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    Home » Serge Thaly: «Simply Martinican,» a reflection on identity, memory, and living together
    Literature

    Serge Thaly: «Simply Martinican,» a reflection on identity, memory, and living together

    May 30, 2026No Comments
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    À peine un an après la publication de Césaire, la lettre et de son roman de science-fiction Les Guerriers du temps, Serge Thaly revient avec un projet singulier décliné sous trois formes complémentaires : un livre, un album de chansons et un cahier d’activités destiné aux enfants. Derrière cette production foisonnante : une même interrogation :

    Qu’est-ce qu’être Martiniquais aujourd’hui ?

    With Simplement martiniquais – Kimafoutiésa, l’auteur propose une réflexion personnelle sur l’identité martiniquaise, le métissage, la généalogie et le sentiment d’appartenance. Nourri par ses voyages, ses lectures et ses rencontres à travers le monde, il défend une vision ouverte de la société martiniquaise, loin des classifications ethniques ou des assignations identitaires qu’il juge réductrices. Son projet se prolonge par un album musical réalisé avec l’aide de l’intelligence artificielle et par un cahier pédagogique invitant les plus jeunes à explorer leur histoire familiale pour mieux comprendre celle de la Martinique.

    Dans cet entretien accordé à Antilla, Serge Thaly revient sur la genèse de ce triptyque, ses convictions, ses interrogations sur l’identité contemporaine et son souhait de transmettre aux nouvelles générations une meilleure connaissance de leurs origines et de leur histoire commune.

    Philippe PIED


    ANTILLA : Bonjour Serge THALY, vous revoilà après un an et demie, puisque vous avez publié « Césaire – la lettre » et votre roman de science-fiction « Les guerriers du temps », en janvier 2025. Un silence plutôt long, non ?

    Serge THALY : J’ai pris le temps de faire connaître ces deux productions, notamment mon roman de science-fiction. C’est une grosse surprise parce que je ne m’imaginais pas écrire un livre de science-fiction ; mais bon, c’est fait, maintenant on me demande la suite, je ne pense pas qu’il y en aura une; on me demande si ce sera sur Netflix, (c’est la mode !)  je n’ai pas de contact. Si vos lecteurs ont des contacts, je suis preneur. (Rires) Mon autre bouquin, le livre sur la lettre de Césaire à Maurice Thorez,  a reçu un accueil assez sympathique. Là non plus, je ne m’y attendais pas. Il s’est beaucoup plus vendu que je ne le pensais. Il faut croire que la mémoire politique juste, pas fantasmée, celle qui repose sur des documents fiables, est attendue et respectée par les Martiniquais. Et  c’est tant mieux !

    Vous nous revenez en ce mois de juin avec, pas un, ni deux mais trois objets différents; deux livres en 2025, trois productions en 2026, vous n’en faites pas un peu trop ?

    Oui, effectivement il y a trois objets différents, si on peut appeler ça des objets. Il  y a d’abord un livre, ensuite un cd de chansons et enfin un cahier d’activités pour enfants. Est-ce que j’en fais trop ? Certainement pas, car à mon âge, je dois faire vite !

    Alors, détaillez-nous ça !

    Le livre s’intitule « SIMPLEMENT MARTINIQUAIS – Kimafoutiésa ». Alors pourquoi ce livre allez vous  me demander. Je me suis rendu compte qu’à la Martinique, il y a énormément de Martiniquais qui ne sont pas nés à la Martinique, qui à l’origine, n’avaient même pas de parents Martiniquais. D’autres encore, sont nés d’un parent Martiniquais et d’un parent venu d’ailleurs ; et toutes ces personnes, vous en connaissez certainement, toutes ces personnes font partie intégrante de la Martinique, sont la Martinique.

    Les Martiniquais, ce n’est pas uniquement ce qu’on nous raconte, qu’on voudrait nous faire croire. Pour certains, nous serions des Africains, point final ! Je ne connais pas de Martiniquais qui soient Africains, sinon qu’ils le sont devenus par choix de vie, ce qui est leur droit. Le droit de choisir son identité. De toute façon, « africain », je ne sais même pas ce que ça veut dire. Africain ? C’est Libyen ? Namibien ? Sénégalais ? Égyptien ? Somalien ? Ou autre … Le mot africain ne veut absolument rien dire, sinon pour ceux qui ont envahi et détruit des régions entières du continent. Tellement plus simple, pour eux, de tout mettre dans le même sac.

