Derrière l’image spectaculaire des yoles fendant les eaux martiniquaises, acclamées du public, se cache une réalité souvent méconnue, un engagement pas assez reconnu : celle de femmes et d’hommes qui s’entraînent comme de véritables athlètes de haut niveau. Pour Emitaï Blanchard, préparateur physique de l’équipage Yole Net 2000, Sara Énergies Nouvelles et Auto distribution, depuis 2012, il ne fait aucun doute que les yoleurs méritent cette reconnaissance.
« Pendant six à sept mois de l’année, ils suivent une préparation physique comparable à celle d’athlètes de haut niveau préparant une échéance majeure », explique-t-il. Chaque saison débute dès le mois de février. Les trois premiers mois sont consacrés à une mise en condition physique générale avant de laisser place à une préparation plus spécifique, adaptée aux exigences de la compétition.
Trois à quatre séances hebdomadaires rythment alors le quotidien des coursiers : entraînements en salle, travail en extérieur et sorties en mer. À l’approche du Tour, l’intensité monte encore d’un cran. « Le mois qui précède le Tour est consacré à un travail musculaire très ciblé », précise le coach.
Un sport d’une rare exigence
Contrairement à d’autres disciplines, les yoleurs utilisent leur propre corps comme contrepoids pour résister à la force du vent et de la mer. Suspendus aux bois dressés, ils sollicitent intensément les épaules, les pectoraux, le dos et les abdominaux. « Leur spécificité, c’est cette incroyable endurance musculaire du haut du corps », souligne Emitaï Blanchard.

Si certains anciens, issus du monde de la pêche, développaient naturellement ces aptitudes dès leur plus jeune âge, les nouvelles générations doivent les acquérir grâce à un entraînement rigoureux. La préparation est d’ailleurs individualisée en fonction du poste occupé à bord. Les besoins d’un pagayeur diffèrent de ceux d’un yoleur placé sur les bois dressés.
Une nouvelle prise en compte de la santé des yoleurs
Mais au-delà de la performance, c’est aussi la santé des sportifs qui est devenue une priorité. Les récents drames ayant touché le milieu ont renforcé la vigilance autour du suivi médical. Kinésithérapeute, nutritionniste et médecin gravitent désormais autour de l’équipage afin de prévenir les risques liés à une pratique intense.
« Le coursier n’est pas un professionnel », rappelle le préparateur physique. « Il a un travail, une vie de famille, des responsabilités. Toute cette charge d’entraînement vient s’ajouter à son quotidien. » Chaleur, fatigue, stress et accumulation des efforts imposent donc un encadrement renforcé. PourEmitaï Blanchard, la préparation physique ne devrait d’ailleurs pas être un privilège réservé aux équipages les mieux dotés financièrement. Elle constitue avant tout un enjeu de prévention et de sécurité. « Avant d’être des indicateurs de performance, les données recueillies à l’entraînement sont des indicateurs de santé », insiste-t-il.
Parmi les mapipis, Yole Net, à l’avant-garde du soin aux yoleurs
Cette recherche permanente d’amélioration explique aussi les résultats obtenus par Yole Net 2000 au fil des années. « Il n’y a pas de hasard », affirme le coach. Travail, remise en question, évolution des méthodes de management et cohésion d’équipe ont progressivement façonné un équipage compétitif.Et Emitaï, engagé dans cette performance, remercie « grandement » Patrick Lamon « pour la chance qu’il m’a accordé de travailler avec son équipe. Le Tour appartient à tous les Martiniquais, nous avons tous un rôle à jouer pour en faire un sport qui soit un jour sur des compétitions internationales. Nous avons tous un rôle à jouer pour sa promotion. »

Sport patrimonial par excellence, la yole ronde continue d’évoluer avec l’arrivée de plus en plus de coursières. Emitaï Blanchard se dit convaincu que les femmes ont toute leur place dans cet univers encore largement masculin. Selon lui, une adaptation du matériel, souvent très lourd, permettrait de favoriser la constitution d’équipages féminins complets. « Les filles sont très compétitrices. Je suis persuadé qu’elles peuvent jouer à armes égales », estime-t-il.
Héritage culturel et sport de haut niveau, la yole ronde n’a pas encore dit son dernier mot…
Derrière chaque traversée, chaque manœuvre et chaque victoire, il y a des femmes et des hommes passionnés et forts, des heures d’entraînement, des sacrifices personnels et une discipline sans faille. Les yoleurs ne sont pas seulement les gardiens d’une tradition martiniquaise ; ils en sont aussi les athlètes les plus engagés.
Nathalie Laulé





