La tribune publiée dans Le Figaro (lire en bas de page) par une vingtaine de personnalités, parmi lesquelles Natacha Polony, Arnaud Montebourg et Jean-Louis Borloo, remet au centre du débat une question longtemps reléguée au second plan :
Comment protéger l’industrie française face au décrochage productif, aux délocalisations et à la concurrence mondiale ?
Derrière l’idée d’un référendum sur la protection industrielle, c’est l’inquiétude d’un pays qui doute de sa capacité à produire, transformer et maîtriser son destin économique qui s’exprime.
Mais depuis la Martinique, Sandra Casanova propose d’élargir le regard.
Pour elle, la réponse ne peut plus être pensée uniquement à l’échelle hexagonale. Dans un monde organisé autour des flux logistiques, des chaînes de valeur et de grands ensembles régionaux, la réindustrialisation ne relève pas seulement d’une décision politique nationale. Elle dépend d’une capacité concrète à s’insérer dans les échanges, à capter les marchés et à créer de la valeur depuis des positions stratégiques.
« La vraie souveraineté industrielle ne consiste pas à fermer. Elle consiste à se rendre indispensable. »
La Martinique comme point d’appui productif
L’analyse défendue par Sandra Casanova s’inscrit dans une logique offensive. La Martinique ne serait pas seulement un territoire éloigné à soutenir, mais un point d’appui avancé entre l’Europe et la Grande Caraïbe. Son emplacement géographique, ses infrastructures portuaires, son cadre européen et son ouverture régionale peuvent en faire une interface productive de premier plan.
Dans cette vision, la compétitivité industrielle se construit autour de trois piliers : la logistique, la transformation et la normalisation. Il ne suffit plus de produire. Il faut acheminer rapidement, adapter les produits aux normes des marchés visés, sécuriser les données, fluidifier les procédures douanières et rendre les exportations simples et fiables. C’est à ce niveau que se joue désormais une grande partie de la bataille économique.
Une stratégie territoriale déjà engagée
Sandra Casanova rappelle que cette orientation n’est pas théorique. Elle rejoint la stratégie logistique du territoire adoptée en mai 2025 par l’Assemblée de Martinique, avec l’ambition de faire émerger une véritable plateforme productive régionale. L’objectif est clair : ne pas subir la mondialisation, mais y prendre place avec méthode.
Zone franche douanière, interopérabilité des données, centre de normalisation, modernisation des échanges, autant d’outils capables de transformer la Martinique en territoire de solutions. Dans un contexte où la rapidité, la traçabilité et la conformité deviennent aussi importantes que le coût du travail, ces leviers peuvent faire la différence.
« La souveraineté économique moderne ne se proclame pas, elle s’organise. »
Une leçon pour le débat national
Le mérite de cette prise de position est de déplacer le débat. Protéger l’industrie française ne signifie pas nécessairement ériger des barrières ou refermer les frontières économiques. Cela peut aussi consister à bâtir de nouveaux centres de production, d’assemblage et de redistribution au sein de l’espace français et européen, en s’appuyant sur les atouts spécifiques des territoires ultramarins.
Vu de Martinique, la souveraineté industrielle prend donc un autre visage : celui d’une France capable de compter sur ses territoires caribéens pour produire, connecter, exporter et rayonner. Une souveraineté non pas défensive, mais stratégique.
Philippe Pied
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