Ce samedi 26, la distillerie de Fonds-Préville, au Macouba, accueillait quelques journalistes de la presse nationale. Nous les avons accompagnés dans cette découverte, prolongée par des échanges conviviaux avec plusieurs acteurs économiques du territoire. Une journée pour comprendre ce qui se cache derrière un rhum réputé, mais aussi pour rencontrer celles et ceux qui cultivent, produisent et entreprennent en Martinique.
« des femmes et des hommes qui, de la canne au chai, mettent toute leur expérience et leur passion au service d’un produit qui fait rayonner la Martinique »
Il y a d’abord le décor. Les paysages du Nord, les champs de canne, la végétation généreuse et, au creux “du morne”, les bâtiments rouges de la distillerie de Fonds-Préville. Pour nos confrères, comme pour nous même, cette image chez J.M avait de quoi laisser un souvenir certain.
Mais la découverte ne s’arrêtait pas au paysage. En présence de Jean-Charles Varacavoudin, maire du Macouba, les visiteurs ont rencontré les équipes de la distillerie, posé leurs questions et poursuivi les conversations avec quelques responsables économiques réunis pour l’occasion. La visite offrait un point de départ, les échanges qui ont suivi ont ouvert la discussion à bien d’autres réalités martiniquaises.

Cette journée s’inscrivait dans un séjour de quelques jours organisé par GBH, entre rencontres avec des entreprises, découverte de la production locale et annonces en faveur des agriculteurs (voir notre article en ce sens). Grégoire Guéden, directeur des activités spiritueux du groupe, en expliquait simplement l’intention :

« En leur ouvrant les portes de J.M, nous voulions leur montrer ce qui fait la richesse de notre rhum agricole : des savoir-faire extraordinaires et des femmes et des hommes qui, de la canne au chai, mettent toute leur expérience et leur passion au service d’un produit qui fait rayonner la Martinique. »
Grégoire Guéden
Derrière le rhum, des femmes, des hommes et des savoir-faire

Aurélie Bapté, responsable boutique et tourisme à la distillerie, a donné aux visiteurs quelques clés pour comprendre l’histoire de la maison et les exigences du rhum agricole martiniquais. Sans qu’il soit nécessaire de devenir spécialiste, une explication permettait de mesurer ce qu’engage l’AOC : « Quand on prend une bouteille de rhum agricole AOC Martinique, on est sûr d’avoir la traçabilité du sol jusqu’à la bouteille. » La réputation du produit repose donc sur un travail qui commence bien avant la distillation.

C’est justement cette partie moins connue que Jean-José Martial a fait découvrir aux journalistes. Chargé des plantations, de leur entretien et de la récolte, il leur a parlé du choix des cannes, des caractéristiques des sols et de la nécessité de s’adapter au climat. Comment faire face au manque d’eau ou aux intempéries, tout en conservant une canne suffisamment productive et riche en sucre ? « Nous sommes dans la recherche de variétés qui résistent un peu plus à la sécheresse », expliquait-il. Sécheresse car cette année contrairement à l’année précédente où c’était l’inverse, la sécheresse est extrême.
Derrière un produit associé à la tradition, les visiteurs ont ainsi découvert une agriculture qui observe, expérimente et cherche des réponses nouvelles.
Les explications ont également porté sur les efforts pour réduire les traitements, notamment contre les mauvaises herbes, en s’appuyant davantage sur les interactions entre les plantes. Il ne s’agissait pas de présenter une solution miracle, mais de montrer le travail engagé pour faire évoluer les pratiques.

