Vendredi matin, le Grand Port maritime de la Martinique et la Direction territoriale de la police nationale ont signé une convention permettant aux forces de l’ordre d’accéder aux images filmées par le port. Un accord qui s’inscrit dans un plan d’investissement massif de 6 millions d’euros engagé depuis un an : caméras intelligentes, drones, radars maritimes, habilitations élargies. Le message est clair, assumé, et s’adresse directement aux narcotrafiquants.
Bob fait la roue. Bob fait marche arrière. Bob se couche. Bob, c’est le nouveau drone quadrupède du Grand Port. Loin d’être une source de divertissement, le drone est destiné à faire de l’inspection là où l’homme ne peut aller. L’engin de dernière génération coûte 30 000 euros et à terme le Grand Port devrait s’équiper d’une dizaine à laquelle il faut ajouter cinq drones volants. Cet élargissement de la flotte de drones s’inscrit dans une volonté du Grand Port d’améliorer sa sécurisation notamment contre le narcotrafic.
Le constat du préfet Étienne Desplanques est sans détour : « Jusqu’à présent, sur le terminal conteneurs, on ne voyait pas grand-chose. Pour être clair, on ne voyait à peu près que les abords terrestres. » C’est cette réalité que le Grand Port maritime de la Martinique et les services de l’État ont décidé de changer, radicalement, en moins de dix-huit mois. Aujourd’hui, le tableau est différent. Des caméras intelligentes capables de détecter la moindre anomalie ont été installées. Des radars couvrent les abords maritimes pour repérer toute tentative de pénétration dans les eaux du port. Des drones aériens et terrestres patrouillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et les habilitations d’accès au site sont passées de 300 à 700, après la soumission à enquête administrative de la totalité des conducteurs de poids lourds fréquentant le terminal conteneurs. « C’est pour nous un changement absolument majeur », souligne le préfet.
3 millions déjà investis, 3 autres à venir
Bruno Mencé, président du directoire du Grand Port maritime, chiffre l’effort : « Nous avons déjà investi près de 3 millions d’euros en 2026. Nous allons continuer avec un cycle d’investissement de l’ordre de 3 millions supplémentaires pour atteindre des niveaux de sûreté dans les standards mondiaux. » L’objectif affiché est sans ambiguïté : lutter contre le narcotrafic. « Nous n’étions pas au niveau il y a quelque temps. Aujourd’hui, nous avons fait des investissements massifs. »
Ces investissements ne sont pas que technologiques. Le port a créé un service dédié exclusivement à la sûreté, rattaché directement au président du directoire pour accélérer la prise de décision. Un volet humain a également été développé : sensibilisation du personnel au narcotrafic, mise en place d’un système de signalement anonyme pour tout comportement anormal observé sur les terminaux. « Il faut qu’une culture de la sûreté s’installe de manière pérenne sur le port », insiste Bruno Mencé.
Un message aux narcotrafiquants
La convention signée vendredi matin avec la Direction territoriale de la police nationale (DTPN) est la première d’une série. D’autres partenariats avec les services de l’État sont annoncés. L’objectif : partager le renseignement, coordonner les interventions, travailler de concert contre les trafics illicites.

Le préfet Étienne Desplanques assume la transparence de la démarche : « Si nous sommes aussi transparents, c’est pour envoyer un message aux narcotrafiquants. Passer par le Grand Port va être très risqué pour eux, donc très coûteux. Il est temps de cesser de passer par la Martinique. » Il rappelle que le port et l’aéroport constituent les deux voies de sortie principales de la cocaïne du territoire. Sécuriser l’un, c’est fermer la moitié du verrou.
Des échéances à venir
Le chantier n’est pas terminé. Dans les prochaines semaines, le barriérage de sécurité de la Pointe des Grives sera entièrement remplacé et doublé d’un dispositif de concertina pour rendre le site « totalement étanche ». Une brigade de la police nationale à présence permanente sur le port est en cours de configuration, sous réserve des arbitrages budgétaires de la loi de finances 2027. Enfin, dans le cadre du plan douane 2030, des scanners de grande capacité sont prévus à l’horizon 2027-2028, la Martinique et la Guadeloupe ayant été identifiées comme « les territoires les plus prioritaires » en matière de narcotrafic. « Nous sommes montés en puissance à tel point que ça va être difficile pour eux de nous rattraper », conclut le préfet. « Et on veut toujours avoir un temps d’avance. »
Laurianne Nomel





