Enfant de Pont Viard, ancien footballeur devenu dirigeant du Club Colonial et militant de longue date du Parti progressiste martiniquais, Antoine Wiltord s’est éteint à l’âge de 82 ans. Technicien du bâtiment reconnu et Foyalais profondément attaché à sa ville, il laisse le souvenir d’un homme de conviction, de transmission et de fidélité.
Né le 28 octobre 1943 à Fort-de-France, Achille Simon Antoine Wiltord grandit dans le quartier de Pont Viard, auprès de sa mère et de ses trois sœurs. Son père, Achille Simon Wiltord, fonctionnaire à la préfecture, disparaît alors qu’Antoine n’a que 9 ans. Cette absence précoce forge chez l’enfant un sens aigu des responsabilités et de la famille qui ne le quittera plus.
Le football comme école de vie
Très jeune, Antoine Wiltord se passionne pour le football. Dans les quartiers de Fort-de-France, le sport est alors bien davantage qu’un loisir. Il constitue un lieu d’apprentissage, de sociabilité et d’affirmation collective. On y découvre la discipline, l’effort, la solidarité et le respect de l’équipe.
Antoine Wiltord porte ces valeurs sur le terrain, puis au-delà. Après avoir été joueur, il poursuit son engagement comme dirigeant du Club Colonial, l’une des institutions historiques du football foyalais. Son attachement au club ne relève pas seulement de la passion sportive. Il traduit une conception du football comme espace de formation humaine, capable de rassembler les générations et de transmettre des repères.
Comme beaucoup de dirigeants bénévoles de cette époque, il appartient à cette génération d’hommes qui donnaient de leur temps sans rechercher la lumière. Leur contribution ne se mesurait pas seulement aux résultats obtenus, mais à leur présence auprès des jeunes, à leur capacité d’organiser, d’encourager et de maintenir vivant un esprit collectif.
Un technicien respecté
La vie professionnelle d’Antoine Wiltord est marquée par la même exigence. Technicien du bâtiment reconnu, il appartient à un univers dans lequel la précision, l’expérience et la connaissance du terrain sont déterminantes. Le bâtiment exige de savoir concevoir, anticiper les difficultés et transformer un projet en réalisation concrète.
Cette culture du travail bien fait correspondait à son tempérament. Antoine Wiltord n’était pas un homme de discours détachés du réel. Il accordait de la valeur à la compétence, à l’engagement et au résultat. Cette approche pratique des responsabilités l’accompagna dans sa vie professionnelle comme dans ses engagements associatifs et politiques.
Son parcours témoigne ainsi d’une époque où la reconnaissance se construisait moins par l’exposition publique que par la constance du travail accompli. Il faisait partie de ces techniciens dont le savoir se transmettait dans l’action, au contact des équipes et des réalités quotidiennes.
Une fidélité politique ancienne
Militant de la première heure du Parti progressiste martiniquais, Antoine Wiltord inscrit également son engagement dans l’histoire politique de Fort-de-France et de la Martinique. Pour sa génération, le militantisme ne se réduisait pas aux campagnes électorales. Il relevait d’une fidélité à des convictions, à une organisation et à une certaine idée du progrès martiniquais.
Cette fidélité n’interdisait ni le débat ni les désaccords. Elle signifiait d’abord la permanence d’un engagement, y compris lorsque les circonstances politiques changeaient et que les générations se renouvelaient. Antoine Wiltord demeura attaché à cette famille politique et à l’histoire dont elle était porteuse.
Il appartenait à ces militants de terrain qui contribuent à la vie d’un parti sans nécessairement occuper le devant de la scène. Présents dans les quartiers, les associations et les clubs sportifs, ils assurent le lien entre les institutions et la population. Leur influence est souvent discrète, mais leur disparition révèle l’importance de la place qu’ils occupaient.
Foyalais dans l’âme
De Pont Viard au Club Colonial, de son activité professionnelle à son engagement politique, la trajectoire d’Antoine Wiltord demeure profondément liée à Fort-de-France. La ville n’était pas seulement son lieu de naissance ou de résidence : elle constituait le cadre de ses engagements, de ses fidélités et de ses relations humaines.
Son parcours raconte aussi une certaine manière d’habiter la cité. Être Foyalais, pour lui, signifiait participer à la vie collective, défendre des institutions, accompagner les jeunes et demeurer fidèle aux solidarités forgées dans les quartiers.
Avec sa disparition, Fort-de-France perd l’un de ces hommes dont l’histoire personnelle se confond avec celle de la ville. Sa famille, ses proches, ses compagnons de route, le Club Colonial et les militants du Parti progressiste martiniquais conserveront le souvenir d’un homme constant dans ses convictions et généreux dans la transmission.
Antoine Wiltord laisse derrière lui moins le récit d’une carrière que l’exemple d’une présence : celle d’un homme fidèle aux siens, à son quartier, à son club, à son métier et à ses engagements. Une fidélité sans éclat inutile, mais profondément inscrite dans la mémoire de ceux qui l’ont connu.
Devrai-je ajouter qu’Antooine était notre ami d’enfance à Roger Gisele ma sœur et moi.
Gérard Dorwling-Carter