Même démarche dans la distillerie, où les journalistes ont pu comprendre comment les matières issues de la fabrication peuvent devenir des ressources. La bagasse, sert de combustible, le traitement des eaux et des résidus, le compostage et la valorisation des matières organiques participent à cette recherche. J.M utilise notamment des bassins d’aération pour traiter les vinasses et récupère les cendres de chaudière afin de restituer de la potasse aux sols. Autant d’exemples concrets qui donnent un contenu à l’expression « économie circulaire ».
La visite se prolonge, les conversations aussi
Après la découverte du site, les échanges se sont poursuivis dans une ambiance conviviale. Autour de la distillerie, il était question de canne et de rhum, bien sûr, mais aussi de ce que signifie produire et faire vivre une entreprise en Martinique.
Avec le représentant de l’AMPI, Charles Larcher et Bertrand Clerc, industriel, les journalistes ont notamment abordé les réalités industrielles. Bertrand Clerc a expliqué les difficultés d’un marché réduit, mais aussi les compétences que cette situation oblige à développer. Les volumes sont limités, alors que la maîtrise des procédés et les exigences de qualité restent indispensables. Il faut donc adapter son organisation et trouver des solutions à l’échelle du territoire. Ses explications permettaient de mieux comprendre le travail qui se trouve derrière des produits que l’on voit quotidiennement, sans toujours mesurer ce que leur fabrication demande.
« Nous produisons pour un petit marché, mais avec les mêmes exigences de qualité que les grandes industries : cela demande de l’ingéniosité, des équipes compétentes et une capacité d’adaptation dont on ne mesure pas toujours la valeur en dehors de la Martinique. »
B.Clerc
Les échanges avec Christophe Bermont, responsable de Carrefour Martinique, et Rodolphe Hayot, directeur général de GBH, ont élargi cette approche à la distribution et à la place de la production locale dans l’économie. Pour les journalistes, l’intérêt était aussi de pouvoir rapprocher les points de vue : celui de l’entreprise qui fabrique, celui du distributeur et celui du groupe qui les avait invités à découvrir ces activités sur le terrain.
« Nous sommes fiers d’accueillir ces journalistes chez J.M, mais nous ne sommes pas là pour parler uniquement de nous. Cette rencontre, c’est aussi l’occasion de faire connaître des agriculteurs, des industriels et des entrepreneurs qui font un travail remarquable en Martinique, sans toujours avoir cette visibilité. »
R. Hayot
« Nous voulons donner davantage de place aux produits martiniquais dans nos magasins, avec un objectif de 100 millions d’euros d’achats annuels en 2030, contre 79 millions en 2025 ; aux 300 000 euros déjà consacrés à notre fonds de soutien s’ajoute aujourd’hui le programme de GBH, “Producteurs d’avenir”, doté de 1,2 million d’euros sur trois ans pour accompagner les investissements agricoles dans quatre territoires ultramarins. »
C. Bermont
Alexandre Ventadour, pour la CTM et président du Comité Martiniquais du Tourisme, et Claude Féliot, pour le CODERUM, ont apporté d’autres éclairages sur les liens entre cette filière et le territoire. À Fonds-Préville, ces liens se voient : une activité agricole alimente une industrie, dont le savoir-faire attire à son tour des visiteurs au Macouba.

L’AOC est une fierté collective : elle reconnaît notre terroir et le travail de toute une filière, du planteur au maître de chai, avec une même exigence de qualité et, pour chaque maison, une personnalité qui fait toute la richesse de nos rhums.
C.Féliot
Et cette dimension touristique dépasse largement J.M. (env 70.000 visiteurs par an, et site de Clément 200.000). Selon Alexandre Ventadour, les distilleries accueillent près de 600 000 visiteurs par an et constituent un des attraits touristiques majeurs de Martinique. Et derrière la découverte d’un rhum, ce sont aussi des paysages, des communes, un patrimoine et des métiers que l’on vient rencontrer.
Céline Rose, pour la CGSS, et Franck Zaméo, pour la CCIM, ont également participé à ces échanges, complétant les regards sur la vie économique et sociale martiniquaise.
Sans transformer la rencontre en conférence, chacun a ainsi contribué à donner aux journalistes des repères et des interlocuteurs pour mieux comprendre notre territoire.
Des rencontres à raconter dans l’Hexagone
C’est probablement ce qui restera de ce samedi chez J.M mais aussi de cette semaine en Martinique : la possibilité d’aller au-delà de la présentation d’une entreprise, en prenant le temps de parler avec ceux qui y travaillent et avec ceux qui connaissent les réalités économiques de l’île.
Au terme de leur séjour, nos confrères évoquaient la beauté de la Martinique, la gentillesse des personnes rencontrées et le professionnalisme de leurs interlocuteurs. Ils repartent avec des images, mais aussi avec des explications, des expériences et des contacts qui pourront nourrir leurs prochains sujets.
Cette invitation offre naturellement une visibilité à J.M. Son intérêt dépasse cependant la seule maison de rhum. Elle permet à des journalistes de médias nationaux de découvrir une partie de la Martinique par ses activités, ses entreprises et les personnes qui les font vivre.
L’organisation de Grégoire Guéden et Claire Richer, comme l’accueil d’Aurélie Bapté, de Jean-José Martial et des équipes de Fonds-Préville, aura rendu possibles ces moments de découverte et de conversation. Une visite de distillerie, certes, mais surtout une occasion de faire connaître, hors du territoire, des Martiniquaises et des Martiniquais qui ont beaucoup à raconter sur leur travail et leur pays.
Roland Dorival et Philippe Pied





