Les sargasses s’imposent sur les côtes martiniquaises et leurs effets dépassent désormais le seul enjeu environnemental. Dans une note présentée mardi, l’AFD, l’Insee et l’Iedom dressent un premier état des lieux des conséquences économiques de ces échouages massifs : coûts de collecte, pertes pour les entreprises, usure accélérée des équipements et interrogations sur l’attractivité du territoire.
Depuis quinze ans déjà, les sargasses font partie du paysage maritime martiniquais. Entre nuisances olfactives et environnementales, l’Insee, L’Iedom et l’AFD se sont intéressés aux enjeux économiques qui peuvent entourer la présence de l’algue brune. Mardi, les trois entités ont livré une note sur les enjeux économiques des sargasses dans les Antilles Française et plus particulièrement en Martinique. L’objectif est de rassembler les informations sur le phénomène et d’en objectiver les effets essentiellement perçus comme environnementaux. « On a voulu aller au-delà pour informer de l’importance de ces échouages avant qu’ils n’étouffent tout ou partie de notre économie », explique Patrick Croissandeau, directeur de l’Iedom. Il s’agit pour cette note de mieux comprendre comment un aléa environnemental peut affecter un modèle économique ultramarin. « Notre ambition est que ces études puissent servir de références communes pour les collectivités, l’Etat ou les entreprises. »
16% du littoral martiniquais notamment atlantique est touché par les sargasses. Même la Guyane jusque-là exempte de sargasses voit les algues brunes s’échouer sur ses rivages. Selon Météo France, l’année 2025, se classe au troisième rang des plus importantes superficies détectées en mer. Face à ces arrivées massives, la collecte se muscle. La Martinique est le seul territoire à bénéficier d’une collecte en mer grâce aux pêcheurs et aux sargators. 45 000 m3 ont été collectés en mer en 2025 soit 7600 tonnes. À terre, c’est l’équivalent de 175 emplois temps plein qui se chargent de la collecte.

En avril, Le Robert a délocalisé un collège à cause de la récurrence des échouages. Le prix de l’immobilier semble fléchir dans les zones concernées. Pour l’Iedom, les enjeux économiques liés au phénomène restent peu documentés. « On n’a pas assez de données pour donner des impacts réels. » Cependant pour 7 entreprises sur 10, la présence sargasses représentait une perte de chiffre d’affaires. Le matériel électronique s’use dix fois plus vite dans les zones concernées avec des conséquences pécuniaires pour les riverains. Quel sera l’impact sur l’attractivité du territoire ? L’Insee apporte son expertise : il y a une baisse de la population du côté atlantique qui est plus importante que du côté Caraïbe. « On pourrait tenter de penser que ce phénomène de sargasses qui s’intensifie peut contribuer à des évolutions démographiques en Martinique. »
En revanche, les algues brunes, à date, ne semblent pas influencer le nombre de visiteurs. « En 2025, le nombre de touristes est plutôt stable par rapport à 2024. Pour l’instant, on n’a pas l’impression que les sargasses aient un impact sur la fréquentation touristique d’autant plus que toute la Caraïbe est touchée dans des proportions équivalentes, il n’y a pas de report sur les destinations voisines. »
Depuis le début de l’année, plus de 4000 tonnes ont été ramassées en mer en Martinique.
Laurianne Nomel





