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    Bally Bagayoko De la RATP à Saint-Denis, derrière les controverses, une part incontestable de racisme

    août 16, 2026Aucun commentaire
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    Bally Bagayoko derrière les controverses, une part incontestable de racisme  

    Élu maire de Saint-Denis dès le premier tour le 15 mars 2026, avec 50,77 % des suffrages exprimés, Bally Bagayoko fait depuis son accession à la mairie l’objet d’une succession exceptionnellement rapide de polémiques. Certaines concernent des choix politiques parfaitement discutables. D’autres reposent sur des accusations qui doivent encore être vérifiées. Mais la première vague d’attaques a incontestablement mobilisé les ressorts classiques du racisme anti-Noirs.

    Une légitimité immédiatement contestée

    Bally Bagayoko n’est pas un inconnu apparu soudainement à la faveur des municipales de 2026. Né en France dans une famille d’origine malienne, élevé à Saint-Denis et cadre à la RATP, il exerce des responsabilités électives locales depuis près de vingt ans. Il a notamment été adjoint au maire, conseiller général et vice-président du conseil général de la Seine-Saint-Denis.

    Son élection constitue néanmoins une rupture symbolique. Un Français noir, musulman, issu d’un quartier populaire et soutenu par La France insoumise prend la tête de l’une des principales villes de la région parisienne. Cette dimension explique à la fois l’enthousiasme suscité par sa victoire et la violence de certaines réactions.

    Dès la campagne, son adversaire socialiste Mathieu Hanotin et certains de ses soutiens l’interrogent sur de prétendus liens avec les trafiquants de drogue. L’argument repose notamment sur l’affirmation selon laquelle des dealers auraient annoncé leur intention de voter pour lui en raison de son programme relatif à la police municipale. Bally Bagayoko nie tout lien avec les trafiquants et engage une procédure en diffamation. La sécurité constitue naturellement un sujet de controverse locale. Cependant, en l’absence de faits établis, l’association immédiate d’un candidat noir issu d’un quartier populaire avec les dealers contribue déjà à construire une image de proximité avec la criminalité.

    La fabrication de la fausse déclaration sur la ville des Noirs

    La première attaque massive intervient le soir même de son élection. Bally Bagayoko reprend une formule consacrée à Saint-Denis, ville des rois morts et du peuple vivant. Une séquence sonore peu distincte est découpée puis diffusée comme s’il avait déclaré ville des Noirs. Le nouveau maire est alors présenté comme un communautariste, voire comme un ségrégationniste qui voudrait racialiser Saint-Denis.

    La fausse information est reprise par plusieurs personnalités issues de l’extrême droite, notamment Jean Messiha et Gilbert Collard, avant de franchir la frontière des réseaux militants. Elle est évoquée ou répétée sur France 5, RMC, BFMTV et Franceinfo. Apolline de Malherbe la soumet directement à Bally Bagayoko, puis reconnaît son erreur et présente des excuses. SOS Racisme et la Ligue des droits de l’homme saisissent l’Arcom sur les conditions dans lesquelles une affirmation non vérifiée a pu être relayée par plusieurs médias.

    Il ne s’agit pas ici d’une interprétation discutable de ses propos. La phrase lui a été faussement attribuée. La substitution du mot Noirs au mot rois permettait de transformer immédiatement son élection en menace identitaire. Dans le même mouvement, une image de la soirée électorale est utilisée pour affirmer qu’il aurait adressé un bras d’honneur à ses opposants. Les vérifications disponibles ne démontrent pas le geste obscène qui lui est imputé. Cette seconde séquence nourrit néanmoins la représentation d’un élu agressif, revanchard et hostile aux institutions.

    Des controverses politiques qui doivent rester dans le débat démocratique

    Les premières orientations du nouveau maire provoquent ensuite des critiques plus directement politiques. Son projet de désarmement progressif d’une partie de la police municipale, en commençant par les lanceurs de balles de défense, sa volonté de réorienter les missions de cette police, les interrogations sur l’avenir de certains cadres associés à l’ancienne majorité et son vocabulaire de rupture alimentent les accusations de purge, de clientélisme et de remise en cause de la sécurité.

    Ces critiques appartiennent au débat démocratique dès lors qu’elles portent sur des décisions vérifiables. Un maire doit pouvoir être interrogé sur le respect du statut des fonctionnaires, la neutralité administrative, la sécurité publique et la continuité des services municipaux. Contester sa politique ne constitue pas en soi une manifestation de racisme. Le basculement intervient lorsque le désaccord politique est reformulé au moyen d’images raciales et coloniales.

    Les grands singes, la tribu et le mâle alpha

    Les 27 et 28 mars 2026, CNews consacre plusieurs séquences aux débuts du nouveau maire. Le psychologue Jean Doridot rappelle, au cours d’une discussion sur Bally Bagayoko, que les êtres humains appartiennent à la famille des grands singes, puis évoque l’organisation des tribus autour d’un chef. Le lendemain, Michel Onfray décrit une attitude de mâle alpha, parle d’un fonctionnement très tribal et précise que la France ne serait pas une tribu primitive.

    Les intervenants récusent toute intention raciste et soutiennent avoir employé des références générales à l’éthologie et à l’anthropologie. Mais l’absence revendiquée d’intention ne neutralise pas la portée d’un discours. Appliquer à un élu noir, dans deux émissions successives, les catégories de grand singe, de tribu, de mâle alpha et de tribu primitive réactive un imaginaire colonial et racial parfaitement documenté. Il est légitime de se demander si un responsable politique blanc aurait été analysé, dans les mêmes circonstances, à travers une telle accumulation de références simiesques et tribales.

