« Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la simple rencontre entre entreprises : c’est la place de la Martinique dans son environnement caribéen qui se dessine, à travers les liens qu’elle choisit de nouer, les projets qu’elle ose porter et les coopérations qu’elle accepte de construire. »
Ce samedi 14 mars 2026, l’Hôtel de l’Assemblée de la Collectivité territoriale de Martinique a accueilli une rencontre économique caribéenne organisée dans le cadre de l’escale martiniquaise de la Caribbean Business Cruise 6. Portée par Martinique Développement et Isanaja Consulting, cette matinée a réuni une importante délégation d’entreprises venues de la Caraïbe ainsi que de nombreuses entreprises martiniquaises, autour d’un même objectif : créer des liens concrets, identifier des opportunités d’affaires et faire progresser la coopération économique régionale. Plus de 100 entreprises martiniquaises avaient répondu à l’invitation, signe d’un intérêt réel pour une ouverture plus active vers les marchés caribéens.
Cette rencontre n’avait rien d’une simple séquence protocolaire. Elle a montré, au contraire, qu’une partie du monde économique martiniquais veut désormais mieux se positionner dans son environnement régional. Dans un bassin caribéen où les complémentarités existent déjà dans le tourisme, le numérique, l’agrotransformation, l’eau, l’environnement, le commerce ou encore les services, l’enjeu n’est plus seulement de se connaître, mais d’apprendre à travailler ensemble de façon plus directe et plus régulière. La rencontre a été modérée par Thierry Alexandrine directeur de Martinique Développement.

Une rencontre pensée pour transformer les contacts en collaborations
Le principe de cette escale martiniquaise était clair : faire se rencontrer, dans un même lieu, des entrepreneurs, des représentants institutionnels et des partenaires économiques afin de favoriser des mises en relation utiles. Le programme alternait mots d’accueil, présentation de l’économie martiniquaise, dispositifs d’accompagnement à l’export, puis présentation rapide des entreprises invitées, avant un temps plus libre consacré aux échanges B to B.
Derrière cette organisation, l’idée était moins de multiplier les discours que de créer les conditions d’un dialogue économique régional. La Caribbean Business Cruise, mission économique itinérante inter-îles, a précisément été conçue pour cela : rapprocher les acteurs économiques de la Caraïbe, générer des contacts commerciaux, stimuler les partenariats et encourager les exportations entre territoires voisins. L’escale martiniquaise s’inscrivait donc dans une dynamique déjà éprouvée lors des précédentes éditions.
La Martinique présentée comme une terre d’opportunités

« Nos entreprises sont là pour montrer ce que la Martinique sait faire de mieux, ici comme dans toute la Caraïbe. »
Dans son intervention d’ouverture, Alexandre Ventadour a insisté sur la volonté politique de mieux faire valoir les atouts du territoire et de renforcer son attractivité. Le message adressé aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux partenaires potentiels était simple : la Martinique dispose d’opportunités, de talents, d’entreprises capables de coopérer, et d’institutions désormais mobilisées pour mieux accueillir l’investissement et accompagner les projets. Il a également rappelé que le territoire pouvait être un point d’appui aussi bien pour des collaborations dans l’hôtellerie, les industries culturelles et créatives, l’agrotransformation, le tourisme, les services ou encore l’éducation.
Cette prise de parole avait aussi une portée plus large. Elle visait à repositionner la Martinique non pas comme un territoire périphérique, mais comme un acteur économique capable de proposer de la valeur, d’exporter son savoir-faire et d’entrer dans une logique plus offensive de coopération régionale. À travers cette rencontre, il s’agissait donc de montrer que la Martinique ne veut pas seulement accueillir des initiatives extérieures, mais aussi faire rayonner ses propres compétences dans la Caraïbe.
Une initiative caribéenne construite dans la durée