    Encore moins le terme « afro-descendant » puisque tout le monde sait maintenant, c’est prouvé scientifiquement, qu’il y a une seule race humaine et qu’elle viendrait du continent Afrique. Ce qui veut dire que tout le monde sur terre est, plus ou moins, afro-descendant. Pour moi, chacun pense comme il veut, ça n’a aucun sens dire qu’on est afro-descendant, qu’on est européo-descendant, qu’on est indo-descendant, qu’on est sino-descendant. J’estime que c’est une façon déguisée, téléguidée par certains, de perpétuer, de maintenir une forme de racisme et de colorisme. De dire si tu es afro-descendant, tu as telle couleur, si tu es indo-descendant ou si tu es sino-descendant, tu as les yeux comme ça, etc, etc. Ça change quoi ? Humain ou pas humain ? Par ailleurs, adopter le vocabulaire, les mots, les classifications coloristes et souvent méprisantes des colonisateurs, avouez qu’il y a un niveau d’assimilation assez impressionnant. Et donc, je refuse, mais c’est juste moi, toutes les étiquettes, tous les noms connotés dont on veut m’affubler.

    Depuis mon premier livre « Ti Milat », je signe toutes mes dédicaces sous mon nom, par un très clair « Simplement Martiniquais « , parce que « Martiniquais, c’est MON choix. Ce n’est pas seulement ma naissance.

    Aussi, ma conclusion c’est que tous ces gens-là, qui sont à la Martinique parce qu’ils sont nés à la Martinique de parents nés en Martinique, ou alors qui sont venus y vivre, et bien ils sont simplement martiniquais. Et puis je rajoute cette petite interjection que ma grand-mère me disait beaucoup, « Kimafoutiésa ».

    Simplement martiniquais, on comprend, mais votre livre,  Serge Thaly, va provoquer des tensions.  Ce n’est peut-être pas opportun ?

    (Rires) : Ah, vous croyez ? Ah non, loin de moi de vouloir provoquer des tensions. Vous savez, j’ai eu la chance ces temps derniers de beaucoup voyager. Pendant six mois, je n’étais pas en Martinique et j’en ai profité pour écrire, pour faire ce que j’avais envie de faire. Et j’ai rencontré des peuples, ou du moins des gens assez extraordinaires. J’en ai rencontré particulièrement deux.

    Le premier, c’est un sud-africain, Thabo, sympathique garçon rencontré  dans un centre commercial à Durban. Il m’a affirmé que, malgré toutes les souffrances de l’apartheid en Afrique du Sud, ses compatriotes se considéraient avant tout comme Africains du Sud, sans discrimination, sans distinction dans les coloris d’épiderme. « Nelson Mandela nous a dit : pas de rancune, nous sommes tous des êtres humains et nous devons vivre avec les autres, même s’ils ont été les bourreaux de nos parents. » Ce sont ses mots. Avouez que  ça donne à réfléchir, même si c’est sûr qu’il y a encore des discriminations notables entre les plus riches et les moins riches.

    La deuxième personne qui m’a fortement ébranlé, c’est à Nagasaki, qui est une ville japonaise, qui a été bombardée « atomiquement » par les américains. On vous fait visiter le lieu où est tombée la bombe atomique, mais il n’y a pas de photo, il n’y a pas de cadavre, il n’y a rien de spectaculaire. Juste une plaque. J’ai posé la question et on m’a répondu, « Nous avons pardonné ». Cela voulait dire : « nous avons pardonné les milliers, les dizaines de milliers de morts faits par les américains avec leur bombe atomique ». incroyable n’est ce pas ?

    Pardon en Afrique du Sud, pardon au Japon, un mot pas très utilisé chez nous, et puis à côté de ça, j’ai rencontré des pays avec des habitants dont on ne pouvait dire de qui ils étaient les descendants. Si vous allez au Cap-Vert, si vous allez aux Maldives, si vous allez à l’île Maurice, il y a là un métissage assez extraordinaire. Attention, toutes sortes de métissages. Comme chez nous. Car le métissage est multiple. Vous vous rendez compte, quand vous sortez de nos 1100 km², vous comprenez que la terre est largement métissée. Tous les scientifiques sérieux et compétents sont d’accord. D’ailleurs dans mon livre, je cite Bertrand Jordan, un chercheur renommé en biologie moléculaire : « Les ADN de deux êtres humains pris au hasard parmi les 7 milliards qui peuplent le Terre sont identiques à 99,9%. La preuve a été apportée en 2003 par le séquençage complet du génome humain. »

    Si le fait de dire que le monde est métissé, que beaucoup, dans le monde,  qui ont souffert, ignorent la haine, si dire cela provoque des tensions … (haussement d’épaules)

    Ça donne matière à réflexion ! Alors le deuxième, puisque vous m’avez dit trois objets. Le deuxième, on a noté que c’est un CD de chansons. Alors là, Serge Thaly qui se met à la musique, à part mettre l’électrophone, un CD ou un clé USB, ou faire une émission de radio, vous savez donc faire de la musique ?

    Screenshot

    Non, non, je ne suis pas du tout musicien, je n’ai pas du tout l’intention d’être musicien; j’ai essayé d’ailleurs, j’ai joué, j’ai fait du saxophone et du solfège pendant deux années, mais définitivement la musique ne m’aime pas, en tout cas comme pratiquant.