    Plusieurs parlementaires saisissent l’Arcom. Bally Bagayoko porte plainte. Deux enquêtes sont ensuite ouvertes, l’une pour injure publique à caractère raciste et l’autre au sujet du cyberharcèlement dont l’élu a été victime. Le préfet de Seine-Saint-Denis annonce son intention de se constituer partie civile et plusieurs membres du gouvernement condamnent les propos. La qualification pénale définitive appartient à la justice. Sur le plan politique et historique, en revanche, la connotation raciale de ces séquences est difficilement contestable.

    L’affaire de la RATP relève d’une autre exigence

    Au début du mois d’août, Le Canard enchaîné révèle les conditions dans lesquelles Bally Bagayoko aurait concilié son emploi de cadre à la RATP et ses mandats locaux. Les articles évoquent un recrutement qui aurait été effectué sans concours ni entretien, un salaire dépassant 6 000 euros mensuels à la fin de sa carrière, des horaires particulièrement souples, le cumul de son activité professionnelle avec plusieurs mandats électifs et le caractère éventuellement insuffisant de son travail pendant certaines périodes.

    L’association AC !! Anti-Corruption dépose auprès du Parquet national financier une plainte contre X portant sur des soupçons d’emploi fictif et de détournement de fonds publics. Valérie Pécresse demande que les conditions d’emploi des quelque deux cents élus travaillant à la RATP soient examinées. Le Journal du dimanche, Valeurs actuelles et d’autres médias parlent de traitements de faveur, de jackpot ou de zones d’ombre.

    Ces interrogations ne sont pas, par nature, racistes. La probité, l’effectivité du travail rémunéré et le bon usage de l’argent public doivent être contrôlés pour Bally Bagayoko comme pour n’importe quel élu. Mais une plainte n’est ni une mise en examen ni une déclaration de culpabilité. Au 16 août 2026, aucune décision judiciaire n’établit l’existence d’un emploi fictif.

    La RATP dément formellement l’existence d’un système d’emplois de complaisance. Elle affirme que Bally Bagayoko a été recruté en 2001 après des entretiens d’embauche et de titularisation. Elle rappelle qu’il n’existe pas de concours comparable à ceux de la fonction publique pour entrer à la RATP et que les absences accordées aux élus au titre de leurs mandats ne sont pas rémunérées par l’entreprise. L’enquête devra donc établir le travail effectivement accompli, la rémunération réellement versée, les crédits d’heures utilisés, les éventuelles retenues de salaire et le respect des règles applicables.

    Le débat change toutefois de nature lorsque certains commentaires anticipent déjà la culpabilité. Affirmer qu’un homme a été embauché sans concours devient trompeur si aucun concours n’existe. Parler de jackpot, de goinfrade ou d’une ascension jalonnée de traitements de faveur avant d’avoir confronté les accusations aux documents de l’entreprise relève davantage du réquisitoire que de l’enquête équilibrée. Cette outrance ne suffit pas, à elle seule, à démontrer une intention raciste, mais elle prolonge un climat de suspicion personnelle déjà installé depuis l’élection.

    Le racisme n’explique pas tout, mais il est incontestable

    Toutes les critiques formulées contre Bally Bagayoko ne sont donc pas racistes. Son programme de sécurité, ses relations avec les agents municipaux, sa politique de recrutement, sa gestion budgétaire, son emploi à la RATP et la compatibilité de celui-ci avec ses mandats doivent pouvoir être examinés avec la même rigueur que pour tout responsable public. Ses origines ne sauraient lui conférer une immunité politique ou judiciaire.

    Il serait cependant tout aussi faux de nier le racisme au motif que certaines interrogations ultérieures sont légitimes. La fausse déclaration sur la ville des Noirs, l’association non étayée avec les dealers, la déformation d’un geste, puis l’accumulation des références aux singes, aux tribus et au mâle dominant forment un faisceau cohérent. Bally Bagayoko n’a pas seulement été combattu comme un maire LFI. Il a aussi été assigné à sa couleur, à ses origines et à une représentation archaïque de l’homme africain.

    La levée de boucliers résulte ainsi de plusieurs phénomènes superposés. Elle tient à l’opposition classique à un maire LFI porteur d’un programme de rupture, aux règlements de comptes qui accompagnent la défaite d’un système politique local, à une vigilance légitime sur la probité et l’usage de l’argent public, mais aussi à une réaction identitaire devant l’accession d’un Français noir et d’origine malienne à la tête d’une grande ville symbolique.

    Le racisme n’explique donc pas tout. Il constitue néanmoins l’une des composantes certaines de l’offensive. Il apparaît dans les insultes explicites, mais aussi dans le doute immédiat jeté sur la légitimité du nouvel élu, dans la facilité avec laquelle les fausses informations ont été reprises et dans le recours à un vocabulaire simiesque, tribal et colonial.

    Une double exigence démocratique

    La position la plus juste consiste à tenir simultanément deux exigences. Il ne doit exister aucune complaisance sur les conditions d’emploi de Bally Bagayoko à la RATP, ni sur sa gestion future de Saint-Denis. Mais il ne doit exister aucune complaisance non plus envers ceux qui transforment une nécessaire enquête de probité en procès racial et en contestation de son droit même à exercer le pouvoir.

    La démocratie impose que Bally Bagayoko soit jugé sur ses actes, ses décisions et les faits qui pourront être établis. Elle interdit qu’il le soit sur son nom, sa couleur ou les fantasmes attachés à ses origines.

    Gérard Dorwling-Carter

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