Désigné le 29 octobre à la présidence du MEDEF Martinique, Jean-Marc Ampigny assure un intérim dans un contexte de tensions internes. Il veut remettre les statuts en conformité, organiser de nouvelles élections et s’y présenter. Mais le chef d’entreprise entend aussi parler davantage aux Martiniquais. Vie chère, violences, relations avec les élus : il défend une conviction, les entreprises et la population ont un avenir commun.
Repères
Chef d’entreprise depuis 1990, président du groupe Vilea et ancien président de la CGPME, Jean-Marc Ampigny, 62 ans. Au lendemain de sa désignation, il répond aux questions d’Antilla.
Vous prenez la présidence du MEDEF Martinique. Quelle est votre première mission ?
Jean-Marc Ampigny : Je tiens d’abord à préciser qu’il s’agit d’une présidence d’intérim. Avec le conseil d’administration, nous devons remettre en place les conditions d’apaisement pour que le MEDEF retrouve son rôle dans les meilleurs délais.
Le premier travail consiste à mettre les statuts du MEDEF Martinique en conformité avec ceux du MEDEF national. C’est une demande de celui-ci. À mon avis, ce travail nous occupera encore quelques semaines. Il faudra ensuite réunir une assemblée générale extraordinaire pour que les adhérents entérinent ces statuts, avec un travail d’explication. Puis viendra une assemblée générale ordinaire pour organiser les élections. Je souhaite que nous puissions y aller le plus vite possible.
Les tensions internes ont été rendues publiques. Que souhaitez-vous répondre ?
Je ne reviendrai pas sur cela. Chaque chose doit se régler dans les bons espaces de discussion. Mais je voudrais rappeler que 21 administrateurs ont considéré qu’il fallait faire évoluer la situation dans le rapport avec la présidence précédente. Le poids d’un tel positionnement mérite réflexion.
Autour de la table siègent des chefs d’entreprise et des gestionnaires d’expérience. Certains dirigent des activités depuis des dizaines d’années. Ce ne sont pas des personnes que l’on peut présenter comme simplement influençables.
Quand on préside une structure, on est mandataire. On doit animer une équipe, expliquer, rassurer et porter à l’extérieur les attentes de ceux que l’on représente. Il faut rester en ligne avec ses mandants.
Cette présidence provisoire peut-elle se prolonger ? Serez-vous candidat ensuite ?
Je ne souhaite pas que cette période transitoire dure. Il y a déjà beaucoup de choses à faire, mais je veux qu’on aille aux urnes. Aucune date n’est arrêtée à ce stade, puisqu’elle dépend du travail que nous devons mener sur les statuts.
Et oui, je serai candidat. Si je suis réélu, mon souhait sera notamment de faire converger davantage les différents acteurs du territoire.
« Je veux qu’on aille aux urnes. »
Vous avez créé vos premières activités en 1990. Qu’est-ce qui vous pousse à vous engager au-delà de vos entreprises ?
Je suis convaincu que les entreprises martiniquaises ne sont pas hors sol. Elles prennent racine dans un territoire. C’est la qualité de ce territoire qui leur permet de porter des fruits au bénéfice de la population, sur le plan social mais aussi dans la structuration du territoire.
Cette conviction m’a conduit très tôt à m’intéresser au rôle des institutions et des corps intermédiaires. J’y ai consacré du temps en dehors de mon entreprise, parfois même au détriment de mes activités personnelles.

Entre le MEDEF, les autres organisations patronales et les associations d’entreprises, le public peut avoir du mal à s’y retrouver. Qu’est-ce qui distingue votre rôle ?
Il faut l’expliquer. Une chambre de commerce, une association qui communique sur les entreprises et un syndicat patronal représentatif n’ont pas les mêmes missions, même si chacun a son utilité.
Le MEDEF est un syndicat interprofessionnel. Il réunit différents secteurs d’activité, l’agriculture, l’industrie, le commerce, le tourisme, les services ou le bâtiment, qui doivent être représentés. Son rôle ne se limite pas à animer un réseau. Les organisations patronales représentatives sont des interlocuteurs des pouvoirs publics et siègent dans des organismes paritaires. Elles participent donc aussi à leur gestion. Cette responsabilité est insuffisamment comprise.
« Les entreprises martiniquaises ne sont pas hors sol. »
Face aux blocages, aux menaces et aux dégradations, quel message voulez-vous faire passer ?
Je souhaite d’abord m’adresser à la population martiniquaise. Les entreprises vivent dans le même environnement que les habitants. Lorsqu’on est empêché de circuler, lorsqu’on subit des menaces ou des dégradations, on ne peut pas rester muet.
Le droit de grève est un droit essentiel, qui s’exerce dans un cadre. Mais les scènes d’émeutes dont nous parlons ont considérablement fragilisé l’économie martiniquaise et les Martiniquais eux-mêmes. L’espace public doit être préservé et rester accessible.
Comment tenir ce discours sans donner le sentiment de minimiser la vie chère ?
Il y a un vrai problème de vie chère. Les entreprises y sont confrontées elles aussi. Le coût du carburant, du transport, la dépendance aux approvisionnements maritimes et le contexte international pèsent sur leurs activités. Les dégradations fragilisent encore les équilibres que l’on essaie de trouver et les efforts engagés autour du protocole sur la vie chère.
Mais il faut aussi parler des salariés. Un chef d’entreprise qui a un salarié incapable de faire face à ses besoins vitaux ne peut pas y être indifférent. Ce salarié n’est pas dans les conditions nécessaires pour produire de la valeur ajoutée.
C’est aussi pour cela que je veux que le MEDEF parle davantage à la population. Nous devons expliquer ce qu’est une entreprise, sa fragilité et sa finalité.
« L’entreprise n’est pas un problème. L’entreprise est une solution. »
Comment comptez-vous travailler avec les autres organisations économiques et les responsables politiques ?
Le monde économique a déjà avancé vers davantage d’unité. Chacun a sa particularité et son discours, mais les préoccupations se rejoignent : trouver les conditions pour exercer une activité, la développer et produire de la valeur ajoutée.
Cette valeur ajoutée permet au tissu économique et social de trouver l’équilibre nécessaire au bien-être. Quand cet équilibre se rompt, on entre dans des situations conflictuelles.
Mon souhait, c’est que l’on arrête de se regarder en chiens de faïence. Il n’y a pas deux Martinique, ni une Martinique des responsables politiques d’un côté et une Martinique des chefs d’entreprise de l’autre. Nous avons l’obligation de converger, même si chacun défend son point de vue. Il faut arriver à définir une idée commune.
Vous évoquez Martinique 2050. Qu’est-ce qui vous paraît le plus urgent ?
Les dix prochaines années, elles sont capitales pour la Martinique. Faire converger les différents acteurs peut paraître naïf ou utopique, mais je pense que c’est indispensable dans la période extrêmement difficile que nous traversons.
Le tissu économique martiniquais est au service des Martiniquais. L’entreprise n’est pas un problème. L’entreprise est une solution. Encore faut-il arriver à l’expliquer et à faire partager cette idée.
On ne fait pas de champions sans adhésion. Si nous voulons une Martinique dont les habitants soient fiers, avec des gens en bonne santé, heureux d’y vivre, il faut que nous soyons capables de produire la valeur ajoutée qui permette de satisfaire cet équilibre.
Propos recueillis par Philippe Pied.





