer la transformation : des Nations unies qui produisent des résultats pour tous », le débat de cette année s’est déroulé sur fond de guerres au Moyen-Orient, en Ukraine et au Soudan, de hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, et de réduction des budgets d’aide.
Quatorze États membres de la CARICOM ont pris la parole. Six de leurs interventions ont été prononcées par des femmes, un record régional représentant environ un quart de toutes les femmes intervenues dans le débat. Du financement climatique à l’intelligence artificielle, cinq priorités communes ont traversé les déclarations de la région, traduisant une conviction : les petits États sont plus forts lorsqu’ils parlent d’une même voix.
Une place à la table des décisions : une représentation plus équitable dans la gouvernance mondiale
Toutes les délégations de la CARICOM ont demandé une réforme du système multilatéral, huit d’entre elles visant plus particulièrement le Conseil de sécurité des Nations unies.
« Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité qui reflète les réalités géopolitiques du XXIe siècle, et non les structures de pouvoir de 1945 », a déclaré le président du Guyana, Irfaan Ali, dont le pays a occupé un siège de membre non permanent au Conseil en 2024 et 2025.
Antigua-et-Barbuda a demandé une représentation spécifique des petits États insulaires en développement. Trinité-et-Tobago, élue au Conseil pour 2027 et 2028, s’est engagée à apporter à ses travaux « le point de vue et l’expérience d’un petit État insulaire en développement ».
Pour le président Ali, la réforme de l’ONU était « indissociable de la question de sa direction », notamment du choix du prochain secrétaire général. Le mandat d’António Guterres s’achevant cette année, neuf autres délégations caribéennes se sont jointes au Guyana pour soutenir la candidature de sa représentante permanente auprès des Nations unies, Carolyn Rodrigues-Birkett, à sa succession.
Financer avant la tempête : climat et survie
Les quatorze délégations ont évoqué le changement climatique. Plusieurs ont souligné que les pays les moins responsables de la hausse des températures en paient le prix le plus élevé.
La plupart ont également réclamé un accès plus rapide à des financements climatiques abordables. Huit ont demandé aux institutions financières internationales d’utiliser l’Indice de vulnérabilité multidimensionnelle des Nations unies.
Cet indice mesure l’exposition d’un pays aux catastrophes et aux chocs économiques. Son utilisation permettrait donc de prendre en compte les risques, et pas seulement les revenus, pour déterminer les conditions d’accès aux financements concessionnels.
« La vulnérabilité n’est pas une statistique », a déclaré à l’Assemblée Geoffrey Hanley, vice-Premier ministre de Saint-Christophe-et-Niévès, ajoutant que « les tempêtes n’attendent pas que l’on examine le revenu national brut par habitant ».
La présidente de la Dominique, Sylvanie Burton, a plaidé pour la prévention : « Le meilleur moment pour financer la transformation, c’est avant la crise. »
Pour les États insulaires et côtiers de faible altitude, la montée des eaux constitue une menace existentielle. Antigua-et-Barbuda, les Bahamas et Saint-Christophe-et-Niévès ont insisté sur le fait que perdre des terres ne doit jamais signifier perdre sa qualité d’État, faisant écho à la nouvelle déclaration des Nations unies sur l’élévation du niveau de la mer.
Des règles pour une nouvelle époque : gouverner l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle figurait parmi les préoccupations les plus largement partagées : treize des quatorze délégations l’ont abordée. Beaucoup l’ont présentée comme une question de pouvoir : qui établit les règles et qui en récolte les bénéfices ?
« À mesure que l’ère de l’intelligence artificielle se développe, sa gouvernance ne peut être laissée aux pratiques volontaires des entreprises ou à un petit nombre d’États technologiquement avancés », a déclaré la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley.
Le Premier ministre des Bahamas, Philip Davis, a mis en garde contre une « colonisation par les données », dans laquelle les données des citoyens « quittent nos rivages comme matière première et reviennent sous forme de produits que nous devons acheter ».
La Première ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, a abordé la question sous un autre angle. Reprenant l’appel du président américain Donald Trump à rebaptiser l’intelligence artificielle « superintelligence », elle s’est concentrée sur les implications de cette technologie pour la paix et la sécurité internationales. Elle s’est engagée à en faire une priorité pendant le mandat de son pays au Conseil de sécurité en 2027 et 2028.
Une nécessité : pourquoi les petits États défendent le multilatéralisme
Le soutien au multilatéralisme a été unanime parmi les quatorze délégations, et de nombreux dirigeants ont exposé les enjeux sans détour.
La présidente du Suriname, Jennifer Geerlings-Simons, a déclaré que, sans un ordre international fondé sur des règles, « comme beaucoup d’autres nations vulnérables, nous ne pouvons tout simplement pas exister en tant que pays souverains ».
Le Premier ministre des Bahamas, Philip Davis, a adressé cet argument aux puissants : « Défendre les règles n’est pas une faveur accordée aux petits. C’est une assurance pour les grands. »
Les dirigeants ont également réclamé davantage d’équité, tant dans l’application actuelle des règles que dans le traitement des injustices du passé. Onze délégations ont appelé au dialogue et à des mesures pour soulager la population cubaine. Neuf ont demandé une justice réparatrice, à la suite de la résolution adoptée par l’Assemblée en mars 2026 déclarant la traite et la réduction en esclavage des Africains comme le crime le plus grave contre l’humanité.
« Le passé n’appartient pas au passé lorsque ses conséquences déterminent encore qui est riche et qui est pauvre dans le monde d’aujourd’hui », a déclaré le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Godwin Friday.
Cette crise est aussi la nôtre : soutenir Haïti
Peu de questions ont pesé aussi lourdement sur la région que celle d’Haïti. Sa crise sécuritaire et humanitaire a été évoquée dans treize des quatorze interventions caribéennes.
« La crise d’Haïti est notre crise. Haïti, c’est la Caraïbe », a déclaré à l’Assemblée le Premier ministre du Belize, John Briceño.
Deux messages sont revenus régulièrement : un soutien sécuritaire est nécessaire dès maintenant, et les solutions durables doivent être conduites par les Haïtiens eux-mêmes. Dans cette perspective, le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a appelé à passer « de l’aide à l’investissement, de l’assistance à la production, de la dépendance au partenariat ».
Neuf délégations, dont celle d’Haïti, ont demandé un soutien accru à la Force de répression des gangs.
« Les gangs armés ne peuvent être autorisés à déterminer l’avenir d’Haïti, ni celui de la région », a déclaré la ministre jamaïcaine des Affaires étrangères, Kamina Johnson Smith. Son pays avait participé à la mission de sécurité dirigée par le Kenya, à laquelle cette force a succédé.
Le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Godwin Friday, a attiré l’attention sur les armes illégales qui alimentent la violence : « Nous ne fabriquons pas ces armes dans la Caraïbe. »
Le Premier ministre de Sainte-Lucie, Philip J. Pierre, a déclaré que cette crise « exige davantage que des déclarations d’inquiétude ». Il a rappelé les efforts de la CARICOM pour réunir les responsables politiques et les représentants de la société civile haïtienne en amont des élections.
La représentante permanente de la Grenade auprès des Nations unies, Ingrid Jackson, a ajouté : « Haïti n’est pas un État failli. Haïti représente une promesse qui reste à accomplir. »
Des paroles aux actes : la voie à suivre
La région est venue à New York demander au monde d’agir, plutôt que d’exprimer sa compassion. Elle en est repartie après avoir plaidé pour des Nations unies plus équitables et plus représentatives, avec une attente claire : que les engagements pris envers les petits États soient respectés.