    Alors pourquoi ai-je quand même fait un CD de chansons et de musique ? Simplement parce que j’ai écrit un certain nombre de textes qui me venaient comme ça sur le métissage, sur la Martinique et les Martiniquais. Je pense par exemple à un titre qu’il y a sur l’album « Manjé Matinik »; je l’ai écrit sur un coin de table, dans un temple bouddhiste, au Sri Lanka, en face d’un temple hindou. J’étais plongé dans un monde de fraternité, de mélange, de métissage. On prend de véritables leçons de vivre ensemble.

    Dans un même restaurant, on pouvait manger indien, vietnamien, malais ou chinois. J’ai donc fait un certain nombre de textes comme ça à partir du métissage, avec les personnages de mon « Ti Milat », avec certains de mon nouveau livre, et puis avec des situations connues. Et puis étant un peu comme Philippe Pied, je m’intéresse à tout ce qui est moderne, et donc à l’intelligence artificielle. D’où ma décision d’essayer d’utiliser l’IA pour encadrer mes paroles ! Ça prend beaucoup de temps, il faut comprendre comment mettre les prompts, comment mettre un riff, choisir un break ici, où mettre les choeurs, les cuivres, les solo de tel ou tel instrument, choisir les voix solo, homme ou femme, déterminer  le rythme, le style, le tempo, etc, enfin c’est extrêmement compliqué, surtout que presque tous les morceaux sont en créole et que je n’ai pas toujours la bonne graphie du créole. Sans tout cela, ce n’est pas vraiment votre chanson. Finalement, j’ai sélectionné 12 titres, j’ai mixé, mastérisé, et voilà mon CD « Matinitjé – Expérience » dont je suis assez fier, j’avoue !

    Et la troisième production de Serge THALY, c’est quoi cette fois ? Nous lisons sur votre dossier de presse « Cahier d’activités » pour enfants de 7 à 12 ans. Un nouveau créneau ?

    C’est pour répondre aux deux premiers ouvrages. Ma réflexion sur le métissage m’a conduit naturellement à penser à mon livre « Ti Milat ».

    Pourquoi ne pas permettre à chacun de faire le même cheminement, ne pas entreprendre les mêmes recherches généalogiques. Comment faire comprendre le métissage de notre population ?

    Et j’ai décidé, qu’en passant par les enfants, ce sera plus long, mais la compréhension sera au rendez-vous. Surtout que je pense que les adultes intéressés vont s’y mettre, de façon ludique. D’où ce cahier d’initiation à la généalogie, fait avec la collaboration d’un professeur des écoles, Frédérick Blamèble, et une docteure en histoire, chercheure en généalogie, Annick François-Haugrain. Avec mon épouse qui s’est occupé des illustrations, j’estime que c’est donc un document que nous avons fait à plusieurs. Qu’ils en soient grandement remerciés !

    Le but c’est que les enfants de 7 à 12 ans questionnent leurs parents pour connaître ceux d’avant. Et si les parents jouent le jeu, si les parents sont curieux, si les parents veulent remonter le temps, on va remonter, je ne sais pas jusqu’où parce que la recherche généalogique c’est quelque chose de très compliquée. Parfois, il manque de documents notamment d’Afrique ou d’Asie.

    Mais ce qui m’intéresse c’est que les enfants prennent conscience qu’il n’y a pas que papa et maman, mais ils ont quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents, ils ont 16 arrière-arrière-grands-parents, etc. Et qu’ils vont se retrouver avec des milliers d’ancêtres, et ils sauront que ceux-ci viennent de partout, car c’est géographiquement et généalogiquement impossible qu’ils soient tous originaires d’un seul lieu, et qu’ils ont fait l’histoire.

    Car cette recherche ne se contente pas d’être de la généalogie, mais l’enfant va suivre l’histoire de la Martinique. Et ça démarre avant 1635, puisqu’elle ne commence pas à cette date imposée par la France ; mais avant les français, il y avait des gens qui y vivaient, il y avait des gens venus d’Afrique, il y avait des gens venus d’Europe et il y avait des gens, les kalinagos, légitimes propriétaires des lieux.  Les enfants vont pouvoir traverser les siècles,  ils vont dire « tiens, il y a l’esclavage, est-ce que j’avais des arrière-grands-parents qui étaient esclavisés, ou est-ce que j’avais des ancêtres qui étaient propriétaires d’esclaves, ou est-ce que j’avais les deux comme tout le monde puisqu’on pouvait avoir été esclave et puis devenir propriétaire d’esclaves ? Et surtout, d’où venaient-ils ? »

    Je teste ce cahier avec mes petites filles ; je vous garantis que ça fonctionne ! J’espère que beaucoup de Martiniquais pourront faire la même démarche, et qu’ils pourront évoquer, retrouver tous les ancêtres ! Tous ! Je le répète, nous avons des ancêtres partout dans le monde entier !

    L’identité, la mémoire familiale, le sentiment d’appartenance, la Martinique ! C’est tout cela mon triptyque « SIMPLEMENT MARTINIQUAIS – Kimafoutiésa » !

    Interview by Philippe PIED

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