Comment faire de la Guyane une société « moderne, prospère et solidaire » en 10, 15 ou 20 ans ? Le mathématicien et économiste Nestor Radjou répond par une voie de développement « endogène » : assainir la société, aménager le territoire et industrialiser l’économie, dans un projet mené ensemble par l’État et les collectivités guyanaises. Antilla publie une présentation de son texte, à lire en intégralité en fin d’article.
Après « Les vrais handicaps au développement de la Guyane », publié en mai sur notre site, Nestor Radjou passe du diagnostic aux solutions. Dans Brèves voies de développement de la Guyane, il cherche à « imaginer comment réaliser cette Guyane développée de demain ».
Un territoire « riche dans son environnement géographique pauvre »
Le point de départ reste le même. Pour l’auteur, la Guyane est une région française qui présente pourtant « toutes les caractéristiques d’un pays sous-développé » : une population qui croît plus vite que la production, un chômage, une pauvreté et un illettrisme très élevés, une balance commerciale structurellement déficitaire. Mais grâce aux libertés démocratiques, à la protection sociale et aux ressources que lui garantit son statut, elle « apparaît riche dans son environnement géographique pauvre ».
Faute de capitaux et de compétences suffisants, explique-t-il, elle ne peut pas se développer seule. Il écarte l’indépendance, qui pourrait selon lui la placer « sous une autre tutelle (Chine, Russie, Brésil, multinationale…) », et plaide pour un développement conçu dans le cadre institutionnel actuel.
Penser la Guyane des sociétés « 4.0 »
Avant de parler de la Guyane, l’auteur décrit ce que seront, selon lui, les sociétés développées de demain. La troisième révolution industrielle remplace le trio énergie, moteur et travail salarié par un nouveau quatuor : énergie décarbonée, numérisation, automatisation et intelligence artificielle. Les économies « 4.0 » qui en sortiront, probablement dans la seconde moitié du siècle, compteront un secteur matériel largement automatisé et un secteur immatériel de services, de connaissance et de loisirs.
C’est dans cette perspective que la Guyane devrait s’industrialiser, sans copier le modèle « polluant et obsolète » des pays industrialisés, mais en choisissant d’emblée une « économie industrielle circulaire décarbonée ».
« Plutôt que de s’évertuer à réclamer plus d’indépendance, les leaders guyanais devraient proposer à l’État un véritable projet de développement. »
Une gouvernance commune, des collectivités réorganisées
Nestor Radjou plaide pour une politique « keynésienne » de grands travaux, conduite ensemble par l’État et les collectivités territoriales guyanaises, qu’il désigne sous le sigle CT-G. Il propose aussi de nationaliser certains secteurs, comme l’électricité, l’eau ou les transports en commun.
Il demande une réorganisation profonde des collectivités : mutualisation, numérisation, externalisation des missions et réduction des effectifs. Selon son calcul, diviser par deux les charges de fonctionnement de 2024 aurait dégagé plus de 600 millions d’euros d’économies et permis d’investir au moins un milliard d’euros.
Sécuriser et aménager le territoire
Sur le foncier, l’auteur cite l’atlas 2016 de l’Observatoire foncier de la Guyane : sur plus de 65 000 parcelles, 30 % comptent plusieurs propriétaires et 76 % sont des propriétés privées. Il propose une réforme territoriale, avec des communes de moins de 1 000 km² et l’érection en communes des écarts de plus de 500 habitants, ainsi qu’une Commission judiciaire foncière pour cadastrer le territoire et régler les litiges.
Contre l’immigration clandestine, les trafics et le pillage des ressources, de l’or au poisson, il suggère un Observatoire territorial des activités illicites et informelles, doté de moyens de surveillance par satellite et de brigades mobiles. Et comme la Guyane n’atteindra probablement pas un million d’habitants en 2100, il recommande de concentrer l’aménagement sur une zone d’environ 10 000 km², en 4 à 5 ans de grands travaux.
Assainir et rassembler la société guyanaise
L’auteur appelle à une « thérapie de choc ». Il avance plusieurs chiffres, dont 36 % d’étrangers dans la population et plus de 40 % des 18-64 ans en situation d’illettrisme. Il plaide pour une langue commune, le français, des valeurs civiques partagées et un « cadre identitaire » commun aux différentes communautés.
Ses propositions : une Instance d’évaluation et d’adaptation territoriales des politiques publiques, créée par la Collectivité territoriale de Guyane et les parlementaires ; un établissement public unique pour la formation, l’éducation populaire et l’intégration ; un « Second pôle éducatif » porté par la CTG ; une « Université 4.0 » regroupant les organismes de recherche installés en Guyane.

Une banque publique pour financer l’industrialisation
Pour Nestor Radjou, l’économie guyanaise reste une économie de rente : plus de 3 milliards d’euros de transferts nationaux en 2024, pour un déficit commercial de 2 milliards. L’argent « arrive massivement de l’extérieur, circule […] et repart presque aussitôt » sans créer d’accumulation de capital.
Il propose donc une banque publique locale de développement, qui recevrait notamment les rémunérations des agents publics. Avec la mutualisation des collectivités, cela dégagerait selon lui au moins 2 milliards d’euros par an. Priorité serait donnée à la forêt, au bois, à l’agriculture, à la pêche et à la biodiversité, en attendant de disposer des compétences pour l’exploitation minière.
« Les outils techniques et les financements existent ; il faut seulement les utiliser, voire les adapter. »
Ses principales propositions
- Un projet de développement commun à l’État et aux collectivités guyanaises
- Des grands travaux d’aménagement sur 4 à 5 ans, concentrés sur environ 10 000 km²
- Une réforme territoriale et une Commission judiciaire foncière
- Un Observatoire territorial des activités illicites et informelles
- Une banque publique locale de développement
- Une Université 4.0 et un Second pôle éducatif
Télécharger le texte intégral de Nestor Radjou (PDF, 17 pages)