« Il est temps de combler les vides entre nos territoires et de bâtir une véritable interconnexion économique à l’échelle caribéenne. »
Isabelle Adonis-Flandrina, fondatrice d’Isanaja Consulting, a rappelé pour sa part la philosophie et l’histoire de la Caribbean Business Cruise. Créée en 2019, cette croisière d’affaires a d’abord été pensée comme un format original permettant à des chefs d’entreprise de partir en mission dans la Caraïbe, avant de prendre une dimension plus résolument économique. Arrivée aujourd’hui à sa sixième édition, elle se présente comme la première croisière d’affaires créée dans la Caraïbe et revendique un rôle pionnier dans l’interconnexion des territoires.
Elle a aussi souligné l’importance d’avoir réussi à rapprocher, au fil des éditions, les espaces francophones et anglophones du bassin caribéen. Selon elle, l’enjeu est de combler les écarts, de créer davantage d’interconnexion et de favoriser une culture de l’échange économique plus directe. Elle a mis en avant le partenariat noué avec l’OECS, la présence d’entreprises revenues cette année d’Antigua et de Sainte-Lucie, ainsi que la nécessité d’encourager une participation plus forte d’entreprises martiniquaises lors des prochaines éditions.
Son intervention a également permis de percevoir une réalité souvent évoquée dans les échanges régionaux : les différences de posture commerciale entre territoires, mais aussi la nécessité de dépasser les hésitations pour entrer dans une logique d’affaires plus assumée. À travers ce constat, c’est une invitation claire qui a été lancée aux acteurs économiques martiniquais : prendre toute leur place dans les échanges caribéens.
Digicel Business, partenaire d’une dynamique régionale

« Renforcer le tissu économique caribéen, c’est créer des connexions de qualité, tisser des liens durables et transformer les rencontres en projets concrets. »
Autre intervention notable, celle de René Klock pour Digicel Business. Le groupe, positionné sur les solutions de connectivité et la transformation digitale des entreprises, a expliqué son soutien à cette sixième édition en insistant sur la nécessité de créer des connexions qualitatives au-delà des frontières insulaires. En tant qu’acteur profondément caribéen, Digicel Business a présenté son engagement comme une manière de soutenir les TPE et PME, considérées comme le cœur de l’économie régionale.
Le message était cohérent avec l’esprit de la matinée : renforcer le tissu économique local et régional, aider les entreprises à relever leurs défis, favoriser les opportunités concrètes et transformer les rencontres en projets. Ce partenariat montre aussi que les questions de connectivité, de numérique et d’accompagnement technologique deviennent elles aussi des leviers importants dans l’intégration économique caribéenne.
Une Martinique qui cherche encore à élargir sa base productive

La présentation économique faite par Martinique Développement, a apporté un éclairage utile sur le contexte local. Il a été rappelé que le produit intérieur brut de la Martinique dépassait les 10 milliards d’euros, avec une croissance modérée de l’ordre de 1 %. L’économie martiniquaise demeure très majoritairement tertiaire, les services représentant plus de 80 % de l’activité. Il a également été indiqué que la population se situait autour de 356 000 habitants, avec un PIB par habitant nettement inférieur à celui de l’Hexagone, ce qui traduit encore une marge importante de progression.
Autre élément souligné : la faiblesse du taux de couverture commercial, situé autour de 20 % en 2025. Ce point justifie, selon les intervenants, la nécessité d’accompagner davantage les entreprises locales vers l’export et de consolider les filières susceptibles de tirer la croissance. Parmi les secteurs mis en avant figuraient le tourisme, les énergies renouvelables et l’économie numérique, présentés comme trois moteurs majeurs pour renforcer la croissance, le développement économique et le bien-être de la population.
Martinique Développement et la CCIM sur la même ligne d’appui

