Deux ans après le protocole d’octobre 2024, la mobilisation relancée le 19 octobre par le RPPRAC révèle une double impasse : un collectif qui peine à rassembler et des engagements publics encore inaboutis.
Dillon, deux ans après
Une cinquantaine de personnes à Dillon, selon Martinique La 1ère : le contraste avec la mobilisation de 2024 est net. Ce rassemblement ne mesure pas toute l’adhésion à la lutte contre la vie chère, mais confirme un essoufflement. Le RPPRAC conserve une capacité de perturbation supérieure à sa force de mobilisation.
Une nuit sous tension
La veille, plus d’une vingtaine de barrages avaient été dressés dans dix-huit communes, selon la préfecture. Les principaux axes étaient dégagés lundi matin, mais les conséquences demeuraient : transports perturbés, établissements au distanciel, dispositif de crise au CHU et escale de croisière annulée.
Commerces saccagés, véhicules incendiés et braquages ont également marqué la nuit. Leur concomitance ne permet pas de les imputer au RPPRAC. Elle rappelle cependant que le désordre favorise une criminalité dont commerçants, salariés et familles sont les premières victimes.
Un protocole à mi-chemin
Signé sans le RPPRAC, le protocole visait une baisse moyenne de 20 % sur 54 familles de produits. Quatre leviers étaient prévus : suppression de l’octroi de mer, TVA nulle, compensation des frais d’approche et tarifs « export ».
Les deux mesures fiscales ont été appliquées. Les deux autres restent attendues. Le cinquième bilan de la DGCCRF mesure une baisse moyenne de 11,3 % sur les familles exonérées des deux taxes, par rapport à la période précédant l’accord.
Le résultat existe, mais reste loin de l’objectif. L’effort repose surtout sur les recettes fiscales abandonnées ; les mécanismes complémentaires demeurent bloqués. Et ce panier alimentaire ne couvre ni logement, ni énergie, ni carburant, ni billets d’avion : le ressenti des ménages dépasse son périmètre.
Le diagnostic de l’Autorité
L’Autorité de la concurrence souligne les causes structurelles de la cherté : marché étroit, dépendance aux approvisionnements hexagonaux, fiscalité et frais d’approche.
Sur les marges, son constat est nuancé : les données disponibles présentent des similitudes avec l’Hexagone, mais éclairent insuffisamment les groupes intégrés et leurs facturations internes. Elle réclame une collecte contraignante des données et des moyens pour l’observatoire des prix. L’opacité ne prouve pas l’abus ; elle entretient la défiance.
Le pari de la rupture
Le RPPRAC exige désormais le départ du préfet et la démission du président du conseil exécutif avant de renouer le dialogue local. Il réclame un interlocuteur gouvernemental doté d’un véritable mandat.
Cette stratégie déplace la revendication des prix vers les institutions. Elle comporte une contradiction : récuser les responsables du suivi du protocole complique l’exigence de comptes. En appelant Paris, le collectif rejoint pourtant Serge Letchimy sur un point : l’État doit tenir ses engagements.
On peut partager la colère sans approuver ces préalables politiques.
Au-delà de la Martinique
Les mobilisations dans l’Hexagone et les tensions ultramarines donnent une dimension nationale au dossier. Condamner les pillages est nécessaire. Exécuter les engagements et faire avancer le projet de loi contre la vie chère l’est tout autant. Le pouvoir d’achat ne saurait être ramené au seul maintien de l’ordre.
Sortir de l’usure
La population n’a rien à gagner à de nouveaux blocages ni à l’enlisement. Le protocole arrivant à échéance fin 2027, il faut actionner les leviers restants, publier des bilans compréhensibles et éclairer les marges.
Des résultats « concrets, vérifiables et visibles dans les prix » : cette exigence doit servir de cahier des charges à tous. À condition de devenir une méthode.
Gérard Dorwling-Carter




