On doit vouloir davantage de responsabilités locales sans croire qu’un nouveau statut résoudra, à lui seul, les difficultés de la Martinique. Une institution peut donner de nouveaux leviers ; elle ne garantit ni leur bon usage ni les résultats attendus. Les difficultés financières des collectivités, leurs retards d’action et la complexité du partage des compétences rappellent qu’un pouvoir supplémentaire sera utile quand il s’accompagnera de moyens, d’une organisation efficace et d’une responsabilité clairement assumée. C’est sur cet axiome que doivent s’unir les martiniquais qui aiment leur pays et souhaitent le progrès de sa population.
Des urgences qui attendent des réponses
Les urgences concrètes sont connues. La gestion des déchets reste un défi quotidien, entre collecte, traitement et partage des responsabilités. L’accès à une eau potable régulière et de qualité demeure une attente fondamentale. Les transports publics peinent à répondre aux besoins : services interrompus ou insuffisants, déplacements difficiles, dépendance à la voiture et coûts élevés pour les ménages.
La petite agriculture pose une autre question essentielle : comment soutenir les producteurs, faciliter leur accès au foncier, à l’eau, aux équipements et aux débouchés ? La dépendance aux importations rend cet enjeu encore plus pressant. Produire davantage localement peut renforcer la sécurité alimentaire, mais cela suppose une politique durable, construite avec les agriculteurs et adaptée aux réalités du territoire.
La vie chère, enfin, pèse sur les familles et nourrit le sentiment que les décisions publiques ne changent pas assez leur quotidien. Elle ne se résoudra pas par un changement de statut seul. Il faut agir – et vite -sur les circuits d’approvisionnement, la concurrence, les coûts de transport, la production locale et la répartition des revenus, en évaluant précisément les effets des mesures prises.
Et il faudra bien trouver une solution pour inciter la jeunesse à revenir s’installer au pays et mettre à sa disposition les compétences acquises à l’extérieur.
Le consentement ne se présume pas
L’histoire récente invite à la prudence. En janvier 2010, les électeurs martiniquais ont rejeté le passage à l’article 74, tout en approuvant, deux semaines plus tard, la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73. Ce choix exprimait une volonté de simplification institutionnelle, mais aussi une réserve à l’égard de l’autonomie alors proposée. Le consentement populaire ne se présume pas : il se construit par une information claire, un débat ouvert et des garanties précises. Or en l’état du désordre qui règne en France nous n’avons aucune Assurance sur le futur.
En 2028, des programmes à mettre à l’épreuve
À l’approche des élections de la CTM en 2028, une question devrait donc s’imposer : quel contenu politique et économique les candidats proposeront-ils aux Martiniquais ? Au-delà des débats sur le statut et les compétences, les programmes devront dire quelles priorités ils fixent, comment ils comptent les financer et selon quel calendrier ils agiront. Que proposeront-ils pour rétablir durablement les services d’eau, organiser la filière des déchets, garantir des transports publics fiables, soutenir la petite agriculture et réduire la vie chère ? Sans oublier les questions qui relèvent de la biodiversité Comment amélioreront-ils la gestion des collectivités et rendront-ils compte de leurs résultats ?
Les électeurs auront besoin de propositions vérifiables, pas seulement de promesses générales ou d’un catalogue de projets. Un programme crédible devra préciser les responsabilités de la CTM, celles de l’État, des intercommunalités et des opérateurs, ainsi que les moyens humains et financiers mobilisés. Il devra aussi indiquer comment les habitants seront associés aux choix et comment les engagements seront évalués.
Relier les pouvoirs aux résultats
Demander ces précisions n’est pas refuser le changement. C’est prendre la responsabilité au sérieux. Une évolution institutionnelle peut ouvrir de nouveaux leviers, mais elle ne constitue ni une politique économique ni une garantie de prospérité. La Martinique n’a pas à choisir entre l’immobilisme et l’adhésion sans conditions. Elle peut exiger un projet qui relie clairement les pouvoirs revendiqués aux améliorations attendues dans la vie quotidienne.
Gérard Dorwling-Carter