La rencontre a aussi permis de clarifier les rôles respectifs des structures d’accompagnement. Martinique Développement a rappelé sa mission d’attractivité et d’accueil des investisseurs, avec un accompagnement sur mesure pour les entreprises qui souhaitent s’implanter sur le territoire. La Chambre de Commerce et d’Industrie de Martinique de son côté, intervient plus directement sur les enjeux d’exportation pour les entreprises martiniquaises qui veulent se développer à l’international. Les deux structures ont souligné leur complémentarité.
La représentante de la CCIM, Stéphanie PUJAR, a détaillé l’accompagnement à l’international, en expliquant qu’il s’appuie sur plusieurs outils, un réseau caribéen solide et des missions collectives ou individuelles adaptées au profil de chaque entreprise. Elle a aussi rappelé l’existence d’aides du ministère des Outre-mer pouvant couvrir de 50 à 75 % de certaines missions de prospection ou de développement à l’international, avec un accompagnement qui s’inscrit dans la durée.
Des entreprises caribéennes venues se présenter sans détour
L’un des moments les plus “vivants” de la matinée a été la série de présentations des entreprises participantes. Chacune disposait de deux minutes pour se présenter et dire ce qu’elle venait chercher en Martinique. Ce format court a permis de mesurer à la fois la diversité des profils présents et la volonté d’aller rapidement vers des échanges concrets.
Parmi les structures présentées figurait notamment Fout Gwada Bel (FGB), association portée par Leslie Morvany, mettant en valeur les talents, les initiatives entrepreneuriales, l’artisanat et les richesses plus discrètes de l’archipel guadeloupéen. L’objectif affiché était de mieux promouvoir les compétences locales et de proposer une lecture plus authentique du territoire.
Dans un autre registre, Cybercorsair est venue défendre son expertise en cybersécurité, avec une approche très directe : la protection numérique est désormais un besoin majeur pour les entreprises, et la Caraïbe ne peut pas rester à l’écart de cette réalité. La société a insisté sur sa capacité à travailler à l’échelle régionale et internationale.

ISP Informatique a présenté son activité de solutions professionnelles et de formation dans les domaines du numérique, de l’urbanisme et de l’informatique, en rappelant son expérience auprès des collectivités et des entreprises.

La jeune société Stellarus, portée par Régis Geromegnace, a quant à elle exposé une solution numérique destinée à faciliter l’évaluation des droits et taxes douaniers à l’importation, avec une ambition affichée de développer à terme une plateforme douanière pour la Caraïbe. Son intervention traduisait bien l’émergence de projets innovants directement liés aux besoins concrets des échanges régionaux.

Autre secteur représenté, celui de l’eau, des eaux usées et des énergies renouvelables, à travers l’entreprise Prest’eau, venue présenter ses solutions en matière de stations d’épuration, de postes de relevage, de maintenance et de contrôle à distance. Là encore, la perspective caribéenne était clairement assumée.

Enfin, la Chambre de métiers et de l’artisanat de Guadeloupe a profité de cette séquence pour rappeler son rôle d’accompagnement, de formation et de valorisation des artisans, en mettant en avant le label « Artisan peyi Guadeloup » comme outil de visibilité et de rayonnement dans la région.

Au-delà des discours, le pari du concret

La conclusion de la matinée appelait logiquement à rejoindre l’espace d’échanges aménagé au rez-de-chaussée de l’Assemblée pour permettre aux entreprises de se rencontrer plus librement. C’est là, en réalité, que se jouait l’essentiel : la capacité à transformer les prises de parole, les cartes échangées et les premiers contacts en perspectives commerciales réelles.
Cette rencontre a donc eu le mérite de poser une évidence : la coopération économique caribéenne ne peut progresser que si les territoires, leurs institutions et leurs entreprises se donnent des espaces réguliers pour se parler, se comprendre et envisager des projets ensemble. Pour la Martinique, l’enjeu est stratégique. Il s’agit à la fois d’attirer, d’exporter, de mieux s’insérer dans son environnement géographique naturel et de ne pas laisser passer les occasions de bâtir des partenariats régionaux. À ce titre, cette étape martiniquaise de la Caribbean Business Cruise 6 aura eu le mérite de rappeler que l’ouverture caribéenne n’est pas un slogan, mais une construction patiente, fondée sur la confiance, les réseaux et la volonté de faire affaire.
Philippe Pied








