Depuis janvier 2026, le blocus Cuba américain asphyxie l’île. Il plonge la Caraïbe dans une équation inédite. Comment soutenir un voisin historique sans s’attirer les foudres de Washington ? Entre geste humanitaire du CARICOM et prudence diplomatique, la région révèle ses fractures – et questionne la Martinique.
Un étau signé à Washington : le blocus Cuba s’intensifie
Le 30 janvier 2026, le décret exécutif 14380 entre en vigueur. Donald Trump déclare l’état d’urgence nationale. Il autorise des droits de douane supplémentaires contre tout pays fournissant du pétrole à Cuba. La mécanique est brutale.
En quelques semaines, Washington bloque les pétroliers en route vers La Havane. Il cible la compagnie mexicaine Pemex. Il menace de sanctions tarifaires les capitales récalcitrantes. Ce blocus Cuba s’inscrit dans une logique de changement de régime assumée.
En mars, Trump déclare qu’il aurait l’honneur de prendre Cuba. En mai, de nouvelles sanctions visent les banques étrangères collaborant avec La Havane. Les secteurs de l’énergie et des mines sont aussi ciblés. Toute entité liée à de graves violations des droits de l’homme subit des mesures restrictives.
Cuba à genoux : crise énergétique sans précédent
Les conséquences sur le terrain s’avèrent dévastatrices. En mai 2026, le réseau électrique cubain ne couvre que 45 % de la demande nationale. Le déficit atteint 2 053 MW. Sept coupures générales ont paralysé l’île depuis fin 2024.
Par ailleurs, les hôpitaux encaissent les effets. Les systèmes de pompage d’eau – dont plus de 84 % dépendent de l’électricité – aussi. Les chaînes alimentaires en cascade subissent le contrecoup.
Francisco Pichon, coordinateur de l’ONU à La Havane, parle d’un stress humanitaire multidimensionnel. Concrètement, le carburant atteint neuf dollars le litre. Les transports publics se raréfient. Les camions-bennes cessent de circuler. Les déchets s’accumulent dans les rues.
Le gouvernement de Miguel Díaz-Canel instaure des mesures drastiques. La semaine de quatre jours devient obligatoire. Le télétravail s’impose. Le rationnement du carburant s’organise. Cuba annule son prestigieux festival du cigare. Plusieurs millions d’euros de recettes sont perdus en une décision.
Tourisme et économie : effondrement régional
Le tourisme, deuxième source de devises cubaine, s’effondre de moitié depuis janvier 2026. Une trentaine d’hôtels ferment leurs portes. Les compagnies aériennes canadiennes et russes suspendent leurs vols. Le kérosène manque cruellement.
La production de nickel, de cobalt et de tabac tourne au ralenti. Ces secteurs exportateurs subissent de plein fouet le blocus Cuba. L’économie insulaire entre en déclin prolongé.
Le CARICOM s’organise : solidarité et initiative humanitaire
Lors de la 50e Conférence des chefs de gouvernement du CARICOM, réunie du 24 au 27 février 2026 à Saint-Kitts-et-Nevis, les décisions s’accélèrent. Les quinze États membres décident d’envoyer une aide humanitaire à Cuba via le Mexique.
Lait en poudre et aliments non périssables composent cette aide. Fournitures médicales aussi. Panneaux solaires et batteries complètent le contenu. Le Secrétariat du CARICOM, basé à Georgetown au Guyana, coordonne l’effort collectif.
Le Mexique joue un rôle clé dans la logistique. Il identifie les fournisseurs. Il assure le transport gratuit depuis ses ports. Le 24 mars, le bateau de pêche Maguro accoste à La Havane. Rebaptisé symboliquement Granma 2.0, il apporte vivres et médicaments. Cette traversée depuis le Mexique dure plusieurs jours.
Le président cubain Díaz-Canel accueille l’embarcation avec profonde gratitude. Terrance Drew, Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, confirme son engagement. Saint-Kitts-et-Nevis engage 500 000 dollars américains. 100 000 dollars sont déjà versés au Secrétariat.
Carla Barnett, secrétaire générale de la CARICOM, exhorte les États à passer au-delà des paroles. L’action concrète devient urgente.
Le silence des gouvernements en exercice : peur des représailles
Cependant, cette solidarité s’exprime à voix basse. Aucun dirigeant caribéen en exercice n’ose condamner publiquement Washington. La peur des représailles économiques paralyse les prises de position officielles.
Les tarifs douaniers menacent. Les sanctions économiques inquiètent. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, s’invite au sommet du CARICOM. Il avance les priorités partagées avec Washington.
En revanche, huit anciens Premiers ministres caribéens s’expriment clairement. PJ Patterson et Bruce Golding (Jamaïque), Keith Rowley (Trinité-et-Tobago), Kenny Anthony (Sainte-Lucie), Ronald Ramotar (Guyana), Freundel Stuart (Barbade), Edison James (Dominique) et Tillman Thomas (Grenade) cosignent une déclaration.
Ils condamnent le blocus Cuba qu’ils qualifient d’arme de destruction massive. Leur appel reste toutefois sans réponse diplomatique formelle des gouvernements actuels. Les positions divergent selon les intérêts nationaux.
En effet, Trinité-et-Tobago, productrice de pétrole, navigue différemment. Les petits États insulaires fortement dépendants des États-Unis aussi. Le Guyana, en plein essor pétrolier, ménage Washington.
La Martinique face au blocus Cuba : enjeu caribéen majeur
Pour la Martinique, la crise cubaine n’est pas un lointain fait divers. La Martinique – comme la Guadeloupe et la Guyane – est candidate au statut d’État associé de la CARICOM depuis 2012. Cette crise teste l’ancrage caribéen profond.
Comment notre île se positionne-t-elle dans ce débat ? Le débat divise les voisins immédiats. La question devient centrale pour l’identité caribéenne martiniquaise.
Sur le plan économique, la recomposition touristique profite mécaniquement. Tandis que Cuba perd ses visiteurs et ferme ses hôtels, la Martinique capte une clientèle. La République dominicaine aussi. Le Mexique bénéficie de cette redistribution.
Néanmoins, ce gain conjoncturel masque l’enjeu de fond. Une Caraïbe fragmentée demeure affaiblie. Sa capacité collective de négociation s’étiole. Les territoires français, y compris la Martinique, en pâtissent. Une superpuissance exerce des pressions constantes.
Solidarité régionale : aspiration plus que réalité
Finalement, la crise révèle une vérité inconfortable. La solidarité caribéenne existe bel et bien. Mais elle s’exprime avec prudence extrême. Les bateaux humanitaires naviguent discrètement. Les dons de lait en poudre se font silencieusement.
Une parole politique assumée reste absente. Tant que les États restent otages de dépendances économiques envers Washington, l’affirmation d’une souveraineté collective caribéenne demeure une aspiration. La réalité diplomatique tarde à suivre les intentions.
Découvrez aussi les sanctions Cuba et leurs effets économiques sur la région. Les discussions avec Washington offrent une autre perspective. Consultez enfin notre analyse des relations CARICOM avec les États-Unis.





