La disparition du guide suprême ouvre en Iran une phase de transition institutionnelle encadrée par les mécanismes prévus par la Constitution de la République islamique. L’Assemblée des experts, composée de religieux, est chargée de désigner le successeur, tandis qu’un dispositif provisoire assure la continuité du pouvoir. Les personnalités investies dans cette phase transitoire appartiennent toutes au cœur du système politico-religieux, garantissant ainsi une continuité idéologique et institutionnelle plutôt qu’une rupture immédiate.
Deux scénarios peuvent être envisagés à court et moyen terme. Le premier serait celui d’un effondrement du régime et de son remplacement par un système politique profondément différent. Le second, jugé plus probable à court terme, correspondrait au maintien du régime assorti d’un possible durcissement de la répression interne. Un renversement effectif supposerait une fracture au sein des appareils sécuritaires et militaires. Tant que les forces armées et les structures de sécurité demeurent loyales au pouvoir en place, la stabilité institutionnelle reste envisageable.
Même en cas de continuité politique, le régime apparaît fragilisé sur le plan stratégique. L’offensive militaire conjointe menée contre l’Iran a pour effet de réduire significativement ses capacités de projection régionale, d’affaiblir ses relais d’influence et de limiter sa faculté à menacer ses adversaires directs ou indirects. Cette séquence marque également un coup d’arrêt potentiel à ses ambitions nucléaires et à sa capacité à structurer un axe régional d’alliances.
La rhétorique de riposte avancée par les autorités iraniennes ne masque pas l’écart croissant entre les déclarations politiques et les capacités militaires effectives. Des actions asymétriques demeurent possibles, notamment sous la forme d’opérations indirectes ou clandestines, mais elles ne modifieraient pas en profondeur l’équilibre stratégique régional. Par ailleurs, plusieurs États arabes ont exprimé leur hostilité aux initiatives iraniennes, accentuant l’isolement diplomatique de Téhéran.
L’opération militaire ayant conduit à cette situation constitue en outre un précédent historique par son caractère coordonné et offensif. Elle traduit une convergence stratégique forte entre ses auteurs et signale une volonté assumée de contenir durablement les capacités de nuisance du régime iranien. Dans ce contexte, l’Iran entre dans une phase où la survie institutionnelle pourrait s’accompagner d’un affaiblissement structurel et d’une marginalisation accrue sur la scène régionale et internationale.JPB