Deux ans après le protocole d’octobre 2024, le RPPRAC a relancé le 19 octobre sa mobilisation. Barrages nocturnes, rassemblement limité à Dillon, exigences politiques : cette journée interroge les résultats de la lutte contre la vie chère et l’adhésion aux méthodes du collectif.
Dillon, deux ans après
Le 19 octobre 2024, une foule importante répondait à l’appel de Rodrigue Petitot au marché de gros de Dillon. Deux ans plus tard, le rassemblement devant Carrefour Dillon réunit quelques dizaines de personnes. France-Antilles évoque une petite trentaine de manifestants ; RCI parle de plusieurs dizaines. Le magasin ferme en milieu d’après-midi.
Le contraste mérite attention, sans autoriser de conclusion générale sur l’opinion. L’affluence à cette action ne mesure ni le soutien à la lutte contre la vie chère ni l’adhésion aux exigences politiques du RPPRAC. Elle montre toutefois qu’une présence militante réduite peut suffire à interrompre une activité commerciale. Capacité de rassemblement et capacité de perturbation doivent être distinguées.
Une nuit sous tension
Dans la nuit du 18 au 19 octobre, plus d’une vingtaine de barrages, dont certains incendiés, sont recensés dans dix-huit communes, selon la préfecture. Lundi à 9 heures, les axes principaux sont dégagés, avec notamment l’appui des blindés Centaure à Fort-de-France et au Lamentin. Six personnes ont été interpellées.
Un commerce de Saint-Pierre et un grossiste pharmaceutique du Robert ont été saccagés, plusieurs véhicules incendiés. Cinq vols à main armée ont été signalés au Lamentin et à Fort-de-France. La préfecture évoque au moins une équipe lourdement armée qui semblait profiter des troubles.
Les enquêtes doivent établir les responsabilités. La condamnation des violences doit rester ferme, sans confondre leurs auteurs avec les participants pacifiques à une action revendicative.
Un protocole à mi-chemin
Signé le 16 octobre 2024 sans le RPPRAC, le protocole visait une baisse moyenne de 20 % sur environ 6 000 produits alimentaires. Il mobilisait notamment les exonérations de TVA et d’octroi de mer, la réduction des frais d’approche et l’obtention de tarifs export auprès des fournisseurs hexagonaux.
Le cinquième bilan préfectoral, publié en juillet 2026, porte sur janvier 2025-avril 2026. Par rapport aux six mois précédant la signature, il mesure une baisse moyenne de 11,3 % pour les produits des 54 familles exonérées de TVA et d’octroi de mer, et de 4,7 % pour les 15 familles bénéficiant uniquement de la TVA nulle.
Les baisses sont donc documentées sur les produits suivis. L’objectif de 20 % demeure cependant à atteindre. Interrogé par RCI le 19 octobre, Patrick Plantard, président de l’Observatoire des prix, soulignait les effets des leviers fiscaux et les progrès attendus sur les frais d’approche et les tarifs export. L’AFOC jugeait les résultats insuffisamment perceptibles pour les consommateurs.
Le budget des ménages dépend aussi des produits hors dispositif, du carburant, de l’énergie et du logement. Une baisse sur certaines références ne suffit pas à mesurer le gain sur l’ensemble des dépenses. L’évaluation doit préciser les périodes comparées et l’effet sur un panier représentatif.
Le diagnostic de l’Autorité
Dans son avis du 10 février 2026, l’Autorité de la concurrence rappelle les écarts mesurés par l’Insee en 2022 : 13,8 % pour l’ensemble des prix à la consommation, environ 40 % pour l’alimentation.
L’Autorité relève des causes structurelles : marché étroit, dépendance aux approvisionnements hexagonaux, fiscalité et frais d’approche. Sur les données disponibles, elle ne constate pas de marges des groupes de distribution intégrés notablement supérieures à celles de l’Hexagone. Elle rappelle cependant les difficultés d’analyse des facturations internes aux groupes et recommande un recueil régulier et obligatoire des données sur les prix et les marges.
Cette transparence doit permettre de comprendre où se forment les coûts, où se répartissent les bénéfices et quelles baisses sont possibles à chaque étape.
Le pari de la rupture
Le RPPRAC exige le départ du préfet et la démission de Serge Letchimy avant reprise du dialogue local. Il se dit prêt à négocier avec un émissaire du gouvernement. La stratégie interroge : comment obtenir l’exécution des engagements tout en exigeant le départ des interlocuteurs chargés de les suivre ? En sollicitant Paris, le collectif souligne aussi le rôle de l’État dans les leviers encore attendus. La demande de résultats sur les prix se double désormais d’une contestation des responsables publics.
Au-delà de la Martinique
En Guadeloupe, où le collectif Nou Las Palé porte également une mobilisation contre la vie chère, trois policiers ont été blessés par balles dans la nuit du 17 au 18 octobre. Un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés d’un adulte exerçant l’autorité parentale a été instauré à Pointe-à-Pitre et aux Abymes, du 18 à 20 heures au 19 à 6 heures.
La nuit suivante, du 18 au 19, le bilan préfectoral relayé par l’AFP fait état de 44 interpellations, dont une majorité de mineurs, et de pillages aux Abymes. Il indique toutefois l’absence de trouble grave dans le centre de Pointe-à-Pitre durant cette seconde nuit.
Sortir de l’usure
La journée du 19 octobre confronte le RPPRAC à l’enjeu de l’adhésion et les pouvoirs publics à celui des résultats. Rétablir la circulation répond à une urgence ; rendre compte des engagements pris demeure tout autant indispensable.
Une prolongation des blocages fragilise les entreprises, les emplois et les familles. La sortie de crise exige des baisses vérifiables, des bilans lisibles, une transparence accrue sur les marges et un dialogue capable de faire aboutir les mesures encore attendues.
Gérard Dorwling-Carter
20 octobre 2026. Bilans de sécurité et de circulation publiés le 19 octobre.




